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Les essais d'écriture d'une folle...

 
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La Vocation
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Choisir sa Voie
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Hikari
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yesa


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Messages: 59
Féminin Vierge (24aoû-22sep)

MessagePosté le: Mar 12 Avr - 16:30 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

  Voilà, j'écris des livres...3 à mon actif, dont 1 auquel j'ai prévu et commencé une suite. Un de ces texte a été écrit pour un concours d'écriture...J'ai terminé 9ème, juste devant une amie, 10ème. Donc on peut dire qu'on a un peu...Foiré. Humph. Alors voilà, je vais poster ce texte, écrit en 1 mois, ainsi que les 2 autres, qui eux sont loin d'être terminés. J'attends vos critiques, mais s'il vous plait, des critiques constructives...Surtout sur mon texte Hikari, qui est mon favori. Je sais que chaque texte est très long donc si vous ne lisez pas tout c'est pas grave...Mais un petit bout j'aimerais bien^^

Sommaire(xD)


 
  • Premier essai : "La Vocation"
  • Second essai, pour le concours : "Choisir sa Voie"*
  • Troisième essai : "Hikari"

    La Vocation
  • Longueur : ~60 pages A4
La vocation      
       
Prologue      
       
   Eusia, le continent habité par les Hommes, les Gradueurs et les Immortels, fut ravagé durant près de 1000 ans. Ce massacre dura si longtemps que la plupart des peuples, après s'être farouchement défendue, se cacha, pour ne pas finir comme les Koukiyoukien. Ils étaient les habitants de Koukiyoukou, un peuple ressemblant beaucoup aux Elfes, mais qui, étant moins combattif, disparu entièrement. Le plus étonnant était la composition de l’envahisseur : des Hommes de Cire, qui semblaient arriver du Soleil. On découvrit plus tard qu'ils venaient eux aussi d'un continent fait de terre, situé de l’autre côté des océans inconnus.  
C'est devant cette horreur que les Immortels réagirent et décidèrent de créer des dieux, pour sauver les Hommes. De plus en plus de Gradueurs passèrent de grade et devinrent des Immortels. Environ un millénaire après le début de l'invasion, les Immortels rendirent les dieux si puissants que tous les Eusiens crurent que les Hommes de Cire avaient été exterminés. Tandis que les dieux trinquaient à leur victoire, les Immortels ne se voilaient pas la face. Ces dieux étaient jeunes, à même de commettre d'énormes erreurs. Ils pensaient, à juste titre, que les Hommes de Cire étaient plus résistants qu'en apparence. C'est pour cette raison qu'ils continuèrent à former des apprentis.
De plus en plus de prodiges, de futurs Gradueurs et donc, d'Immortels, naissaient.
Ô      
Trois grades existaient : le grade de sable, qu'il fallait 25 ans pour acquérir, le grade de pouvoir, qu'il fallait 50 ans pour acquérir et permettait de vivre 200 ans ainsi que le grade d'Immortels, que l'on acquérait en 100 ans supplémentaires. Le plus étrange était que les élèves restaient des enfants du même âge que lors du commencement de leurs études, grandissant seulement physiquement d’un an ou deux par grade. Ce principe faisait partie de ceux que les êtres supérieurs ne parvenaient tout simplement pas à s’expliquer. Il en avait toujours été ainsi, mais, étant donné réellement de devenir immortel, un Immortel pouvant mourir de maladie, ou de blessures, mais pas que la famille des étudiants vieillissait, les apprentis étaient autorisés à leur rendre régulièrement visite une fois le grade sable obtenu. Le grade d’Immortel ne permettait non pas de vieillesse. Ce dernier grade était le grade suprême, un Homme ne pouvant monter plus haut dans la maitrise de ses pouvoirs. L’Immortel le plus âgé se nommait Gicaré, et avait 5346 ans. Il affectionnait particulièrement les nouvelles recrues, plus prudentes que les précédentes, plus puissantes et plus sensibles. Cela venait du fait que les dieux devenaient orgueilleux, et belliqueux envers les Hommes et les Immortels, qui les avaient pourtant créés. Ils se comportaient même comme si l’inverse s’était passé, et se liguaient en créateurs des Hommes.
Même si les nouveaux Immortels étaient de loin plus puissants, aucun ne réussit à empêcher les anciens de sombrer dans le péché, grave erreur si l'envahisseur devait réapparaitre.
Ô      
     À cette époque, le pays de Virda était le plus prospère, aussi les Immortels décidèrent d'enseigner ici. Un seul autre continent était connu en dehors d’Eusia : le continent des Hommes de Cire, dont on ne savait absolument rien, juste sa position approximative.

 
 
CHAPITRE I      
Le rêve de Sêne      
     Le regard sur l'horizon, Sêne rêvait d'étudier chez les Immortels, mais, ses parents, paysans, avaient besoin de ses talents de chasseuse. En effet, la jeune Omboise possédait de grands pouvoirs, y comprit celui de guérir des blessures plus ou moins graves, et celui de reconnaître une créature vivante se trouvant dans un rayon d'un kilomètre autour d'elle. Elle n’avait jamais tenté de se découvrir d’autres dons, et c’est bien malgré elle que le petit prodige avait formé des flammes et des boules d’énergie.
Un cri rageur la tira de sa rêverie. Un magnifique daim venait d'échapper au tir de sa sœur, Margette, pourtant excellent archer. De huit ans son ainée, elle ne possédait pourtant aucune aptitude magique. Assez grande et élancée, avec ses magnifiques cheveux blonds tombants en cascade sur sa taille et ses yeux noirs brillants, elle semblait rayonner de pureté, et le soleil faisait apparaitre de beaux reflets dorés sur sa chevelure. Conforme à l’idée de l’époque, elle ne sortait jamais des rangs et, si elle prêtait toujours une oreille attentive aux dires de sa jeune sœur, elle ne partageait pas pour autant ses rêves d’évasions et d’aventures.
     Âgée de sept ans, Sêne avait, quand à elle, les cheveux d'un noir de jais, et possédait des yeux bleu clair d'une grande pureté. Ces deux attributs avaient d’ailleurs suscité l’étonnement, voire la crainte, car les gens de son pays ressemblaient tous plus ou moins à sa sœur. Puis, ses contemporains avaient appris à vivre avec son apparence insolite. De plus, elle débordait d'énergie, ne pouvant la dépenser en utilisant ses dons. Plutôt rêveuse, elle pouvait cependant se montrer d’une maturité étonnante pour son âge et avait plus d’une fois sauvé sa famille de la famine.
Sêne rechercha le daim, et le trouva rapidement : blessé, il s'était caché derrière un arbre quelques pas plus loin. Elle communiqua la position du daim à sa sœur, qui arbora un sourire, fière de sa cadette.
Une demi-heure plus tard, elles retournaient chez elles, l'animal dans un grand sac. Sériade, la mère,    dépeçait le daim, quand les trompettes de l’éminent roi de Virda sonnèrent. Toutes les familles se précipitèrent au dehors, tandis qu’un messager du roi débitait un texte assez mal formulé :
- A toutes les familles, si vous possédez des enfants dotés de dons magiques, veuillez les apporter à Gicaré dans les plus brefs délais, une catastrophe est annoncée et seuls les Immortels peuvent faire quelque chose contre cette catastrophe. Nous vous en serions reconnaissants, un dédommagement sera donné à toute les familles ayant apporté leurs enfants  à Gicaré. Merci de votre attention.
Sans plus réfléchir, Sêne rassembla ses affaires et s'avança vers le messager, même si son discours était incohérent, songeant que son rêve se réaliserait peut-être, finalement.
Margette eut à peine le temps de crier :
- Mais où vas-tu comme ça?
Que la voiture royale s'ébranlait. Interloqués, ses parents ne réalisèrent même pas immédiatement que Sêne était réellement partie. Le soir, la famille était affligée, se demandant comment allait faire Sêne, une pauvre paysanne au milieu de tous ces nobles.
 
 
CHAPITRE II      
Des apprenties vraiment douées      
    Le trajet fut long, étant donné que la voiture royale s'arrêtait dans chaque village où la rejoignait habituellement un enfant, deux voire aucun, qui s'arrachaient avec difficulté de leur famille. Sêne ne comprenait certes pas leur tristesse, mais eu la présence d'esprit de ne pas les importuner avec des questions qui ne seraient pas bienvenues. Le messager répétait le même discours dans chaque village, Sêne se demandant comment faisait-il pour ne pas s'écrouler d'ennui.
Elle s'endormit au bout de quatre heures, épuisée par la monotonie du voyage et découragée par le manque d'enthousiasme de ses camarades de route. Lorsqu'elle se réveilla, on lui annonça qu'il ne restait que quelques minutes de trajet. Elle bouillait intérieurement d'impatience à l'idée de rencontrer le grand Gicaré, dont on vantait les mérites aux quatre coins du continent : il avait participé à la création des dieux!
- Toi aussi on t'a arrachée à ton village, demanda soudain une jolie fillette brune.
- Non, je suis venue de mon plein gré, répondit Sêne en redressant fièrement la tête.
- Pourquoi?
- Je possède des capacités, je veux apprendre à les utiliser, une occasion se présente, je saute dessus ! Et puis étudier auprès d'un Immortel... C'est un honneur, mais je rêve d'étudier avec Gicaré, c'est sans doute le plus puissant de tous, puisque qu'on vante ses mérites partout.
- En fait, moi aussi je suis venue de mon plein gré, et pour les mêmes raisons, avoua-t-elle. Je m’appelle Soudguess, de Bibose, et toi ?
- Je m’appelle Sêne, et je viens d’Ombie.
A cet instant, un lien d'amitié se tissa entre les deux fillettes, allégeant du même coup le climat, très lourd jusqu'à présent.
- Virda!
Ce mot résonna et eut l'effet d'une douche froide sur les futurs élèves, sortants brusquement de leur torpeur. On fit sortir ces derniers. Aussitôt dehors, Soudguess s'accrocha à Sêne, prise de vertige.
- Qu'y a-t-il ?
- C'est tellement...grand, démesuré, ici, et puis il y a une telle onde de puissance, s'exclama-t-elle.
Sêne regarda à son tour en s'émerveillant.
C’était une magnifique forteresse, resplendissant de puissance et de majesté. Elle s’étendait sur un terrain dix fois plus vaste que le plus grand que la fillette ait jamais vu. Les remparts avaient beau être taillés pour l’efficacité, ils n’en étaient pas moins resplendissants. Quatre tours s’élevaient, crénelées à leur sommet, et ne faisaient qu’augmenter à la majesté de l’endroit. Des meurtrières, sans doute inutilisées depuis longtemps, laissaient entrevoir l’intérieur du château, qui parut affaiblir les craintes des autres élèves.
- Nous allons vous assigner des chambres, et faire les groupes.
Les élèves se laissèrent faire, continuant à admirer l'endroit. Sêne et Soudguess obtinrent une vaste chambre dans l'aile droite du château.
- Vous rencontrerez vos professeurs demain, reposez-vous pour le moment.
Elles déposèrent leur peu d'effets dans une grande malle, puis explorèrent leur nouvel habitat, découvrant avec étonnement qu'il contenait une salle d'eau.
- Nous sommes vraiment gâtées, s'exclama Soudguess.
- Je crois que les autres n'ont pas autant de place, ni de salle d'eau...notre maitre doit être important pour avoir réussi à obtenir une telle chambre pour ses élèves.
Sêne se surprit à penser que leur maitre était Gicaré.
- Ne rêve pas, ça m'étonnerait beaucoup, tu sais.
- Tu...tu lis dans mes pensées?
- Oui...mais je suis sûre que tu en es capable, toi aussi ! Tiens, essaie : à quoi je pense, là?
- A un bon gâteau aux pommes...mais c'est vrai que j'y arrive!
Elles échangèrent un sourire complice, mais, épuisées par le voyage peu confortable, se rendirent à leur lit respectif.
Le lendemain, elles firent une toilette rapide, puis revêtirent les robes propres et neuves qu'on leur tendit.
- Il est temps pour vous de rencontrer votre maitre, mesdemoiselles.
Elles suivirent le valet en traversant presque entièrement le château.
- C'est ici.
Sêne, ayant ressenti une grande puissance, voulut savoir si s'était le grand Immortel ou non, aussi tente-t-elle d'épier ses pensées, tout comme Soudguess, mais les fillettes se heurtèrent à un mur, solide comme du diamant. Le maitre se retourna, arborant un sourire.
- Je vois qu'on m'a bien assigné les plus puissants apprentis : vous savez déjà épier les pensées, savoir qu'on n'obtient généralement qu'après le grade sable. Je suis Gicaré, mais assez discuté, dites-moi : quel est le numéro de votre chambre ? Simple question qui déterminera si je dois précipiter l’enseignement d’une certaine chose.
- 207… professeur ?
- Je vois. C'est assez loin. Nous commencerons donc par apprendre la téléportation, mais gardez le secret, je ne devrais vous l'enseigner qu'une fois le grade pouvoir obtenu mais avec vous c'est  différent : vos pouvoirs de base dépassent ceux de ces grades, alors que vous n’en  possédez aucun.
 
     A la fin de ce discours, les fillettes étaient enchantées : non seulement elles sauraient se téléporter mais en plus, d'après Gicaré, elles possédaient de grands pouvoirs ! Elles devenaient ainsi immédiatement des Gradueuses.
La journée fut éprouvante, car, même si pour ces premières heures, Gicaré ne leur enseigna que la théorie,  il leur fallut utiliser beaucoup d'énergie pour l'assimiler. Etrangement, Sêne ne parvint pas à comprendre un mot des paroles de Gicaré, mais elle n’avait jamais réussi à retenir quoi que ce soit et était plutôt portée sur la pratique où elle excellait.


 
CHAPITRE III      
Les poupées de cire      
     Lorsqu’elles voulurent regagner leur chambre pour se reposer, une servante les convia à assister au repas du soir, en compagnie des autres élèves avec lesquels elles pourraient faire connaissance. Harassées, elles se rendirent tout de même dans la salle de repas collectif. C’est en cet endroit qu’elles firent la connaissance de Maquiana, qui, de deux ans plus âgée, venait de Séquile, un pays austère, mais elle n'avait heureusement pas perdu son sens de l'humour enfantin. Elles bavardèrent de leur journée et Soudguess manqua de peu de lui dire qu'elles apprenaient à se téléporter. Puis Gicaré arriva, prit un air grave en annonçant : - Les Hommes de Cire vont attaquer prochainement, c'est-à-dire dans un laps de temps de dix ans. Nous avons décidé de fabriquer à nouveau ce qui avait permit aux dieux de les vaincre, il y a 500 ans : des poupées de cire, entièrement liées à vous : si elles sont détruites, vous mourrez, mais, pendant que vous serez au combat, elles vous donneront une grande force vitale qui vous sera très utile. Mais attention, si vous en abusez, la cire qui les composent fondra et rejoindra les forces ennemies, qui seront alors pratiquement invincibles, cette cire possédant, comme vous l'avez certainement deviné, des propriétés magiques importantes.
Ces paroles firent naitre un vent de panique parmi les élèves, qui craignaient le combat, et le peu dont on les avait informés au sujet des Hommes de Cire en faisait des bêtes sanguinaires, avides de pouvoirs.
- Mais les dieux les ont vaincus à la  suite d'une guerre qui avait décimé le continent, protesta Haral, un petit garçon zégorois.
- C'est ce qu'ils croyaient, dans leur orgueil, répliqua Maquiana, agacée.
- Mais...tu insultes les dieux, s'indigna Jariane, une Elfe très respectueuse envers eux, qui avaient sauvé son peuple.
- Si tu savais ce qu'ils font là-haut, tu ne les respecterais pas autant, lui expliqua gentiment Hiradie, une autre habitante de Ombie,  un peuple pacifique, et qui, tout comme son peuple, n'aimait pas les querelles. Sêne observa avec surprise qu’elle était brune elle aussi, et possédait de beaux yeux céruléens. Etait-ce des attributs propres aux enfants magiques ? Dans  le même temps, Jariane se renfrogna.
- Silence ! Tonna Gicaré.
Ce mot eut plus que l'effet escompté : les élèves se turent en replongeant leur nez dans leur assiette.
- Demain matin, au lieu de vous rendre chez vos maitres respectifs, venez me voir, vous aurez vos poupées de cire le jour suivant.
Gicaré commanda donc une demi-tonne de cire magique pour le surlendemain. Arrivées plus tôt que  les autres élèves, Sêne et Soudguess continuèrent donc leur éducation. A la grande joie de Gicaré, bien qu’il n’en eut pas eu l’impression, elles avaient parfaitement assimilé toutes les techniques de la veille, et surent bientôt se téléporter. Il envisageait sérieusement d'accélérer le cycle d'apprentissage pour ces deux surdoués, quand les autres élèves commencèrent à arriver. Interrompant le cours, Gicaré fit entrer ces derniers.
 
Chaque élève qui se présentait à Gicaré subissait le même examen : il mesurait leur hauteur, leur potentiel, leur pureté et leur aspirance au pouvoir. A force de l'observer, Soudguess et Sêne en déduisirent que, selon leur aspirance au pouvoir, en faisant des calculs avec les autres données, il utilisait plus ou moins de cire : plus l’aspirance de l’élève était élevée, moins il notait de cire à utiliser. Quand vint leur tour, Soudguess et Sêne étaient extrêmement anxieuses, de peur de ne pas être assez «pures». Heureusement, tout comme celles de Maquiana, leurs craintes n'étaient pas fondées. En fait, seuls six élèves eurent une masse de cire inférieure à dix grammes, ce qui était déjà un bon nombre. Quand Gicaré les renvoya, ses apprenties virent immédiatement son contentement. Elles lui en demandèrent la cause, ce à quoi il répondit :
- Tous les apprentis sont purs d’intentions, à part deux qui n'ont pas même  cinq grammes de cire, mais certains en ont une bonne quinzaine. Ce sont d'excellents résultats!
Bien sûr, elles ne comprenaient pas cette histoire de mesure, mais firent mine d'assimiler l’allocution.
Il allait reprendre le cours, quand un messager de Bibose, ce pays partageant une frontière avec la Séquile et le Virda et d’où venait Soudguess, arriva en courant, affolé :
- Les Hommes de Cire commence à rassembler des soldats pour donner le premier assaut ! Malgré la distance, ils devraient arriver dans sept ans à peine !
Une ombre passa sur le sérieux visage de Gicaré : ses seuls ennemis, redoutables, arrivaient ! Il appela tous les Immortels qui désertèrent leurs élèves pour le rejoindre. Il leur exposa la situation, puis expliqua qu'il prévoyait de faire passer les tests pour le grade de sable à tous les apprentis, proposition qui fut approuvée par tous. Un Immortel dénommé Schocan voulut faire passer ses apprentis avant les autres, persuadé qu'ils étaient les meilleurs.
- Il ne doit pas y avoir de traitement de faveur, aussi doués soient les apprentis, tous les feront en même temps, le rembarra  Gicaré. Faites aussi les tests sur ceux possédant déjà le grade sable, et ceux ayant le grade pouvoir.
Soudguess regarda Sêne, comme pour savoir si elle en savait plus qu'elle au sujet de ces examens, mais, n'en ayant jamais entendu parler, elle haussa les épaules en signe d'impuissance. Pour les tranquilliser, leur maitre expliqua calmement, se reprenant à chaque fois qu'il le fallait, comment se passait les épreuves. Rassurées, c'est sereinement qu'elles se rendirent à la salle d'épreuves.
 
 


 
CHAPITRE IV      
Les épreuves      
   La salle d'épreuves était immense, les murs entièrement nus, aucun tapis ne réchauffait le sol. On voyait le crépi sur le mur, sans doute malmené par les précédents élèves. Il n'y avait aucun poêle, et pourtant il faisait bon dans cette pièce lumineuse. Une Immortelle expliqua à l'ensemble des élèves que cette luminosité et cette chaleur provenait de tous les Immortels se rendant en ce lieu : même après des siècles, leur énergie se conservait ici. - Trêve de bavardages, que les épreuves commencent !
     On mena chaque groupe de deux devant le maitre d'un groupe différent, sans cela le résultat pourrait être faussé, les élèves connaissant  l'Immortel, et ses méthodes. Dans un autre coin, les élèves possédant déjà le grade de sable se préparaient, et, à l'opposé, les futurs Immortels.
     Les épreuves étaient les suivantes : lancer des boules d'énergie de puissance une ou plus, contrôler un objet à distance ainsi que maitriser l'élément feu et son opposé, l'eau. Pour cette dernière épreuve, les maitres mettaient à la disposition des apprentis une grande cuve d'eau contenant un navire, simulant l'ennemi, que le postulant au grade supérieur devait submerger par les eaux. Pour le feu, les Immortels enflammaient un arbre, les élèves devaient l'éteindre sans utiliser un autre élément, la solution étant bien évidemment d'aspirer le feu à soi, mais encore fallait-il la trouver, résidant sans doute là la réelle difficulté de cette épreuve d'énergie et de logique.
     Quand Réline mit Sêne à l'épreuve des boules d'énergie, au lieu d'obtenir la boule de premier niveau à laquelle elle s'attendait, une sphère de cinquième niveau se créa. Émerveillée par la puissance de la petite, elle lui demanda de recommencer. A nouveau, l'essai fut couronné de succès. Notant le résultat incroyablement bon sur son cahier, elle s'adressa à Soudguess :
- A toi, mais n'essaie pas de faire la même chose que ta camarade, ne dépasse pas tes limites.
A son tour, elle fit une sphère de cinquième niveau. Ce souvenant qu'elles étaient les apprenties de Gicaré, elle se dit qu'une fois de plus, ses élèves étaient étonnantes. Après toutes ces années, elle aurait dû s'habituer à la puissance des élèves de Gicaré, mais, décidément, elle n'y parvenait pas.
     Vint l'épreuve de la télékinésie : connaissant leurs capacités, elle choisit un objet lourd, une pierre de cinq kilogrammes.
      Quand les deux filles firent tourbillonner la pierre sans aucune perte d'énergie, Réline les félicita en se disant qu'elles feraient des Immortelles exceptionnelles. Elle leur donna tout de même le troisième exercice, avec un navire beaucoup plus résistant que ceux de leurs camarades, qui fut coulé en quelques secondes à peine, malgré sa solidité. Elle propagea un feu à plusieurs arbres, qui fut ramené aux fillettes avant même que le premier arbre ne s'écroule. Tandis qu'elle se levait, elle sentit les fillettes pénétrer son esprit, pourtant bien protégé.
«Elles sont vraiment exceptionnelles», songea-t-elle.
Quittant les filles pour voir où en étaient les autres groupes, elle vit un apprenti accomplir les mêmes exploits.
«Sans doute Gicaré ne pouvait-il pas en prendre trois...ou l’ignorait-il. C'est vraiment dommage.»
Finalement, Gicaré passa prendre les résultats en regardant avec fierté ceux de Sêne et Soudguess, ainsi que ceux de Hérodg, l'élève qu'avait observé Réline. Maquiana fut déçue quand elle apprit qu'elle serait séparée de ses amies, mais ne se plaignit pas. Elle était consciente de la chance de ces dernières, et était heureuse pour elles.
Après la cérémonie de changement de grade, où aucun autre élève ne s'illustra, les nouveaux élèves pour le grade pouvoir devinrent rapidement inséparables. Enjoué, intelligent, vif et drôle, ce jeune garçon de sept ans s’entendait à merveille avec tout le monde et faisait l’effet d’un rayon de soleil à ses camarades.
     Étant données les circonstances de son passage de grade, on attribua aussi Hérodg à Gicaré. Soudguess remarqua avec étonnement qu’il possédait les mêmes traits que Sêne, qu’il lui ressemblait même beaucoup. Il venait pourtant de Séquile ! L’Immortel emmena les apprentis dans la salle de classe, et se mit en devoir d'apprendre la téléportation à son nouvel élève, donnant du travail avec des exercices devenant graduellement plus compliqués aux deux autres apprenties. Hérodg apprit aussi rapidement que les fillettes, à la différence près qu'il ne bloqua non pas sur la théorie, mais sur la pratique : il s'écorcha à maintes reprises, laissant de la peau à l'endroit de départ, avant d'obtenir un résultat parfait. Gicaré en déduisit que c'était un élève logique, plus efficace sur les plans que sur un champ de bataille, mais il se ferait à ces derniers avec le temps. Il ignorait que là ne résidait pas le blocage de son nouvel élève face à la pratique.
     Ils attendirent patiemment que Sêne et Soudguess eurent terminé, la patience étant une qualité quasiment indispensable chez un bon Immortel, les deux fillettes le savaient déjà. Jetant un coup d'œil aux travaux, Gicaré les jugea bon et les renvoya dans leur chambre. Quand ils arrivèrent, ils ne  furent presque pas étonnés de l'espace aménagé pour Hérodg, un rideau séparant les deux parties de la chambre, en quelques heures à peine.
- Gicaré est vraiment intimidant, lâcha soudain Soudguess.
- Pourquoi ? demanda Sêne.
- Il fait tout rapidement, même si on ne se perd pas, il ne donne pas beaucoup d'explications.
- Je suis peut-être un peu d'accord, mais suis heureux d’étudier auprès de lui car c’est un bon professeur. En revanche, je ne le trouve pas si intimidant. J’appuie plutôt ta deuxième phrase, s’en mêla Hérodg.
- Pas moi, en fait, je suis fière d'être son apprentie.
-Moi aussi, surtout qu’il n’était pas obligé de me prendre comme apprenti, répliqua Hérodg.
Sêne ne se laissait jamais intimider, rien ne la détournait de ses buts, et encore moins depuis qu'elle étudiait ici. Encore une fois, elle ne comprenait pas ses camarades, sans doute était-elle plus grande dans sa tête, bien qu'étant plus jeune que Soudguess. Elle ignorait pourquoi, mais elle ne sentait pas comme les autres.
 


 
CHAPITRE V      
La différence de Sêne      
Bien plus mature que ses camarades, Sêne possédait aussi de plus grands pouvoirs, comme l'avait déjà remarqué Gicaré, mais, cependant, il ne le lui dit pas;  elle s'en rendrait compte bien assez tôt. En effet ce surplus de pouvoir la mettrait au courant, elle se sentirait différente. En l'observant, il remarqua que son destin était déjà semé d'embûches, dans le peu qu'il lui était permit de voir. Il était aussi celui d'une personne capable d'accomplir des miracles, si elle se donnait la peine d'essayer. Elle faisait partie des trois personnes qui déferaient les Hommes de Cire. Cela rassurait le grand Immortel, la première partie du puzzle étant en place, mais dans combien de temps les autres le seraient-elles? L'attaque était imminente, et Sêne pas tout à fait prête... Il pensa à accélérer son apprentissage, mais comment faire pour ne pas vexer les autres, et que Sêne ne se doute pas de son rôle? Il alla chercher conseil auprès de ses meilleurs alliés, des Immortelles d’élite, Réline et Scickène, les deux sœurs de Schocan. Etrange que leur frère soit un peu renégat, observait-il toujours. Après l'avoir écouté, Scikène lui proposa de tester les réelles capacités de Sêne, et de lui faire un apprentissage différent en fonctions de ces dernières. - Sans lui dire pourquoi, tu lui feras des cours particuliers, en lui faisant croire que les autres font la même chose, ajouta Réline.
- Tu sembles oublier quelque chose, elle risque d'en parler à ses amis, dit Gicaré.
A cours d'idée, ils finirent par choisir l'idée de Réline, tout en se disant qu'il lui demanderait de ne pas se confier. Sêne risquait de trouver cela suspect, mais avaient-ils le choix ?
   Quand Gicaré alla quérir Sêne, Soudguess l'informa qu'elle lisait un gros et poussiéreux traité de magie. Quelle élève sérieuse et assidue au travail ! Elle s'intéressait vraiment à tout, même aux vieux traités de magie qui ennuyaient les futurs Immortels, obligés à en lire un certain nombre pour ne pas rester ignorants. Ressentant la présence de son professeur, elle reposa le livre sur son lit,  rejoignit Gicaré, et disparu avec lui dans un tourbillon de lumière. Arrivé dans la salle d'étude, Gicaré prit la parole :
- Je vais te donner des cours particuliers, pour que tu connaisses mieux tes aptitudes magiques, comme à tes deux camarades, d'ailleurs, mais ne le leur en parle pas, je t'en conjure.
Ce «je t'en conjure» fit naitre le doute dans l'esprit de Sêne, mais elle ne questionna pas Gicaré à ce sujet, à son grand soulagement.
- En quoi consisteront ces leçons ? Demanda-t-elle plutôt.
- Je testerai tes réelles connaissances, puis je pense que je commencerai à t'apprendre à maitriser les éléments.
 Excitée, elle s'empressa de prendre place sur sa chaise. Elle n'était pas sans savoir que Gicaré observait le potentiel seulement sur des personnes calmes, et qu'il considérait qu'être assis calmait. Il se concentra intensément, puis entra dans une transe que personne ne devait déranger. Tandis que Sêne observait le phénomène avec attention, elle sentit qu'une présence étrangère s'immisçait dans son esprit.
-Bien. Nous étudierons donc l'élément «terre, nature» auquel tu sembles prédisposée.
Devant le regard interrogateur de la fillette, il lui expliqua : 
- N'importe quelle personne dotée de dons magiques peut maitriser les quatre éléments. Seulement, chaque personne, en fonction de ses dons et de son tempérament, maitrisera plus le feu ou l'eau, la terre ou l'air... Tu comprends?
Sêne acquiesça. Bien sûr, elle était ravie car elle se souvenait maintenant que certains élèves normaux ne possédaient aucune spécialité, mais elle aurait préféré un élément plus puissant, comme le feu, par exemple. Lisant dans ses pensées, l’Immortel expliqua :
- Le feu n'est pas forcément le plus puissant, et, bien que cela puisse paraître étrange, les plantes peuvent être plus efficaces que le feu. Voici un exemple : tu n'es pas sans savoir que le feu bat facilement la terre ? Et tu sais aussi que les plantes, la terre, battent tout aussi facilement l'eau, qui anéantis le feu ? Et bien vois-tu, le feu bat la terre car elle brûle facilement, mais tu pourrais résister face à cette puissance en puisant de l'eau dans le sol, elle éteindrait le feu et renforcerait les plantes. Si tu te bats contre l'eau, tu épuiseras ton adversaire en puisant dans ses réserves. De plus, avec cette spécialité, tu apprendras facilement la maitrise des autres éléments, car ton principal pouvoir n'est pas censé être destructeur. Le feu, quand à lui, ne peut tirer aucun avantage autour de lui : il est entièrement vulnérable contre l'eau, et ne tire aucun avantage d'un combat contre la terre.
Sêne était surprise, certes, mais elle savait quand on lui disait la vérité. « Peut-être est-ce là un de mes  autres pouvoirs », pensa-t-elle. « Je reconnais instinctivement la vérité du mensonge ».
Gicaré soupira : ce qu'il avait craint était en train de se passer. Elle se découvrait peu à peu des pouvoirs à la suite de l'enseignement de son maître, des pouvoirs qu'elle était pour l'instant la seule à avoir jamais possédés, hormis les Anciens.
     Soudain, la terre trembla, mais l'Immortel semblait encore plus serein qu'habituellement. Les améthystes incrustées dans son bureau brillaient et Gicaré irradiait littéralement. Sêne n'était plus seule à présent, la deuxième pièce du puzzle était née. Dans à peu près sept ans, il lui faudrait lancer de nouvelles recherches. Il envoya un désir important d'étudier chez les Immortels à l'enfant, espérant le toucher avec autant de force qu'il l'avait fait avec Sêne. Il lancerait des recherches, oui, mais pas avec le même messager : il avait effrayé toutes les familles en requérant les enfants par son manque de gentillesse et d'explications. Puis ses pensées revinrent à Sêne, et à l'entrainement qu'il devait lui donner. Il hésita sous le regard interrogateur de cette dernière.
 
 


 
CHAPITRE VI      
La révélation      
       
Sêne insistait, demandait silencieusement les explications qu'elle aurait du avoir depuis longtemps, avant même d’arriver au château, l'expression lourde de reproches. Son insistance témoignait de sa jeunesse, mais la dureté de son expression donnait l'impression que c'était une personne adulte, forte de son expérience. Puis, Gicaré céda. Il se résigna à lui expliquer son rôle dans cette guerre, mais pas à tout lui avouer. Non, il ne pouvait pas, ce serait trop dur pour elle, comme pour lui. Quand elle serait plus grande, peut-être, mais pas maintenant. Il décida qu'il le lui révélerait, ce secret, après le premier assaut des forces ennemies. Pourtant, il l'aimait comme sa fille, car elle lui ressemblait tant... Rassemblant tout son courage, il déclara :  - Je voulais attendre, mais le destin a accéléré les choses. Ne t'inquiètes pas, je viens droit au but. Tu es la première « recrue » des trois qui nous sauveront des Hommes de Cire.
Cette révélation était on ne peut plus brutale. Ces recrues devaient donner leur vie, alors qu'elles possédaient beaucoup moins d'entrainement que les autres. Mais Sêne ne cilla pas. Toujours impassible devant une situation de n'importe quelle gravité, elle réfléchissait à un moyen d'accumuler une quantité incommensurable de savoir en à peine sept ans. Gicaré admirait cette fillette de sept ans qui, sans doute, serait la clé de coordination de son groupe. Très lentement, elle se mit en mouvement, puis s'écria violemment :
- ça n'est pas toute la vérité ! Je le sens bien ! Je veux savoir quel était ce phénomène, tout à l'heure, avec les améthystes.
Gicaré esquissa un sourire. Elle était franche, parfois même trop, ce qui était inhabituel pour une Omboise.
- La deuxième personne est née, les pierres précieuses nous le montre. Tous les Immortels l'ont ressenti.
Sêne sembla se calmer, puis demanda plus posément : 
- Mais mes camarades... Eux aussi possèdent de grands pouvoirs, ils sont passés directement au grade sable!
- Leurs pouvoirs ne seront jamais maitrisés. Même les miens ne le sont pas. Il n'y a que toi et tes futurs élèves, car ils le seront, qui les maitriseront un jour. J'ai moi-même octroyé à Hérodg et Soudguess une plus grande concentration, car chez nous, sans te compter, elle est la clé de la réussite.
- Mais pourquoi eux ?
- Ils possèdent tout de même un potentiel bien plus élevé que la moyenne.
Sêne, ébranlée par ces nouvelles, demeura de marbre, sans voix. Une question lui traversa l’esprit : pendant le test du grade sable, Soudguess et elle avait fait des boules d'énergie de niveau cinq, et celle de Sêne n'était en rien supérieure ! Quand elle en demanda la raison, Gicaré se mordit la lèvre. Cela le gênait, mais il répondit cependant :
- Eh bien... Tu sais, cela a été difficile, mais j'ai un instant, juste le temps du test, bloqué tes pouvoirs au niveau de ceux de Soudguess.
- Ah...
Elle s'était imaginé que c'était une preuve, comme quoi elle était comme les autres élèves... Malheureusement, les Immortels ne mentaient jamais aux enfants desquels ils étaient responsables,  sauf quand la situation ne leur laissait pas le choix, même s'ils ne disaient parfois pas toute la vérité. Elle se demandait comment une fille de ferme pouvait jouer un rôle aussi important dans l'avenir du monde.
- Mais pourquoi avais-je envie d'étudier chez les Immortels, et pourquoi est-ce le jour pile de mes sept ans qu'est arrivée la voiture?
- Je suis assez content que tu te poses ces questions, elles me prouvent que c'est bien toi l'élue, la curiosité, dans ce genre de situation, est une qualité, tu sais.
Sêne se renfrogna.
- A présent, je vais te donner les réponses à tes questions. Tu désirais étudier ici car, dès ta naissance, j'ai envoyé vers toi une vague d'énergie qui te pousserait à venir apprendre sous notre aile. Le jour des sept ans est symbolique, il exprime la perfection et la félicité chez les Immortels. Si nous avions attendu plus ou moins, tu aurais déçu, aucune onde magique et bienfaisante ne pouvant atteindre un enfant avant ou après cet âge.
Toutes les interrogations de Sêne ayant été élucidées, elle remercia Gicaré, et retourna dans sa chambre. Son professeur ne la retint pas. Il remettrait son enseignement à plus tard.
En rentrant dans sa chambre, l'apprentie se jeta sur son lit et se replongea dans le traité de magie, espérant que la lecture lui ferait oublier tous ses soucis. Tandis qu'elle lisait, un bruit fracassant se fit entendre. Alarmée, elle se hâta de rejoindre les autres élèves dans le couloir. Le bruit continuait, mais diminuait d'intensité. Il semblait provenir des cuisines. Ils se précipitèrent à l'intérieur, et virent avec horreur une créature verte, ressemblant à la fois à un cheval et à une souris, de la taille d'un lapin. Un lapin avec des écailles ? Il fixait les cuisinières avec colère, puis remarqua les élèves. Ses yeux globuleux se posèrent sur chaque apprenti, puis passèrent un long moment sur Soudguess et Hérodg, s'en désintéressèrent et regardèrent intensément Sêne. Elle observa ses écailles, luisantes malgré leur apparente rigidité. Rassemblant son courage, elle explora la conscience de la créature. Ne percevant rien, elle s'extirpa de la tête du monstre.
- Vous ne résisterez pas. Soumettez-vous, ou vous mourrez tous ! Je suis l'ambassadeur des mondes supérieurs, misérables êtres magiques. Nous possédons le pouvoir de détruire ceux que vous appelez « Immortels ». Débarrassez ces terres de votre sang impur, nous vous aiderons à le faire sans douleur si vous nous donnez ce que nous recherchons...
- Jamais!
C'était Sêne qui avait parlé, car elle était la seule à avoir compris de quoi parlait la créature. Elle voulait la pierre de l'égalité, de la résistance et de la survie... Il était évidemment hors de question de lui remettre cette pierre, elle qui permettait à ce monde de tourner rond depuis la nuit des temps. Les hommes de Cire la convoitaient pour ses vertus, ne possédant aucune pierre de la sorte chez eux. De plus, si ce peuple la possédait, il dominerait le monde, cette pierre nourrissant leurs esprits tortueux.
La pierre de Jugstang...
- Comment oses-tu, misérable vermine humaine faite de chair et de sang, t'opposer à mon désir ? Soit, je déclare au nom de mon peuple la guerre ! Cette fois, vous périrez tous, vos dieux ne peuvent plus rien pour vous!
Il ajouta simplement d’un ton moqueur :
- Ils sont trop vaniteux.
Tous les élèves présents baissèrent la tête, parfaitement conscients que l’étrange créature disait la vérité.
Calme, Sêne concentra silencieusement tout son pouvoir. Effectuant son premier essai, elle leva ses mains vers la créature, et une énorme boule de feu en surgit. La créature fut plus prompte, et fit un pas de côté, mais pas assez rapidement tout de même. La moitié de ses écailles vola en éclats, puis disparut en fumée. La créature hurla de douleur, et dit, avant de disparaître derrière un rideau d'étincelles noires :
- Je reviendrai, et j'aurai la pierre de Jugstang!
Sêne, qui était quelque peu déboussolée, tituba jusqu'à sa chambre. Elle réfléchit longuement à la créature. Curieusement, elle n'en avait jamais entendu parler. Pour vérifier l'existence en ce monde de cette étrange créature, qui était de plus douée de la parole, elle se rendit au monde de Références culturelles, un monde parallèle conservé par la déesse, qui n'avait pas été autorisé à participer aux guerres en raison de sa réserve et de son grand savoir. Elle ne participait donc pas aux réjouissances toujours existantes des autres dieux, et assumait encore son rôle. En entrant dans la salle elle ressentit, comme d'habitude, la grande vague d'énergie l'envahir et la transporter dans un monde différent. En feuilletant divers ouvrages, elle tomba sur une étrange pierre. Puis, l'atmosphère se réchauffa et Sêne ressentit la puissance divine. Cacélia apparut dans un nuage de lumière éblouissant. Sêne fit une révérence maladroite, se marcha sur le pied et finit à plat ventre, tout en regrettant de ne pas avoir appris à les faire correctement. La déesse la releva, prit la pierre et la tendit devant elle. La pierre s'illumina de la même façon que la divinité, et s'éleva dans les airs, délicatement, telle du verre léger. Enfin, Sêne reconnut la pierre du savoir. En prenant la main de la petite fille, la déesse l'emmena vers une étagère, et exerça une légère pression sur elle. Le morceau de bois s'estompa, puis disparut totalement, laissant passer divinité et l'humaine.
- Nous serons ici à l'abri des oreilles indiscrètes des espions de mes confrères.
Cacélia était simple, mais imposait le respect. Elle n'était pas entièrement issue des Immortels, mais de ces derniers et de la Nature, ainsi elle ne portait pas en elle l'erreur de vanité des dieux. Elle était également l'unique déesse.
- J'ai une grande mission à te confier. Aucune mission de cette ampleur n'a jamais été confiée à un Immortel, et encore moins à une mortelle.
Sêne s’étonna : la déesse avait dit « encore moins à une mortelle » tandis qu'elle s'attendait à entendre « à une simple mortelle ». Cacélia ne méprisait pas les Hommes...
- En fait, il n'y a même aucun dieu même qui l'aie vraiment accomplie... Mais tu n'es pas n'importe qu'elle humaine, n'est-ce pas, ajouta-t-elle avec malice.
La déesse avait des émotions ! Elle ressemblait tant aux humains...
- Cette mission consistera à protéger ma pierre. Bien sûr, tu posséderas  des facultés, que je t'aiderai à maitriser. Ma pierre est l'élément le plus important, mis à part les élus, dans cette bataille. Protège la pierre de Jugstang.
- La pierre de Jugstang est votre pierre?
Sêne porta aussitôt une main à sa bouche. Elle avait adressé la parole à la déesse ! C'était contraire aux règles, et l’élue risquait le pire.
- Enfin on m'adresse la parole! Je me demandais si je n'étais pas devenue sourde ! Avec toutes ces stupides règles, de politesse, soi-disant, je perdais l'envie de vivre ! Façon de parler, naturellement. Tu dois te sentir coupable, mais moi, cela me réjouit, j'attends cela depuis plus de 500 ans. Et c'est vraiment long, quand on ne peut pas sortir.
Cacélia réagissait comme si elle n'était qu'une humaine de l'âge de Sêne, au lieu de la sage et grande déesse dont on parlait dans les livres. Cacélia lui tendit une bourse de cuir, et lui demanda d'y placer elle-même la pierre. En s'exécutant, Sêne ressentit une grande puissance s'emparer d'elle. Elle s'illumina de l'intérieur et la pierre s'éleva pour retomber dans la bourse de cuir.
- Maintenant, tu la protèges avec ma magie en plus de la tienne. Acquitte-toi bien de ta tâche.
Sur ce, elle fit apparaître un nuage lumineux et disparut avec, laissant Sêne seule dans le monde de référence. Malgré sa perplexité, elle continua de chercher le document, puis eu l'idée de se servir de la magie enseignée par Gicaré. Elle tendit ses mains devant elle, puis tourna de plus en plus vite. À son grand étonnement, un livre vola vers elle au bout de quelques minutes, alors que lors de ses essais, Sêne ne maitrisant pas encore ce pouvoir, elle prenait une demi-heure. Ses capacités surnaturelles avaient donc été augmentées durant la visite de la déesse !
 
 


 
CHAPITRE VII      
La menace      
Sêne prit le livre, intitulé « les créatures diverses et d'un autre monde » et chercha le chapitre concernant la créature verte. En fait, il y avait peu de choses sur elle, mais une, capitale : c’était les Hommes de Cire qui l’utilisaient, pour prévenir et donc éviter des pertes dans leurs rangs, pour effrayer, en somme. Aucune indication sur ses pouvoirs. Pas même le fait qu'elle puisse disparaître instantanément, à sa guise. C'était pour le moins étrange. Puis, une nouvelle page apparut, manuscrite. Elle relatait les faits passés, et expliquait quand les envahisseurs avaient attaqué pour la première fois. Sêne commença à la lire, poussa un cri et s'évanouit. Quelques heures plus tard, en cherchant une onde d'énergie qui s'était enfuie, Célestia trouva Sêne allongée sur le sol. N'ayant pas appris à fouiller les pensées, elle appela Hérodg et Soudguess, jugeant inutile d'importuner les professeurs si il n'y avait rien de grave. Quand Soudguess arriva, elle informa Célestia qu'Hérodg était occupé par un exercice supplémentaire, auquel elle avait été soustraite.
- Qu’-y a-t-il ? Questionna Soudguess.
- C'est Sêne, répondit anxieusement Célestia en dirigeant sa main vers l'apprentie allongée.
- Que s'est-il passé ?
-  Je n'en sais rien, elle était déjà là quand je suis arrivée. Peut-être qu'en lisant dans ses pensées...
- Tu as raison, je vais le faire tout de suite.
Elle se concentra et plongea dans la mémoire de Sêne. C'était la première fois qu'elle regardait les souvenirs, car elle avait l'habitude de lire les pensées immédiates. Ce ne fut pourtant pas difficile. Elle accéda à ses pensées, et y perçut une présence lumineuse, réconfortante, et puissante.
- Un dieu...souffla-t-elle.
- Un dieu ? Je croyais qu'elle ne les respectait pas !
- C'est justement ça qui m'intrigue.
- Essaie d'aller plus loin!
Soudguess hocha la tête et recommença. Cette fois, elle reconnut la présence et en fut encore plus étonnée.
- C'est la Déesse qui lui a rendu visite ! S'exclama-t-elle.
- La Déesse ? Mais je croyais qu'elle était gardée par toute sorte de magie pour je ne sais plus quelle raison !
- C'est tout aussi étrange.
Puis elles aperçurent le livre, ouvert. Elles l'examinèrent magiquement, craignant qu'il ne contienne quelque sortilège qui les mettrait rapidement hors de combat. Ne trouvant rien de suspect, elles le prirent et lurent la page que Sêne avait lue. C'était une page manuscrite. Sur cette page était inscrit ce qui était, à l'évidence, un discours destiné à resté graver dans la mémoire de tous.
« Chers compatriotes, mes collègues et moi, responsables de relater les circonstances dans lesquelles est survenue cette guerre, vous informons que la date à bien été choisie avec soin. Il y a trois ans, quand leur ambassadeur est venu, une élève extraordinaire venait d'arriver au château pour y étudier. Cette élève surpassait tous les autres, et c'est d'ailleurs elle qui nous a suggéré de rassembler un grand nombre d'Immortel pour qu'ils puissent créer des dieux. Elle venait alors d'avoir sept ans. Notre cher Gicaré a lui-même examiné l'enfant. Elle devait détruire avec deux autres miracles les Hommes de Cire. Nous en avons déduit qu'ils voulaient se débarrasser de la petite Dounia.
Après, ce n'était que gribouillis incompréhensibles, puis il y avait cette inscription « quatre ans plus tard » d’une autre écriture, et le discours recommençait.
« Les améthystes ont été illuminées, le deuxième enfant est né. Une nouvelle attaque, bien plus dévastatrice. Quand l'autre naitra, que se passera-t-il ? C'est en partie pour cela que nous devons protéger les élus. Dounia nous a très bien défendu, mais au troisième assaut, le pourra-t-elle encore ? Il ne faut pas oublier que ce n'est qu'une enfant, et Chizo un bébé de quelques mois. Néanmoins, il ne faut pas baisser les bras. Si le troisième élu nait, cet autocrate de malheur devra jeter les armes ! »
On voyait bien que ces lignes avaient été écrites à la hâte, mais on en comprenait le sens. Encore des gribouillis. Puis, dix ans plus tard, de cette même autre écriture fine.
« Nous avons réunis les trois pièces du puzzle ! Même si les élus ont vingt-quatre, dix et trois ans, nous pouvons encore rêver ! Ensemble, ils créeront les dieux, et nous vaincrons ! En ce moment même, ils combattent vaillamment pour nous, et repoussent encore l'ennemi !
Soudguess et Célestia se regardèrent. Où était l'élément perturbant, sans doute à cause duquel Sêne s'était évanouie ? Pour le moment, il n'y avait que des bonnes nouvelles.
Nouvelles ratures. « Dix ans plus tard »
« Si nous sommes réunis aujourd'hui, ce n'est malheureusement pas pour vous annoncer la victoire de nos rangs. En réalité, nous avons bel et bien gagné cette guerre, mais à quel prix ? Nous n'ignorions pas que tous ces combats étaient dangereux pour les élus, mais pas à ce point. Tout d'abord, nous pouvons dire que nous pouvons toujours compter sur Dounia. Elle est vivante, mais la déesse Cacélia l'a reprise pour parfaire son éducation. Chizo, quand à lui, n'a pas survécu à ses blessures, malgré son statut d'Immortel. Les Hommes de Cire ont trouvé une faille chez nos protecteurs, nous ignorons laquelle. Le troisième élu a aussi subit le même sort. Nous ferons de ce jour un jour sacré, synonyme de victoire et de deuil. Les Immortels assurent que deux des élus du futur subiront le même sort. Mais cela et étonnant : pourquoi aurions-nous besoin d'autres, les Hommes de Cire ayant été v....us »...
La page s'arrêtait là, déchirée, sans doute par le temps.
- Mais pourquoi cela l'a-t-elle touché à ce point, demanda Soudguess.
- Peut-être que c'est parce qu'elle sait que les nouveaux élus n'arriveront pas à accomplir leur tâche, supposa Célestia.
- Mais tout de même...
À cet instant, Gicaré entra, Sêne gisant toujours sur le sol. Il s'apprêtait à questionner les élèves, quand il vit le livre ouvert à la page manuscrite.
- Pourquoi maintenant, marmonna-t-il en prenant la fillette. Il s'adressa à Célestia : retourne chez ton professeur, et reste s'y.
- Mais je devais récupérer l'onde...
- Ah... Oui;  la voici. Soudguess, va prévenir Hérodg que vos cours sont finis pour aujourd'hui. Vas-y normalement, sans utiliser la magie.
Sans plus d'explications, il sortit de la salle. Arrivé dans son bureau, il posa Sêne sur sa chaise, puis prit un rubis. Il le plaça dans une ouverture de son bureau, puis récita des incantations. Cacélia apparut, avec une jeune fille à côté d'elle, visiblement mécontente.
- Qu'y a-t-il de si important pour que vous veniez me déranger à cette heure ? Vous savez parfaitement que c'est dans ces heures que j'entraine Dounia, tempêta-t-elle.
- Eh bien, on dirait que vous n'êtes pas aussi agréable avec moi qu'avec notre petite Sêne.
La déesse se raidit. Une fois de plus, elle était découverte. Il était vrai qu'elle aimait particulièrement les élus. Elle les prévenait chaque fois du danger. Les coéquipiers de Dounia n'avait pas tenu compte de ses recommandations, et avaient obtenu un « beau résultat ». Dounia avait quant à elle reçu un écrit divin, lui racontant le futur si elle n'était pas prudente. Elle avait écouté, et étudiait avec la déesse, maintenant.
- Faites preuve de bon sens, elle n'a que sept ans ! Dounia avait dix ans et vu les envahisseurs, ce n'est pas pareil ! Voyez le résultat : elle a perdu connaissance. De plus, je ne souhaitais pas l’avertir de ceci avant un moment. Je m’en suis abstenu  pour rien !
- Cela a été pareil pour Dounia. Il faut qu'elles apprennent à se battre dans l'inconscience. Ça leur sauvera la vie, un jour.
- Je suis d'accord avec vous, mais lui avez-vous donné votre pierre ?
- Évidemment ! Croyez-vous que je fasse les choses à moitié ? Le sermonna-t-elle. Puis-je vous demander deux faveurs ? Ajouta-t-elle en se radoucissant.
- Allons-y ! Au point où nous en sommes...
- Promettez-moi d'abord de toujours la protéger.
Le grand Immortel hocha la tête.
- Et de lui décrire les Hommes de Cire, c'est-à-dire leur faiblesse, sur quels points ils sont dangereux...
- Je les lui décrirais en temps voulus. Merci de vous être dérangée.
- Comme si j'avais le choix.
Elle disparut au milieu d'étincelles. Gicaré sourit. Il aimait bien la déesse, si gentille et si brutale à la fois.
Gicaré prit alors la bourse autour du cou de Sêne et, de là, la pierre de Jugstang. Il la passa sur le front de Sêne, prononça quelques formules, remit le tout à sa place et répéta les incantations. Alors, la fillette ouvrit les yeux et reprit progressivement conscience.
La première chose que remarqua Sêne était l'éclat de la pièce. Elle en déduisit que la déesse Cacélia venait de partir. Elle allait s’éclipser à son tour quand elle se rappela la page manuscrite. Elle se souvenait aussi que Célestia et Soudguess parlaient quand elle était dans l'incapacité de bouger. Elles avaient vu presque juste. Elle savait maintenant qu'elle faillirait sûrement à sa tâche. Ou, du moins, qu'elle mourrait certainement, en laissant sa place à un élu plus jeune. Elle tenterait d'effacer cette partie du destin, car il lui faudrait survivre, si les envahisseurs ressurgissaient 500 ou 1000 ans après cette fois-ci. Sêne s'efforça d'oublier cela un instant, et leva les yeux. Elle se trouvait dans le bureau de son professeur. « Pourquoi ? » se demanda-t-elle.
- Je vois que tu es réveillée. Célestia t'a retrouvée il y a quelques minutes, évanouie dans le monde de référence.
- Je...
- N'use pas tes forces. Va te reposer avec tes camarades.
N'ayant pas la force de protester, Sêne se rendit à sa chambre. Quand elle entra dans la chambre, sa première réaction fut l'énervement. La créature verte était là, l'œil plus méchant que jamais.
- Les anciens Hommes étaient moins téméraires, lâcha-t-il avec dédain. Mais beaucoup plus intelligent, aussi. Ils ne se sont pas attaqués à moi, l'ambassadeur et favori de Notre Seigneur.
- On n'adresse pas la parole ainsi aux gens. Encore moins un ambassadeur. À moins que vous ne soyez enfant d'un lâche, si j'ose utiliser ce langage, le provoqua-t-elle.
- En m'insultant, vous insultez mon Seigneur. Vous avez raté votre chance de ne pas répandre votre sang.
- Vous nous auriez tués de la même façon. Je sais que les élus du passé ont commencé par obtempérer, quand ils ont découvert que vous tuiez les hommes, les femmes et les enfants du continent. Nous connaissons vos faiblesses.
- Nos faiblesses? Vous vouliez sûrement dire notre faiblesse. Sans vouloir vous offenser, nous, par contre, connaissons les vôtres.
Sêne était partagée entre le désir de le défier pour connaître l'étendue réelle de sa puissance, et le celui de le faire retourner chez lui pour la sécurité de tous. Elle optait pour le second choix, quand Gicaré arriva.
-Phicias, dit-il en grinçant des dents.
- Ce... Cette chose à un nom?
- Revoilà mon Immortel préféré, coassa le dénommé Phicias.
- Ne t'avais-je pas dit de partir, le tança Gicaré.
- Si, mais je n'avais pas envie d'obéir.
Sêne observait l'Immortel et l'ambassadeur attentivement, sachant qu'il y aurait certainement un combat, et que ce dernier ferait comprendre à tout le monde, y comprit à elle, à quel point la guerre serait rude. Les adversaires se toisaient depuis un long moment déjà quand Gicaré haussa un sourcil et attaqua. Ils allaient régler leurs comptes, dans un combat « à la loyale »! Ce genre de combat était très dangereux, aussi la fillette s'inquiétait.
- Shrockanam Caeroscus Plantanum!
Des lianes surgirent du sol et ligotèrent l'ambassadeur. Ne pouvant plus bouger, Phicias perdait de sa puissance, ses attaques comprenant beaucoup de gestes. Mais il n'avait pas dit son dernier mot.
- Sisilagéas sosassériann, siffla-t-il en redressant la tête et en fixant le plafond.
Ce dernier s'écroula bruyamment, dégageant du même coup une lourde fumée noire et malsaine.
« De la magie noire »devina Sêne.
On voyait l'effarement sur le visage de Gicaré. Il dirigea une autre plante sur la bouche de Phicias, mais la fumée bloqua la plante, qui se flétrit à son contact.
- Où as-tu appris à maitriser cette magie ? S'énerva Gicaré.
Sans répondre, la créature se défit de ses liens avec la fumée. Ce qu'il fit effraya Sêne. Elle se souvint que,  dans le livre où on parlait de Phicias, il n'y avait aucune information sur ses pouvoirs. Gicaré lui-même n'en avait pas parlé... C'était pour le moins étrange. Elle se posa encore cette question« pourquoi les toutes les personnes semblent-elles ne pas se souvenir des capacités magiques de cette créature ? »
C'est alors que le combat commença réellement. L'introduction était terminée. C'était maintenant que Sêne allait pouvoir apprendre.
Tout d'abord, chaque combattant lançait des rayons incandescents autour de son adversaire. Après, c'était attaques libres, à une seule condition : les incantations ne pouvaient être utilisées que durant les premières minutes. Si cette unique règle n'était pas respectée, l'autre combattant était déclaré vainqueur et les dieux se chargeaient de cette gouape.
- fossimilia ombraia profondius nocturnos!
Une épaisse fumée noire s'éleva au-dessus de Phicias. Elle l'entoura quelques minutes, puis le libéra tout en continuant de le survoler.
- Plantanium evolicimo!
Une énorme plante surgit du sol et fonça sur la créature. Elle s'empara de Phicias et l'empêcha de bouger. À première vue, l'ambassadeur était perdu. Cette plante était beaucoup plus forte que les lianes. Mais la fumée noire entoura de nouveau Phicias et désintégra la plante.
- Où as-tu appris à maitriser cette magie, demanda Gicaré pour la deuxième fois, enragé.
- Avec un excellent maitre, chez moi. Il faut dire que mon Seigneur est lui-même un formidable Roi Noir.
- Tu perdras quand nous ne pourront plus utiliser les incantations.
- Non. Cette Calia Ceboratum me protège du regard des dieux. C'est toi qui es perdu.
- Soquérémas Copolrassam, murmura l'Immortel.
La Calia Ceboratum vint vers Gicaré avec lenteur, le toucha, devint blanche et rejoignit Phicias. Voyant qu'il s'affaiblissait, Phicias détruisit la fumée et dit calmement :
- Néorama obliétus faquilicétus.
- Non ! Hurla Gicaré, désespéré.
Mais il était trop tard. Il reçu la sphère en pleine poitrine, et s'effondra. Remarquant qu'il avait oublié Sêne, il envoya la même chose sur la fillette. Elle fit surgir un bouclier, mais il ne servit à rien. La sphère s'arrêta à quelques centimètres de celui-ci dans une incroyable lumière blanche, puis explosa. L'ambassadeur pesta, puis disparut. Épuisée, Sêne se tira péniblement jusqu'à la salle du repas. L'apercevant, plusieurs élèves lui demandèrent ce qui s'était passé. Question complètement absurde étant donné que Sêne était à peine consciente. Elle rassembla ses dernières forces en leur envoyant l'image de la chambre 207, puis sombra dans l'inconscience. Les élèves se regardèrent, ne sachant que faire.


 
CHAPITRE VIII      
L'attaque      
- Au lieu de rester là sans rien faire l'air ahuri, transportez-la plutôt à l'infirmerie ! S'exclama Célestia, choquée par le manque de réaction de ses camarades. - Il faut trouver Gicaré! Cria quelqu'un.
- Non. Tentons plutôt de la réveiller.
Cette proposition étant la plus sage, ils commencèrent à délibérer de quelle façon procéder. Au début, ils utilisèrent les bases de la médecine magique. Cela ne faisant rien, les élèves combinèrent tous leurs pouvoirs sans plus de résultat. L'infirmière ne pourrait rien faire de plus... Somage proposa que certains aillent chercher leur maitre pour aider Sêne.
- Mais la plupart de nos professeurs sont en cours avec d'autres élèves!
- Mais pas Gicaré, ses seuls élèves sont Soudguess, Hérodg et Sêne!
- Nous allons essayer de trouver Gicaré magiquement! S'exclamèrent Soudguess et Hérodg.
Ils se concentrèrent et commencèrent à briller. Dans leur tête surgit une image de leur professeur, allongé dans la chambre 207.
- Pour l'aide de Gicaré, c'est raté !
- Il est dans le même état que Sêne, précisa Soudguess.
- Et  Scickène ? Elle non plus ne donne pas de cours en ce moment !
- Pourquoi n'y avons nous pas pensé plus tôt ?
- Aucune importance... Quelqu'un sait où elle est ?
-Pour l'instant, non, mais ça ne va pas tarder, dit Célestia en souriant.
Déjà, les élèves de Gicaré se dirigeaient vers l'intérieur du bâtiment. Le trajet ne fut pas long, et bientôt ils se retrouvèrent devant une épaisse porte de bois.
- Et maintenant ? Le seul moment où nous pouvons être dans le bureau d'un Immortel, c'est pendant la classe, et dans ce cas la porte est ouverte !
- Il suffisait de demander !
C'est sur ces mots que la porte s'ouvrit, et alors tous commencèrent à parler en même temps.
- Ne parlez pas tous en même temps, et calmez-vous. Sommage, que se passe-t-il ?
Ce dernier relata les faits, sous l'écoute de l'Immortelle.
- Bon, retournez tous dans vos chambres respectives, sauf, bien sûr, vous deux.
De la tête, elle désigna Hérodg et Soudguess. Devant la situation, les élèves obéirent sans rechigner.
- Allez, vous deux, venez, nous n'avons pas de temps à perdre !
Scickène marchait d'un pas vif, et les enfants avaient du mal à tenir le rythme.
- Excusez-moi, mais pourquoi n'utilisons nous pas la téléportation ? interrogea Soudguess.
- Essaie donc ! Cela aurait des conséquences désastreuses sur toi, car ce n'est pas n'importe qui, qui les a mis dans cet état. Aucun d'entre nous ne se souvient malheureusement de qui est exactement Phicias, ni même qu'il peut nous faire oublier tout ce que l'on sait sur lui, jusqu’a ce qu'on le revoie...
 
Soudguess interrogea Hérodg du regard, qui répondit d'un haussement d'épaule. Mais une autre question lui vint à l'esprit :
- Mais alors, pourquoi vous, vous en souvenez ?
- Bonne question, en effet. Je n'en sais rien moi-même...
Décontenancés, les deux élèves se turent le reste du trajet. Ils arrivèrent dans la chambre dévastée, mais l'Immortelle ne parut pas s'en soucier. Elle sonda la mémoire de Gicaré, et découvrit un grand vide à la place où se trouvait Phicias. Seul, sont nom y figurait.
- Forcément, grommela Scickène. C'est maintenant que vous intervenez. Sondez à votre tour la mémoire de votre maitre.
En voici la raison : cela m'étonnerait que Phicias absorbe cette partie de la mémoire, c'est logiquement impossible. J'en suis la preuve, il la masque seulement ! Peut-être, des enfants au cœur pur la démasqueront, car, comme vous le savez certainement, la pureté de la jeunesse est la pire ennemie de la magie noire, car elle est, en quelque sorte, sœur de cette dernière et lui est donc foncièrement opposée.
Obtempérant, les enfants se concentrèrent intensément. Sans plus de résultats. Pourtant, quelque chose avait bougé, car Phicias sentit, à cet instant, comme un pincement au cœur, dans son noir repère.
- Excusez-nous, mais nous n'avons rien fait de plus. Nous avons échoué.
- Cela ne fait rien, ma théorie n'était sans doute pas assez élaborée, je vais continuer mes recherches. Je vous ferais part de mes découvertes. 
Sur ce, elle jeta un sort pour remettre la chambre en ordre, et partit.  Alors, Soudguess commença à paniquer, ne sachant que faire, affolée par l'état de Sêne et de Gicaré. Hérodg, étrangement calme, tenta de la raisonner :
- Ne t'inquiète pas, toute cette histoire va s'arranger, j'en suis convaincu! Et puis, d'après Scikène, c'est déjà arrivé!
- Oui, et Gicaré était ignorant à propos de ce truc!
À présent, Soudguess était vraiment inquiétante. Elle sautait partout en agitant frénétiquement les bras, courait dans la pièce comme une dératée, puis recommençait ce petit manège.
- Hé, calme-toi!
Hérodg avait crié. Le « ressort » s'arrêta un instant, mais continua après avoir regardé étrangement son ami.
« Oh non ! La chambre est à nouveau dévastée ! Peut-être y a-t-il encore quelques ondes négatives, auquel cas je risque d'être bientôt atteint aussi. Il me faut trouver une infirmière, ou un Immortel, qui fera quelque chose »raisonna-t-il.
Il arriva sans encombre à l'infirmerie, mais la pièce était pleine. Stupéfait, il resta là, devant la multitude de lits occupés.
Répondant à sa question muette, une infirmière lui dit :
- Les chambres sont infestées de je ne sais quoi, et tous les élèves s'effondrent les uns après les autres! À mon avis, ce sera bientôt ton cas, essaie de faire quelque chose d’utile en attendant.
Hérodg acquiesça, et partit à la recherche d'éventuels élèves non atteints. Il rencontra Maquiana, et, connaissant son amitié avec Soudguess, l'informa de son état, ainsi que de celui de Sêne.
- Je n'y comprends rien ! Moi aussi, ma camarade saute partout, mais dans les chambres voisines, les élèves s'évanouissent simplement... En plus, dans la mienne, ça sent le poisson qu'on aurait grillé avec les écailles, et à côté, ça sent le rat ! Il y a même une arrière-odeur de cheval ! Expliqua Maquiana.
- La créature ! Celle qui est apparue dans les cuisines ! C'est encore elle !
- Essayons de trouver des traces de ce qu'elle a fait !
Ils se lancèrent dans l'inspection du bâtiment. Ce serait une tâche longue, mais s'ils voulaient découvrir se qui se passait, que pouvaient-ils faire d'autre ?
Malheureusement, après avoir parcouru la moitié du château, ils durent se rendre à l'évidence : personne n'était en état de leur raconter quoi que ce soit. Mais ils s'étonnèrent tout de même d'une chose, d'un détail, pouvant apparaître inutile, qu'ils retinrent cependant, tant il était curieux : seules, Soudguess et la camarade de Maquiana devenaient folles. Les enfants tergiversaient sur la cause de tout cela, quand Célestia sortit en titubant de sa chambre, puis, utilisant ses dernières forces, et toute sa volonté, dit :
- C'est la créature... Elle opère depuis les cuisines... Il faut... Il faut aller voir... Cacélia...  Elle a contacté Sêne... Avant que votre chambre ne soit dévastée... Souvenez-vous... Ca....
Elle n'en dit pas plus, et s'effondra au sol.
- Tu crois vraiment que Cacélia nous aidera ?
- Je crois, oui. En parlant de Cacélia, je crois bien que Soudguess m'a dit qu'elle l'avait retrouvée avec Célestia, Sêne évanouie après une visite de la déesse, se souvint Hérodg.
- Alors, pas de temps à perdre ! Si elle peut faire quelque chose avant que nous ne soyons dans le même état que les autres.
C'est en courant qu'ils se rendirent au monde de référence, espérant que la divinité les recevrait rapidement. Un message apparut devant eux, signé de la main de la déesse.
« Rendez-vous dans le bureau de Gicaré, et placez le rubis dans la fente de son bureau. Alors, j'apparaitrai »
D'un commun accord, ils se remirent à courir jusqu'au bureau de l'Immortel. Curieusement, la porte était ouverte. En entrant, ils virent le rubis sur la table de Gicaré. Suivant les instructions du parchemin, Maquiana le prit et le plaça dans la fente. Un courant d'air bienfaisant se créa, pour s'effacer immédiatement, laissant place à la déesse.
- L'heure est grave. Il nous faut réveiller Sêne, si elle ne s'était pas évanouie de fatigue, elle serait parmi vous, et, comme elle sait quoi faire, je ne serais pas là. Suivez mes instructions avec exactitude. Si je vous les donne de vive voix, c'est que je ne désire pas que notre conversation soit interceptée.
Vous allez trouver Sêne, puis, vous retirerez la bourse qu'elle a autour du cou. Vous prendrez la pierre qui s'y trouve, enfin, vous la passerez sur son front. Elle se réveillera. C'est compris ?
Hérodg et Maquiana acquiescèrent.
-Je suppose que vous voulez savoir pourquoi vous êtes toujours conscients ? Eh bien, je crois que vous êtes des personnes qui donneraient leur vie pour notre continent ou plutôt contre le mal qui risque de bientôt le ronger. Pourquoi vous, et pas d'autres, je pense qu'il y a peut-être eu, en quelque sorte, un tirage au sort. Je dois partir, sauvez Sêne !
Elle disparut, laissant les enfants accomplir seuls leur tâche.
- Tu sais où est Sêne ?
- Oui, à l'infirmerie, nous l'y avons emmenée tout à l'heure !
- Je pense qu'on devra la récupérer et l'emmener ailleurs pour la réveiller. Si la déesse avait voulu que tout le monde le sache, elle n'aurait pas pris tant de précautions, elle nous l’a bien fait savoir !
- Tu as raison, approuva Hérodg.
Arrivés à leur but, ils prirent Sêne par les bras et les jambes et l'éloignèrent des regards. Ils suivirent méticuleusement les instructions, et la fillette se réveilla.
- Je suis désolée, mais vous n'aurez pas le temps de vous reposer : nous devons faire vite ! Si tous le château est mal en point, je crains que nous ne devions désormais ramener l’élu.
- Mais que devons-nous vraiment faire ?
- Bloquer l'assaut ! La pierre ne pourra pas les réveiller, j'ignore pourquoi. Il nous suffit donc de trouver l'élu. Au moins pour le sauver, lui, de ces étranges ondes qui vont bientôt parcourir le continent. Je ne sais pas où il est, malheureusement. Et impossible de se téléporter jusqu'à ce qu'on soit sortis des murailles !
- Mais elle s'étend sur des dizaines de kilomètres ! Se découragea Hérodg.
- Je faisais des trajets plus longs que ça pour aller au marché, tous les jeudis ! On va les faire, ces kilomètres, puis on cherchera ! Les gronda Maquiana.
-Tu as raison, le problème est pour la suite : avec qui iras-tu ? Nous allons perdre du temps, comme tu ne sais pas te téléporter !
- Il y a surement une raison ! Je veux dire, pourquoi c'est moi qui suis éveillée et non pas Soudguess !
- Je ne te connais pas très bien, mais je crois que tu es très rapide, suggéra Hérodg.
- C'est bien vrai, et, de plus, si on trouve l'élu mais que ses parents ne veulent pas le quitter, tu nous seras utile ! Elle est très persuasive, précisa Sêne pour Hérodg.
- Alors, en route ! S'exclama Maquiana.
Et les trois enfants commencèrent leur périple. Aucun obstacle ne les dérangea tandis qu'ils traversaient la cour. Forts de la mission qui leur était confiée, ils ne se plaignirent ni ne s'arrêtèrent une seule fois. Le seul repos qu'autorisa Sêne, une fois la muraille franchie, fut pour se restaurer. N'ayant pas prévu de provisions, Maquiana, qui connaissait bien la région, grimpant dans tous les arbres avec une agilité presque inhumaine, et rapporta une quantité largement suffisante de fruit. Ils ne prirent pas de viande, car il aurait fallu la cuire, et les enfants ne pouvaient pas perdre de temps.
Hérodg partit seul, laissant Maquiana à Sêne : cette dernière aurait moins de mal à se téléporter en compagnie de quelqu’un. Les fillettes recherchèrent dans le nord du continent, région plus vaste que le sud où cherchait Hérodg, mais Maquiana allait si vite qu'elles ne mirent que quelques heures pour fouiller la moitié du territoire. Pour le moment, leurs recherches n'étaient pas fructueuses …
Hérodg, pour gagner du temps, ne fouillait pas toutes les maisons. Il était très attentif, laissant de côté celles où aucun enfant ne résidait apparemment.
En fin d'après-midi, il trouva enfin l'enfant recherché : la masure était en bordure de la forêt, et il avait failli ne pas la voir. Il n'avait du qu'aux cris de l'élu et à l'incroyable puissance que dégageait l'endroit de ne pas passer à côté.
Il toqua timidement à la porte, ne sachant quelle attitude adopter. Il allait tout de même demander à une famille d'abandonner un nouveau-né !
Il savait que sa tâche serait ardue, mais il n’avait pas imaginé le problème majeur, dû à l’importance de l’enfant pour cette famille.
- C'est pour quoi, demanda un fermier, l'air épuisé.
- Euh... excusez-moi, c'est... c'est... très important, vous devez comprendre, il en va de l'avenir de notre continent, je sais que c'est difficile, mais...
-Viens-en au fait, mon petit, c'est que j'ai du travail, moi, tu sais.
-Je ne sais pas comment annoncer cela, c'est inhumain de vous demander une chose pareille...
Hérodg se reprit finalement, mais ce fut d'une voix mal assurée qu'il dit :
-Votre enfant joue un rôle essentiel dans la guerre contre les Hommes de Cire, et nous devons lui apprendre à maitriser ses compétences. C'est pour cette raison que je suis ici, pour le...- il marqua un temps d'hésitation, cherchant ses mots -prendre, jusqu'à la fin de la bataille.
Conscient d'avoir manqué cruellement de tact, le jeune élève attendit patiemment que l'homme assimile ses paroles.
Enfin, il explosa :
- Mais c'est insensé ! Les dieux les ont éliminés il y a plus de cinq siècles ! Et puis notre fille est trop jeune pour nous quitter ! De toute façon, elle est trop importante pour nous, c'est notre seule fille !
D'abord intrigué, Hérodg se souvint que, dans cette partie du continent, les filles constituaient un trésor inestimable.
- je comprends ce qu'elle représente pour vous, mais est-elle réellement plus importante que l'avenir du continent ?
Le fermier grogna, ce qui signifiait que Hérodg devait entrer, et en discuter avec la mère de l'enfant. Malheureusement, elle fut encore plus catégorique, et elle s'affirma à grands coups de cris et de gestes violents, qui ne frappèrent heureusement que l'air.
- Puis-je tenter une dernière chose, avant de repartir ?
La vérité était qu'il n'avait aucune intention d'abandonner, mais il savait qu'il jouait sa dernière carte.
- Si tu veux, mais je serai bien étonnée de me laisser convaincre, ricana la mère.
Alors, il se concentra et contacta Sêne. Mentalement, il l'informa de sa situation, et elle répondit gaiement que toutes les chances étaient de leur côté : Maquiana possédait un véritable don de persuasion, et, de plus, c'était une fille !
À peine l'échange terminé, les deux amies firent irruption dans la pièce, dans un éclat de lumière. Les parents échangèrent un air effrayé : avaient-ils eu raison de refuser la quête du jeune garçon ?
Maquiana s'avança, et prit la parole d'une voix calme, où se mêlaient bonté et assurance :
- Je suis sincèrement désolée de devoir vous enlever votre enfant, mais il n'y a pas que la survie du continent, ou de notre race, qui est en jeu, mais aussi celle de notre civilisation...
Elle avait volontairement abaissé la voix, sachant que la civilisation était importante chez ce peuple. Elle possédait un don véritable pour amadouer les gens, car les parents, après une brève hésitation, hochèrent la tête. En quelques mots, toutes leurs défenses étaient tombées, et à présent leur enfant allait les quitter, peut-être pour toujours. La petite et fragile Isabeau...
Les trois enfants les remercièrent chaleureusement, et leur promirent de les aider s'ils étaient un jour dans le besoin, ainsi que des visites régulières de leur enfant. Sêne prit la petite fille, qui dormait à poings fermés. Ils disparurent dans un éclat de lumière, pour rassurer les parents quant au sort de leur enfant.
Les enfants choisirent d'arriver plus loin que la muraille. Sêne avait des explications à leur donner. Cette dernière soupira, puis commença :
- Vous n'êtes pas stupides, alors vous avez certainement compris que je sais beaucoup plus de choses que vous sur cette guerre, aujourd'hui c'est moi encore qui ai guidé vos pas... et aussi la raison de mes connaissances. Ceci est par contre moins sûr, et maintenant que vous avez des soupçons, je me dois de vous le dire. Je possède une puissance supérieure à celle des autres apprentis, supérieure même à la tienne, Hérodg ! Pour une seule et unique raison : je suis moi aussi une des trois élus, et je dois me préparer pour un affrontement... comment dire... sanglant ?
Elle avait dit ce dernier mot avec une pointe d'ironie dans la voix, rassurant ses amis.
- Néanmoins, je vous demanderais de garder le silence, personne n'est censé être au courant. Je dois rester le plus longtemps possible dans l'anonymat, sinon ce serait trop dangereux. Isabeau n'aura pas cette chance ! Cela me déplait vraiment, mais je dois vous demander de me jurer sur la lumière de ne  jamais révéler ceci à quiconque, jusqu'à ce qu'un autre personne le découvre, bien sûr. Si vous avez des questions, vous pourrez me les poser, votre serment ne sera pas violé. J’essaierai de le rendre plus souple.
Les deux enfants hochèrent la tête, la mine grave. La lumière état le code d'honneur chez les élèves et les Immortels, un tel serment était inviolable. De plus, il fallait être extrêmement puissant pour demander cet engagement, aussi leur admiration pour Sêne redoubla.
Ils tendirent solennellement les mains devant eux, et une lumière les recouvrit.  Le serment était désormais inviolable, sous peine de mort.
- Je suis désolée, c'est Gicaré qui me force à prendre de telles précautions. Je vous en délivrerai lorsqu’il ne sera plus nécessaire.
Ses amis ne comprenaient toujours pas pourquoi fallait-il utiliser aussi sévère serment, mais avaient à présent une confiance inébranlable en elle.
Ne voulant pas laisser plus longtemps les habitants du château dans l'état dans lequel ils les avaient laissés, ils accélérèrent tant que possible, car le deuxième élu ne pouvait pas être brusqué.
L'intérieur de la forteresse était désert, ce qui rassura les trois enfants : les infirmières avaient eu le temps de ramener tous les habitants dans le palais. Ils pénétrèrent dans ce dernier, et se dirigèrent directement à l'infirmerie. Sêne répéta les gestes qu'Hérodg et Maquiana avaient faits plus tôt, rajoutant seulement des incantations, dont le sens leur était inconnu.
Les enfants n'eurent aucun répit : après avoir laissé l'élu aux nourrices ils allèrent dans leur chambre où se trouvait toujours Gicaré. La vue du grand Immortel, étendu sur le sol, inconscient, stupéfia et attrista les trois enfants.  Alors, lentement, et en intimant aux autres de l’aider, Sêne souleva son maître et entreprit de le ramener dans son bureau. L’Immortel ne leur facilitait pas la tâche, et c’est épuisés qu’ils arrivèrent à destination.
-Et maintenant ?
-Allez chercher Soudguess, qui ne doit pas encore être réveillée. Si elle l’est, c’est que nous nous sommes tous trompés, Gicaré, Cacélia et moi.
Ceux qui partageaient maintenant son secret revinrent au bout de quelques minutes, mais ils avaient l’air essoufflés.
-Que s’est-il passé ? Vous n’avez quand même pas couru ! S’offusqua Sêne.
-Ce n’est pas vraiment ça…commença Maquiana.
-Les infirmières ne voulaient pas nous la donner, alors nous…hésita Hérodg
-Nous avons dû utiliser un  petit tour, mais il a raté, alors elles nous ont poursuivis, et il était difficile de courir avec Soudguess dans les bras, termina Maquiana.
Sêne sourit. La maladresse de ses amis lui assurait qu’elle pouvait compter sur eux. S’ils étaient rattrapés, c’était le cachot qui les attendait, et chacun en était conscient. Elle leur en fut très reconnaissante et les regarda avec gratitude. Son amie, rendue folle par un maléfice de Phicias, jouait un rôle important dans la suite de l’histoire, à ce que pressentait Sêne. Elle ne se doutait pas que l’admiration que lui vouaient désormais Maquiana et Hérodg allaient emmener les quatre compagnons loin, très loin du cocon désormais familier du château.
Sêne prit la pierre de Jugstang, demanda à ses amis de joindre leurs mains au-dessus du front de l’inconsciente, et de les charger d’énergie neutre. Alors la pièce fut totalement illuminée d’une énergie bienfaisante, et Sêne choisit ce moment précis pour réveiller Soudguess. Lorsque cette dernière ouvrit les yeux, Sêne troqua son air grave et sage contre une mine réjouie.
-Nous avons réussit à te réveiller ! Fit-elle mine de jubiler.
-J’ai l’impression de retrouver ma lucidité après une crise de folie, grogna Soudguess.
-C’est tout à fait ça, s’exclamèrent en cœur ses trois amis.
A la mine ahurie de Soudguess, ils furent pris d’un fou rire qui la gagna rapidement, jusqu’à ce qu’elle aperçoive Gicaré évanoui. Elle fronça les sourcils.
-C’est pour cette raison que nous avons besoin de ton aide, fit sombrement Sêne.
 
 
       


 
CHAPITRE IX      
Le remède miracle      
       
  Elle fit un geste discret pour remettre la pierre de Cacélia dans sa bourse, et, si Soudguess le perçut, elle crut heureusement avoir rêvé. Elle sortait d’une crise de folie, après tout !
-Je dois t’expliquer ce qui s’est passé pendant que tu caquetais comme une poule.
Elle lui expliqua l’attaque, en omettant toutefois certains détails : l’oubli sur les compétences de la créature, le fait que Gicaré la connaissait et la lumière blanche qui avait stoppé l’attaque de Phicias. Elle rajouta aussi un élément disant que Cacélia leur avait laissé un message les sommant de l’appeler dans le bureau de leur professeur.
Par chance, Hérodg et Maquiana, qui ne connaissaient pas cette partie du subterfuge,  jouèrent parfaitement la comédie, car Soudguess, qui était pourtant très avisée, ne remarqua pas leur étonnement.
-Regardez-bien, vous pourriez très bien avoir à faire ça un jour. Je suis les instructions, et comme nous avons brûlé le document…
Elle fit des gestes désormais familiers ; prendre le rubis et l’insérer dans la fente.
Alors apparut Cacélia, au côté d’une jeune fille, l’air contrarié. Lorsqu’elle aperçut les quatre enfants, elle comprit la ruse et afficha un air doux, tout en faisant disparaitre Dounia. Son erreur n’avait duré qu’une seconde mais n’échappa pas à Soudguess, qui choisit cependant de ne pas éveiller les soupçons de la déesse.
-Merci d’être ici, mais pardonnez-moi de mon empressement. La magie de laquelle sont victimes Gicaré et les élèves peut s’avérer irréversible au bout d’un certain temps. Chargez vos mains de lumière et unissez les en pensant à la guérison de Gicaré. Lorsqu’il sera réveillé, donnez-lui cette poudre, il saura quoi en faire. Mais souvenez-vous ! Vous ne devez surtout pas arrêter le processus, sous aucun prétexte !
Sur ce, elle disparut. Obéissant à la déesse, les quatre enfants commencèrent à opérer la guérison sur l’illustre Immortel. Ils approchaient du but quand la porte du bureau explosa, laissant place à des infirmières déchainées. Les quatre amis se regardèrent, inquiets. Puis Sêne afficha un air serein, tandis que les infirmières hurlaient, hystériques :
-Vous n’aviez pas le droit de prendre une élève malade, qui aurait pu guérir entre nos murs. De toute façon, le règlement vous l’interdit. Vous serez sévèrement punis, d’au moins un mois de cachot !
Elles semblaient possédées, et elles s’approchèrent pour assommer les élèves, mais une belle lumière orangée les repoussa violemment. Ceux qui en partageaient le secret sourirent pour eux-mêmes, comprenant d’où venait cette énergie, mais Soudguess était de plus en plus intriguée. Elle ne put cependant pas y réfléchir car l’Immortel se réveilla à cet instant. Il promena un regard inquiet sur les élèves, puis il avisa la bourse contenant la poudre.
-Merci de m’avoir ramené du sommeil. Mais j’ai fort à faire, vous pouvez retourner dans vos chambre, les remercia Gicaré en jetant un coup d’œil étonné à Maquiana.
 
 
 
 
 
-J’ai du révéler mon identité à Hérodg et Maquiana, mais j’ai aussi pris les précautions nécessaires.
Elle raconta son court périple pour trouver le deuxième élu, puis leur retour au château.
-Je veillerai à ce que Soudguess ne découvre pas elle aussi ton identité, car cela la mettrait immanquablement en danger. Je ne désirais pas ramener l’élu ici immédiatement, mais seule notre magie saura la protéger pour le moment. Je te remercie de m’en avoir fait part, retourne dans ta chambre à présent.
 
Ce à quoi aucun des trois élèves promus n’avait pensé, c’était l’état de la chambre. Personne n’en avait été informé et aucune mesure n’avait donc été prise. Chacun savant pertinemment qu’un lieu dévasté n’est pas saint pour dormir, ils décidèrent de se rendre exceptionnellement dans la chambre d’invités, vide pour ces jours-ci.
-Le château est étrangement silencieux, vous ne trouvez pas, demanda Soudguess.
-C’est normal, les élèves se sont évanouis à cause de la magie noire, la même qui t’as transformée en poule, l’informa Sêne.
-De la magie noire ! s’exclama l’ignorante.
-Euh… j’imagine que c’est de la magie noire, mais c’est juste une hypothèse. Autrement, qu’est-ce qui aurait bien pu causer tous ces dommages ? Tenta de se rattraper Sêne.
Hérodg approuva vitement, espérant convaincre Soudguess. Elle se hâta  de ne plus rien laisser paraître de son étonnement, mais la maladroite tentative de Sêne avait semé le doute dans son esprit.
Ô      
       
Pendant ce temps, Gicaré, qui avait pris le sachet, ne se rendit pas directement à l’infirmerie. Il alla plutôt voir Célestia, qui avait lutté pour donner son message à Hérodg et Maquiana. Elle se remettait seule de la magie de Phicias, et était déjà sur des jambes flageolantes lorsque le grand Immortel arriva. -Je…dois…voir Sêne, balbutia-t-elle en l’apercevant.
-Elle ne craint plus rien, ne t’inquiètes pas pour ça, la rassura l’Immortel, étonné qu’elle se soit ainsi remise seule.
-Ça dépend où elle se trouve, je dois savoir où elle est.
-Pourquoi cela dépend-il ? Je viens de la quitter, et elle se portait très bien. De plus, toute menace ennemie est pour le moment évincée !
-Je ne peux pas laisser la Destinée sans protection, en fonction de l’endroit où elle se trouve et des personnes avec qui elle est.
-Voyons, voyons, calme-toi, elle est avec Hérodg et Soudguess !
Célestia se tranquillisa un peu, puis Gicaré ajouta :
-Et que peut-il lui arriver dans la chambre d’invités ?
A ces mots, la jeune fille devint pâle comme la mort.
-La chambre d’invités ? La chambre d’invités ? demanda-t-elle plusieurs fois.
Puis elle se mit à courir dans cette direction, laissant là un Gicaré désemparé.
Ô      
Célestia courut aussi vite que ses jambes le lui permettait. Elle devait absolument prévenir la Destinée ! Elle qui n’était pas particulièrement rapide, la peur de faillir à sa mission lui donna la force de se déplacer aussi rapidement que Maquiana ! Tandis qu’elle courait, une magnifique lumière se matérialisa devant elle, et à l’intérieur une silhouette simple et majestueuse.
-Papa ! Chuchota Célestia, émerveillée.
Elle n’arrivait pas à décrocher ces yeux de la divinité.
-Serais-tu Célestia, demanda à son tour l’apparition.
Célestia hocha doucement la tête. Elle ignorait pourquoi, mais son père se trouvait devant elle, elle le savait. Elle ignorait tout de lui, sa mère n’ayant rien voulu lui révéler de son ascendance, mais ne douta pas un instant que cet étrange dieu fut son père.
Il lui tendit une main que l’émotion rendait fébrile, et la regarda dans les yeux.
-Tu es le portrait craché de ta mère, murmura-t-il.
-Mais, si vous êtes réellement mon père, qui suis-je alors ?
-Tu veux parler de ton tire, de ton rang ? Je t’avoue que je n’en sais rien moi-même. Appelle-toi comme tu veux, sache seulement que tu es immortelle, entièrement, mais cela ne changera jamais rien au fait que tu es ma fille. Je te reconnaitrai lorsque cette guerre sera terminée. Pour le moment, c’est trop dangereux.
-J’ai une autre question. Vous ne ressemblez à aucun des dieux que l’on décrit dans les grands ouvrages, alors, qui êtes-vous, chez les dieux ?
Son père lui adressa un sourire énigmatique :
-Pas pour le moment, pas pour le moment. Tu le sauras en temps voulu. A présent, je dois t’aider pour ta mission, tu as pris du retard, et c’est ma faute. Je vais t’emmener auprès de Sêne, mais je dois éloigner Soudguess. Donne-moi seulement quelques secondes.
Célestia lui prit la main et arriva à quelques pas de Sêne. Soudguess était déjà partie. Elle s’avança vers elle.
-Sêne ! Hérodg ? Bon. Il n’est pas sain de rester là, ce lieu n’est pas seulement plein de magie noire. C’EST la magie noire, en elle-même. Cet endroit peut te détruire avec sa concentration où en t’envoyant les pires démons.
-Tu dis que cet endroit est la magie noire ? Donc, si on le détruisait, il n’y en aurait plus !
-Au contraire, la magie noire prendrait le dessus et il serait impossible de l’arrêter ! C’est pour cette raison que c’est ici : nous n’allons pas détruire notre château, et ainsi cette puissance n’est pas libérée ! À présent, nous devons aller au monde de Références culturelles, le plus vite possible.
Elle jeta un regard inquiet vers Hérodg.
-Il est au courant, lança Sêne.
Ils se téléportèrent pour gagner du temps, omettant l’incapacité de Célestia de faire la même chose. Ils se retournèrent et l’aperçurent derrière eux, mais, aussi surpris soient-ils, ils ne se posèrent pas de questions et laissèrent Sêne appeler la déesse. Pendant ce temps, Célestia appelait son père. Il apparut au même moment que Cacélia, qui s’écria :
-Idjo ! J’ai cru ne jamais te revoir ! Où étais-tu ? Ou, plutôt, qui t’a libéré ?
Il prit Célestia et la présenta à la déesse :
-Voici ma fille, Célestia. Elle a réussi là où tu as échoué, je ne sais comment. Mais c’est une petite déesse, elle aussi. Célestia, je te présente ma sœur, Cacélia.
 
Ô      
Gicaré se reprit rapidement, et décida de revenir au comportement de Célestia plus tard. Il avait encore quelque chose à faire : réveiller tout le château. Même si l’Exsane de Cacélia lui faciliterait la tâche, cette poudre pouvant évincer la magie noire des corps, le château était vaste, et les élèves nombreux. La journée ne suffirait sans doute pas, et il lui faudrait rester éveillé peut-être plusieurs jours pour terminer la purification. Il se mit néanmoins au travail, décidant de commencer par l’infirmerie ; là se trouvaient beaucoup d’élèves inconscients.  
Il enjoignit aux infirmières de se retirer, l’Exsane devant rester une substance secrète. Il déposa ensuite un peu de poudre sur un élève qu’il avait jugé pur lors de ses précédents tests. Il voulait s’assurer que l’Exsane était correctement préparée, sans quoi les élèves se souviendraient de tout.
Lorsqu’Iliafre se réveilla, Gicaré rendit  rapidement les autres élèves invisibles, et lui demanda :
-Te souviens-tu comment es-tu arrivé ici ?
-Non, et c’est étrange.
-Nous ignorons ce qui t’est arrivé, tu as été retrouvé dans un couloir. Sans doute un petit malaise… Tu peux retourner dans ta chambre, à présent.
Dès que Iliafre eut quitté l’infirmerie, l’Immortel opéra une grande magie, pour que les élèves ne se voient pas entre eux, et que chacun ait l’impression que la conversation qu’il avait eut avec Iliafre ait eu lieu seulement avec eux. Puis, il déposa sur chaque élève un peu d’Exsane. Lorsque l’infirmerie fut vide, il s’occupa du reste du château.
 
Ô      
Dans le monde de Références Culturelles, la stupéfaction régnait pour tous les élèves présents. Ce fut Sêne qui brisa le silence :
-Mais, Cacélia, je croyais que vous n’aviez pas participé à cette guerre. Alors comment pouvez-vous connaitre un dieu ?
Le dénommé Idjo soupira. Pourquoi la Destinée était-elle si curieuse ?
-Idjo est un dieu, c’est vrai. Mais il a été caché aux yeux de tous, car il est lui aussi fait à partir de la nature. De ce fait, il est le dieu de tout et de rien, ce qui signifie qu’il peut choisir ce qu’il contrôle à tout moment. Et c’est pour cette raison qu’il a été enfermé. Il était trop puissant, plus même que le dieu des dieux. Je te remercie de m’avoir rendu mon frère, Célestia.
-Mais, sauf ton respect Célestia, Idjo est un dieu. Et tu ne vis pas dans les cieux ! remarqua Hérodg.
-Célestia est la fille d’un dieu et d’une Immortelle, aussi…
-Ma mère est une Immortelle ! S’étrangla Célestia.
-En effet. Seulement, il était assez mal vu de posséder des dons quelconques après les erreurs des dieux dans ton pays, aussi te l’a-t-elle caché. Je vais à présent poursuivre, si ça ne te dérange pas. Donc, tu n’es pas vraiment une déesse, mais tu en possèdes la puissance. Tu es divine de mon côté, ce qui fait la moitié. Et, quoi qu’on dise, les Immortels sont bien évidemment aussi en partie divins. Tu es donc une déesse aux trois quarts.
-Mais je n’ai que le grade sable ! Je ne me sens pas non plus spécialement puissante !
-C’est faux, Célestia. Tu as paru surprise lorsque tu t’es téléportée, tout à l’heure. Tu n’avais donc pas appris à le faire. Et tu n’as eu aucune blessure, même minime, ce qui est étrange, pour une première fois, répliqua Sêne.
-Et moi ? Je n’ai pas su me téléporter, mais il me semble que vous n’ayez pas réussi à percer mon écran d’invisibilité. Et nous sommes en présence de l’élue, d’un élève très doué et de trois divinités. Vous devriez être plus prudents, sans vouloir vous offenser. Je suis là depuis le début de votre conversation, ou presque, étant donné que j’ai du courir jusqu’ici, intervint Maquiana.
-Mais j’ai justement été très attentive, s’exclama Sêne.
-Qui t’as fait passer les épreuves ? demanda Hérodg.
-C’est Schocan.
-Alors, tout s’explique, pensa tout haut Sêne.
 Maquiana fronça les sourcils : qu’est-ce qui s’expliquait ?
La remarquant, Sêne l’éclaira :
-Schocan est extrêmement prétentieux. Les autres Immortels ont même hésité avant de l’accepter parmi eux. Se voyant refusé le privilège de faire passer ses apprentis avant les autres, il a décidé que même les plus doués ne passeraient pas. Peux-tu me raconter tes premières épreuves ?
-Schocan m’a demandé de produire une boule d’énergie. Après, il a marmonné « niveau 3 » et m’a demandé de soulever magiquement une pierre, ce qui ne m’a posé aucun problème, puis de couler un bateau. « Huit secondes » et enfin le feu aux arbres. J’ai immédiatement compris ce qu’il fallait faire. Je ne sais pas ce qu’il a noté.
-C’est un sale tricheur, s’outragea Sêne.
-Peu d’élèves ont réussi à faire une boule d’énergie, à faire couler le bateau ou même à trouver la solution, et trouvée, comment l’appliquer. La plupart a réussi l’épreuve de télékinésie, de loin la plus simple. Pour obtenir le grade sable, il faut : une boule d’énergie de niveau 1 ou plus, faire couler le bateau en moins de cinq minutes et ramener le feu à soi en 10 minutes, s’insurgea Hérodg.
-Mais alors, Maquiana devrait étudier avec nous ! Se réjouit Célestia.
-En effet. Et nous devons nous arranger pour que Schocan se voie retiré son statut d’Immortel. Sa prétention et sa jalousie pourraient nous être fatales durant cette guerre, fit Sêne.
-C’est possible ? S’exclamèrent Célestia et Maquiana.
-Je m’en charge, décida Cacélia.
Sur ce, elle volatilisa dans un nuage de lumière.
       


 
CHAPITRE X      
Les doutes      
Soudguess, qui avait été éloignée par Idjo -une onde qui l’avait irrésistiblement attirée au-dehors - réfléchissait sérieusement. Elle revoyait toutes les scènes, tous les détails qui lui avaient semblé étranges. Depuis qu’elle avait été prise de folie, elle sentait que ses amis lui cachaient quelque chose. Quelque chose d’important, peut-être même de crucial. Seulement, elle ignorait quoi… mais si elle rassemblait les pièces qu’elle possédait, elles s’assembleraient certainement. L’air étonné et énervé de Cacélia lorsque Sêne l’avait appelée, et la jeune fille à son côté, la magie noire dont Sêne avait parlé, l’évanouissement de Sêne après la lecture de la page manuscrite, son second pour des raisons inconnues, sa présence dans la chambre lors du syncope de Gicaré, le fait que Sêne l’avait réveillée, et d’autres éléments moins marquants. Soudguess se rendit rapidement compte que tous ses éléments tournaient autour de Sêne. « Pourtant, il ne me semble pas qu’elle soit différente des autres, à part ses pouvoirs qui sont puissants. Mais les miens le sont aussi et il n’y a pas autant de mystères qui tournent autour de moi » songea-t-elle. Elle décida d’aller voir Gicaré pour lui faire part de ses soupçons. Peut-être pourrait-il l’aider ? Elle le chercha magiquement et le trouva occupé à réveiller le château. « J’y vais quand même, je suis trop curieuse ! »
-Tiens, Soudguess ! Que fais-tu là ?
-Je voulais vous faire part de mes suspicions…
-A quel sujet ?
-A propos de Sêne.
Gicaré se figea.
-Sêne ? Pourquoi ?
-Et bien… j’ai remarqué que beaucoup d’événements, que je ne comprends pas - parce que j’étais absente - tournent autour de Sêne. Notamment des incidents étranges, qui, me semble-t-il, ont une certaine importance dans l’ordre des choses. Je ne vais pas citer toutes ces choses, mais j’espérais que vous pourriez m’éclairer.
-Je suis désolé, mais je crois que la seule différence de Sêne est sa puissance, tout comme la tienne, d’ailleurs. En revanche, si tu découvrais quelque chose, je serais ravi d’en être informé.
Gicaré s’en voulait de devoir mentir, et son comportement s’en ressenti. Soudguess s’en aperçu et se félicita d’être si avisée. Elle hocha la tête et sortit. Elle ne pourrait certainement rien découvrir seule, ou rien de bien concluant. Si ses investigations n’avaient  pas porté sur elle, Sêne aurait été la personne par excellence, mais étant données les circonstances…elle opta donc pour Hérodg, qui saurait avec plus de précision où chercher ces informations. Elle le chercha magiquement et le trouva en compagnie de Sêne. « Voilà l’inconvénient. Je ne pourrais pas souvent lui parler, et le rythme de mon enquête en sera amoindri », déplora-t-elle.
Par chance, Sêne laissa Hérodg pour aller voir Célestia. « Elle va souvent voir Hérodg, Célestia et Maquiana, depuis ma crise de folie » remarqua Soudguess. Elle se matérialisa à côté de son ami qui fit un bond d’un mètre :
-Soudguess ! Tu m’as fais peur ! Qu’y a-t-il ?
-Je voudrais te faire part de mes soupçons, et que tu m’aides à chercher des informations qui pourraient m’aider à comprendre.
-Quels soupçons ? Demanda prudemment Hérodg.
-C’est à propos de Sêne.
Elle lui communiqua ses observations, et constata avec étonnement qu’Hérodg pâlissait de plus en plus. Que se passait-il donc à son insu ?
-Il est vrai que ce que tu me dis est étrange, admit Hérodg.
-M’aideras-tu ?
-J’essaierai, mais je doute que mes recherches soient fructueuses.
-Cela ne fait rien. Merci de m’offrir ton aide.
Sur ce, elle se volatilisa, bien décidée à tout découvrir, aidée ou non. Les réactions d’Hérodg et de Gicaré avaient attisé sa curiosité, et elle ne renoncerait pas de si tôt. Elle décida de voir la réaction de Maquiana. Elle s’enquerrait ensuite de celle de Célestia. Si leur comportement était anormal, alors elle serait certaine que le mystère flottant autour de Sêne était important, ou dérangeant. Elle décida de commencer son enquête sans plus tarder, et elle surgit devant Maquiana. Heureusement, en raison des récents événements, les cours avaient été annulés, et les élèves possédaient une grande liberté provisoire.
-Maquiana ?
Contrairement à Hérodg, elle ne sursauta pas, parut même s’attendre à son apparition. Soudguess s’en étonna, car elle n’était pas censée avoir déjà appris à se téléporter. C’était Gicaré qui avait contourné le programme pour ses élèves. « De plus en plus étrange »songea-t-elle.
-Oui ?
-Je voulais te faire part de mes soupçons.
Une fois les faits exposés, Maquiana se raidit imperceptiblement. Ce fut tout. Mais cet infime mouvement suffit à Soudguess. Elle commençait sérieusement à envisager la possibilité d’exposer ses doutes à des Immortels chevronnés et qui n’avaient rien à voir avec Gicaré ou Sêne. Elle repoussa cette idée, car si ce secret était aussi bien gardé, c’était parce que personne ne devait le découvrir. Si elle le divulguait, elle risquait de s’attirer l’antipathie de Sêne, ce qu’elle ne voulait à aucun prix. Elle salua Maquiana et s’évapora. Sêne était de nouveau en présence d’Hérodg, elle était désormais libre de questionner Célestia. Même si déstabiliser ses amis ne lui plaisait pas vraiment, elle ne pouvait plus reculer. Elle en savait trop, ou pas assez.
-Célestia ?
-Oui, Soudguess, je sais ce que tu vas me dire. Et je vais te faire cette réponse : n’essaie pas de découvrir des choses qui sont trop profondément enfouies en chacun. Ce qui en résulterait ne serait bon pour personne, mais plus particulièrement pour toi. Dangereux. Laisse tranquille ce qui doit rester à sa place. Ce qui est invisible en surface ne reste jamais caché assez longtemps sans qu’on les déterre soi-même. Vis, tranquillement, ne te soucie pas des anfractuosités de la roche. Elles te trouveront et te tracasseront bien assez tôt. Si tu m’as bien écoutée et comprise, alors retourne faire ce que tu dois faire. Mais ne t’occupe pas de Sêne. Peut-être trouve-t-elle que beaucoup de mystères t’entourent aussi ? Les sensations fugaces sont si étranges…
Cette réponse sibylline déboussola totalement Soudguess, car Célestia avait parlée d’une voix calme et assurée. Elle n’avait plus rien à voir avec la timide petite fille qu’elle connaissait. Soudguess l’ignorait, bien sûr, mais ce changement était en rapport avec la découverte de Célestia, la veille. Apprendre que l’on est une divinité ne laisse personne de marbre ! Célestia assumait son rôle de déesse comme elle le pouvait, en aidant les autres de son mieux. Elle espérait éloigner Soudguess du danger en parlant ainsi. De plus, ses capacités magiques ne cessaient de croître depuis sa rencontre avec son père et, même ci cela lui paraissait étrange de penser à elle de cette manière,  sa tante Cacélia. Elle se sentait tellement inutile comparée aux membres de sa famille ! Le coup de la jeune déesse avait pourtant porté : Soudguess sembla renoncer à découvrir les mystères entourant Sêne.
 
Ô      
L’heure du repas approchait pour les élèves, et Gicaré décida de passer par la chambre de ses trois apprentis. Apercevant l’étendue des dégâts, il utilisa un enchantement qui restaura la pièce. Il ignorait tout ce qui s’était passé durant sa période d’inconscience, et surtout pourquoi c’était Maquiana et non Soudguess qui était au courant de l’identité de Sêne. Il avait aussi observé la complicité des enfants la connaissant avec Célestia. Pourtant, cette élève du grade sable n’était en rien spéciale ! Il espérait en connaitre rapidement la raison, car il savait que Sêne ne serait pas devenue l’amie d’une élève normale. Trop de choses les auraient différenciées, aussi Gicaré se demanda ce qu’elle avait de particulier. A peine eut-il formulé ces questions en pensée, que Cacélia apparut devant lui. -Si je suis ici, c’est pour vous informer qu’une menace importante plane sur vous tous.
-Phicias est revenu ? S’inquiéta Gicaré.
-Non, mais le péril n’en est que plus grand. Il se trouve entre ces murs depuis bien longtemps, et, si ses intentions ne paraissent pour le moment pas belliqueuses, son comportement pourrait gravement nous nuire dans cette guerre, voire même faire tourner le vent en faveur des Hommes de Cire.
-De quoi s’agit-il ?
-Un Immortel que vous connaissez bien, pour avoir voté contre son admission en tant que tel.
-Holiste ? Mais il est passé de vie à trépas durant la première bataille !
-Voyons, ne remontez pas si loin ! C’est un Immortel beaucoup plus jeune qu’Holiste !
-Schocan ? Il est vrai que j’ai voté contre son admission, mais, à part sa prétention, il ne pose plus aucun problème.
-Que nenni. Je crois qu’il désirait faire passer ses apprentis à part, dans un meilleur climat, et avec des inspecteurs plus indulgents, je me trompe ?
-C’est juste, mais nous le lui avons refusé.
-Vexé de ce refus, en grand jaloux, il a décidé qu’aucun apprenti ne passerait de grade sans passer par les 25 ans d’études. Et savez-vous qui a-t-il évalué ?
-Non, pour quelle raison est-ce important ?
-Il a évalué entre autres, Maquiana.
-Ce qui signifie, crut comprendre Gicaré.
-Que Maquiana est une élève très douée, qui devrait étudier sous votre tutelle en raison de sa puissance magique.
-J’y veillerai. Mais qu’attendez-vous d’autre de moi ?
-Que vous ôtiez ses fonctions d’Immortel à Schocan.
-C’est une sanction juste, car ce qu’il a fait est impardonnable, jamais personne n’a commis une telle infamie, approuva le grand Immortel.
-Alors, mon rôle est terminé.
-Attendez. Pourriez-vous répondre à une de mes questions ?
-Allez-y.
-Eh bien, Sêne passe beaucoup de temps avec Célestia, et je serais étonné d’apprendre qu’elle n’a rien de spécial.
La déesse éclata d’un rire frais.
-Je la connais bien, et lui dois beaucoup. Elle m’est très sympathique.
-Quel est son lien avec vous ?
-Célestia est ma nièce.
 
Ô      
Après avoir entendu les suspicions de Soudguess, Hérodg tenta de se calmer. Il devait absolument prévenir Sêne ! Si son secret venait à être découvert par leur amie, que se passerait-il ? Une fois que Sêne fut seule, il se hâta d’apparaitre devant elle.
-Sêne ! Nous avons un énorme problème !
-De quoi s’agit-il ?
-C’est Soudguess. Elle trouve qu’il y a beaucoup de choses étranges depuis qu’elle est devenue folle. Et ses suspicions portent, comme tu t’en doutes sûrement, sur toi.
-En effet, c’est gênant. Mais comment le sais-tu ?
-Elle désirait faire des recherches. Aussi, est-elle venue quérir mon aide.
-Mais que pouvons-nous faire ?
-Je ne sais pas… à moins que…
- A  moins que ?
-Que Célestia nous vienne en aide ! Elle pourrait tenter de la faire renoncer !
-C’est déjà fait, j’ai anticipé vos souhaits ! fit Célestia en sortant de son maelström, un sourire aux lèvres.
-Ce qui signifie, la pressa Sêne.
-Lorsqu’elle est venue vers moi pour me faire part de ses soupçons sur toi - et oui, elle a tenté de tous nous déstabiliser, y compris Maquiana - je l’ai prise de court et elle a paru vouloir réfléchir. Toutefois, je pense que ce n’est qu’une demi-victoire, expliqua Célestia.
-Que lui as-tu dit ?
Une fois ses dires relatés, elle aperçut l’air satisfait de ses amis.
-Tu t’es drôlement bien débrouillée ! Commenta Hérodg.
-Je suis d’accord. Mais une chose me tracasse tout de même : comment a-t-elle pu savoir que vous étiez dans le coup, Maquiana et toi ? S’inquiéta Sêne.
-Je me suis aussi posé la question, et j’ai une hypothèse, qui est même sûrement juste. Pour Maquiana, elle était présente à son réveil, et elle n’a pas paru surprise de voir Soudguess se téléporter. Quant à moi, elle a sans doute remarqué que nous nous voyions souvent depuis quelques temps… exposa Célestia.
-Nous aurions du être plus prudents ! Pesta Hérodg.
Mais il était trop tard à présent. Comment retirer toutes ces idées de la tête de leur amie ? Car, même si l’intervention de Célestia la ferait réfléchir, elle pourrait tout aussi bien décider de continuer son enquête…
-Nous pourrions peut-être nous inspirer de la magie de Phicias ! proposa Hérodg.
Ses amies lui portèrent un regard étonné, qui devint admiratif une fois l’idée exposée.
-C’est une bonne idée, en effet. Seulement, nous n’avons même pas trouvé comment il fait, alors comment voulez-vous mettre ça en œuvre ? Ricana une quatrième voix.
Les trois conspirateurs se retournèrent lentement.
 
Ô      
-Je…Je…Célestia est vôtre nièce ? N’en revenait pas Gicaré. -Oh, oui, c’est bon, vous n’allez pas en faire tout un plat ! Et pour répondre à votre prochaine question, Idjo lui avait bloqué tous ses dons à un niveau correct. Le revoir les aura débloqués.
-Il n’est plus enfermé, s’étonna-t-il.
-C’est ce que je lui dois. Elle l’a libéré.
-Comment a-t-elle fait ? S’émerveilla le grand Immortel.
Il avait, à plusieurs reprises, essayé de délivrer le frère de la déesse, se joignant souvent à elle. En vain. Et voilà que cette petite avait, inconsciemment, réussi !
-Nous n’en savons rien, et là n’est pas la question, s’impatienta la déesse. Je dois partir avant que les dieux ne remarquent que je suis sortie et ne m’enferment moi aussi. Je désire seulement que vous renvoyiez Schocan le plus rapidement possible, en transmettant mes paroles pour que les autres Immortels comprennent la raison de son bannissement.
Sur ce, elle disparut. Alors Gicaré se souvint qu’il avait oublié de donner les poupées de cire aux élèves. Il avait pris beaucoup de retard ! Il décida cependant de commencer par destituer Schocan, jugeant cette tâche plus importante.
Lorsqu’il entra dans la salle de Conseil, quelle ne fut pas sa colère de voir Schocan mener une politique endiablée pour ranger les Immortels de son côté. Très honoré d’avoir été promu Immortel, il ne se laisserait pas retirer son titre - pour lui, plus qu’une fonction, c’était un titre honorifique - sans se battre assidument auparavant.
-Que se passe-t-il ici ! Gronda Gicaré.
-Nous venons d’apprendre que tu veux destituer Schocan de ses fonctions parce ce que sa renommé risque de t’effacer, s’indigna un Immortel.
-Ah, tu peux parler, toi, tu n’as jamais eu la moindre qualité de jugement. Tu n’as même pas voté contre son admission car tu ne t’es jamais dit que sa prétention sans bornes pourrait nous mener tous à notre perte ! S’insurgea l’illustre Immortel.
-Que veux-tu dire par là, demanda Réline.
-Ce que Cacélia avait prévu s’est malheureusement produit : Schocan sème la discorde entre nous, tandis que la guerre peut éclater à tous moment. Jamais nous n’aurions du revenir sur notre décision, à savoir de ne pas l’accepter. Il a triché, vexé que ses apprentis n’aient reçu aucune faveur. Aussi, même lorsque Maquiana a brillement réussi toutes les épreuves, il a annoncé que les élèves qu’il avait jugées avaient échoué.
-Aussi, ma sœur et moi avions vu juste. Notre frère est bien trop ambitieux. Scikène et moi se rangeons de ton côté. J’ai bien peur que bataille s’ensuive…
Gicaré était confiant. Si les trois meilleurs Immortels se liguaient contre Schocan, pourquoi les autres continueraient-ils de le croire, lui, un nouvel arrivant ?
-Ecoutez-moi tous. Vous savez que je différencie la vérité du mensonge aisément, ainsi que je répugne la mystification. Et j’affirme que Schocan ne mérite pas son statut.
-Et pourquoi donc ? Railla ce dernier. As-tu reçu une missive divine ?
Cette fois, il éclata de rire, pendant que son égal bouillait intérieurement. Il réussit cependant à conserver un calme apparent.
-Tu n’es pas bien loin de la vérité, en somme. Je n’ai en ma possession aucun écrit divin, mais Cacélia est venue en personne m’informer de ton comportement… illicite, en fait.
Des murmures parcoururent l’assemblée. La déesse ne se déplaçait vers un Immortel que lorsque qu’elle estimait la situation critique, à ce qu’ils croyaient, du moins. Ce dont était accusé le jeune Immortel se trouvait sûrement être réel, et grave, de surcroit.
A ce moment, Gicaré crut que ses problèmes de ce côté pouvaient être oubliés, et Schocan renvoyé. Son adversaire possédait malheureusement de formidables dons d’orateur. Au comble de l’énervement, l’Immortel réalisa aussi avec un amusement étonné qu’ils perdaient leur temps en fariboles, à discuter politique alors que l’ennemi se trouvait à leurs portes. Il savait toutefois que c’était nécessaire. Cet imbécile ne payait rien pour attendre son expulsion. Sa menace grondait presque aussi fort que celle des Hommes de Cire au-dessus de la tête des Immortels et de leurs élèves.
-Prouve-le nous, fit malignement le concerné.
Gicaré relata fidèlement les dires de la déesse, puis termina en affirmant :
-Que ce soit sous forme d’humanoïdes ou d’Immortel, le mal, la prétention, le désir de pouvoir et tout ce qui va avec représentent la même menace. La seule différence étant la manière de l’appliquer. Tu as choisi le mensonge, qui nous aurait privés d’une puissante Immortelle si la supercherie n’avait pas été découverte. Ce fait est assuré. Il n’y a plus rien à dire pour ta défense. De surcroit, avec tes stupidités, nous perdons un temps bien précieux en sottises, et l’armée de Sinicias arrivera prochainement.
-Comment peux-tu en être sûr, avec tes belles paroles ?
-Phicias est revenu. Je ne pense pas que vous vous souveniez de lui, il nous force à oublier sa visite grâce à sa magie noire, intervint Scikène. Je n’ai pas été atteinte, ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais strictement rien. Je vais vous rafraichir la mémoire : une créature recouverte d’écailles, de la taille d’un lapin ressemblant à la fois à un cheval et à une souris.
Les Immortels se souvenaient de quelque chose, mais n’arrivaient pas à en être sûrs. Ils avaient en effet tout oublié…
 
Ô      
Ils aperçurent Soudguess, en colère comme jamais, et son calme et son apparente sérénité ne faisaient qu’augmenter l’impression de puissance qui se dégageait d’elle. Alors Sêne délivra ses amis de leur serment, car dans un tel état, son amie ignorante risquait fort de commettre des actes de barbarie pour leur arracher le secret. Elle s’appliqua à délivrer Maquiana également, car Soudguess n’ignorait pas qu’elle était complice, aussi cette libération pourrait très bien la protéger. Sêne était sûre, que, même sans serment, ses amis ne la trahiraient pas. Ce serment n’était d’ailleurs qu’un désir de Gicaré pour s’assurer de la sécurité de ce secret, et c’est sans crainte qu’elle se mit à l’œuvre. -J’étais certaine que vous me cachiez quelque chose, et, si j’ignore toujours quoi, j’ai maintenant la possibilité de le découvrir, claironna Soudguess.
Elle avait parlé d’une voix forte et assurée, mais d’une voix étrange, une voix qui avait perdu son âme. Si leur amie ne s’était pas trouvée en face d’eux, les trois fomenteurs n’auraient jamais cru que c’était elle.
-Soudguess…soupira Célestia.
-Ah, tiens, tu es là, toi aussi, fit mine de l’apercevoir l’interpelée.
A cet instant, un vent violent se déclencha. Ceux qui n’en étaient pas responsable s’observèrent avec inquiétude : Soudguess ne possédait certainement pas cette puissance ! Comment cela était-il possible ?
Sêne émit alors une hypothèse intelligente :
-La colère l’aveugle et décuple ses capacités, mais elle pourrait faire des choses qu’elle regretterait par la suite… nous nous devons d’être d’une grande prudence.
A peine avait-elle prononcé ces mots que l’assaillante se mit en mouvement. Elle jeta des boules d’énergie sur ces amis, puis des rayons incandescents.
-Je ne sais pas me servir de mes pouvoirs de façon offensive ! Paniqua la petite déesse.
-Et moi non plus… Mais j’ignorais que Soudguess le pouvait. Gicaré vous aurait-il appris à le faire avant que je ne vous rejoigne ? Questionna Hérodg.
-Non, et c’est ce qui m’intrigue. Mais je suis capable d’attaquer et de défendre plusieurs fronts à la fois. Pour la petite histoire, à cause de mon apparence insolite dans mon pays, j’ai été un peu persécutée, mais c’est par erreur que j’ai matérialisée mes dons sous une forme dévastatrice. En dernier recours, pourrais-tu m’aider à la téléporter ailleurs pendant que je l’étourdirai magiquement, Célestia ?
-Je me tiendrai prête, affirma cette dernière.
Avant que Sêne aie pu esquisser le moindre geste,  l’amie en colère se déchaina. Elle projetait magiquement sur le trio tout ce qu’elle trouvait, et maintenait pour le moment un puissant écran de protection.
-A terre ! hurla Hérodg, plus prompt que ses camarades.
Plus aucun projectile ne menaçant ses proies si elle continuait à attaquer de cette façon désordonnée, Soudguess changea de tactique. Connaissant la puissance magique de Sêne et d’Hérodg, elle focalisa son assaut sur Célestia, ignorant naturellement son statut de déité. Elle la bombarda de flammes qui prenaient diverses formes pour mieux l’atteindre et perçaient le mur lorsque sa cible esquivait.
-Je ne connais pas cette magie ! S’affola Sêne.
-Je crois qu’il s’agit de sortilèges oubliés…Et, d’après ce que j’en sais, il me sera impossible d’éviter ses charges plus longtemps ! J’aurais préféré ne pas utiliser mon bouclier, mais je ne pense plus avoir le choix, répondit Célestia.
Une aura blanche l’entoura subitement, émerveillant ses compagnons. Les attaques de Soudguess s’y étouffaient, aspirées par la lumière émanant de sa victime…Qui n’en était plus une. Prise au dépourvu par la puissance du bouclier, l’assaillante resta un moment interdite, mais se repris bien vite et se concentra cette fois sur Hérodg. Ses attaques, au lieu d’abimer les parois, ricochaient dessus, si bien qu’il était quasiment impossible de savoir où arriverait le retour. Hérodg ne se laissa pas décourager pour autant, et effectuait cabrioles, bond et autres figures acrobatiques demandant une souplesse et une rapidité incroyable que ses amies ne lui connaissaient pas. Mais alors qu’il esquivait un tir particulièrement serré, Soudguess en décocha un autre en ligne droite, qui atteignit facilement sa cible, bloquée dans une position compliquée. Hérodg tomba lentement au sol, non sans avoir jeté un regard abattu et d’incompréhension à son bourreau.
Qui ne cilla pas.
Sêne poussa un cri de rage, et érigea la barrière orangée dont elle avait le secret. Jamais elle n’aurait cru qu’Hérodg serait un jour terrassé par leur amie commune ! Elle les croyait pourtant proches…
-C’était donc ton œuvre, l’autre jour. Je me disais, aussi, réalisa Soudguess.
L’interpelée ne répondit pas et commença à communiquer magiquement avec Célestia, pour lui indiquer d’appliquer leur plan. Elle se concentra intensément et perçut une infime brèche dans l’écran protecteur de celle qui les attaquait. Elle s’y introduisit en esprit et envoya une puissante onde psychique qui assomma Soudguess. Célestia utilisa ce court laps de temps pour l’envoyer à l’infirmerie, dans le coin le plus reculé. Elle ne devait pas omettre la possibilité d’un réveil mouvementé et colérique, même si le choc de l’attaque de Sêne était censé la calmer.
Dès que toute menace eut été évincée, Sêne se précipita vers Hérodg, et l’analysa rapidement :
-Il a reçu un gros choc, et mettra du temps à se remettre, mais je pense que ça n’est pas grave.
-Emmenons-le à l’infirmerie. Je pense qu’il serait toutefois préférable qu’il soit loin de Soudguess, car si elle se réveille avant lui, ce qui est fort probable, ça va faire du raffut !
Sa camarade hocha la tête et toutes deux se transportèrent magiquement à l’infirmerie. Mais les infirmières, déjà affolée par la soudaine apparition de Soudguess, refusèrent de la tenir éloignée des autres. Célestia consulta son amie du regard pour savoir s’il fallait inventer une excuse ou dire la vérité. En guise de réponse, elle haussa les épaules et utilisa ses dons pour les convaincre, technique bien pratique : aucun mensonge ni révélations nécessaires !
Laissant là les deux enfants assommés, Sêne proposa à Célestia de rendre une petite à Isabeau. Elle n’avait certainement pas mené une expédition aussi longue pour laisser l’élue dans l’ignorance, malgré son jeune âge. La fillette se faisait un devoir de gagner sa confiance au berceau.
 
 
Ô      
       
-Qu’est-ce qui nous dit que tu n’inventes pas cette créature, puisque nous ne sommes pas censés se souvenir de son existence, riposta Schocan. -Sers-toi de ton sens du devoir et de la raison…Si toutefois tu en possèdes, fit sagement Gicaré.
-Ne joue pas à ça avec moi, l’avertit son interlocuteur.
-Très bien. Je vais être direct.
-Tu ne l’étais pas, jusqu’à maintenant ?
Le grand Immortel ne répondit pas à la raillerie, tandis que ses pairs restaient attentifs, les laissant régler leurs comptes seuls.
-Nos ennemis approchent, et, d’après mes récentes informations, nous ne possédons que sept ans  pour entrainer nos élèves. Schocan, tu as empêché une apprentie de monter en grade, par jalousie, ou un autre vice, là n’est pas la question. En sept ans, nous pouvons faire d’elle une aspirante, non pas pour le grade pouvoir, mais pour celui d’Immortel. Etant donné qu’elle est douée, c’est une éventualité. Nous n’aurons pas trop d’Immortels pour combattre les Hommes de Cire, vous en êtes tous conscients. De plus, les objets de pouvoir, ceux que nous devons donner aux élèves, les poupées de cire, sont toujours sans propriétaire. Plus nous prenons de retard, et moins nous avons de chances que leur possesseur les maitrise. C’est dangereux. Le temps que nous prenons ici à bavasser est un temps perdu pour leur apprendre à les utiliser  avec adresse. J’ose aussi espérer que vous avez tous compris que Schocan est un falsificateur. Ses deux sœurs, Réline et Scikène, se rangent à mes côtés pour attester ma probité.
Les nommées hochèrent la tête. Alors, de nombreux Immortels se dirigèrent vers eux, abandonnant Schocan.
-Mais…Que…Que faites-vous ? bredouillait-il, désespéré.
-Nous reconnaissons tes torts, affirma Hélistèt, un Immortel ayant toujours suivi Gicaré, au nom de tous.
 
 
Ô      
  -Tu as une idée de la pièce où elle est gardée, s’enquit Célestia.
-Assez vague. Elle se trouve dans l’aile gauche du palais, mais pour le reste, j’avoue ne pas le savoir, fit Sêne.
-ça ne sera pas un problème, avec nos facultés magiques, remarqua sa camarade.
-J’y ai pensé, mais je me suis aussi souvenue de ma demande concernant Isabeau. Elle se trouve dans un endroit protégé par une puissante magie, la rendant indétectable magiquement. Il nous est impossible de nous y transporter magiquement. J’ai bien peur que nous ne puissions faire autrement qu’utiliser nos sens primitifs…s’excusa l’élue.
-Petit obstacle. Nous avons sept ans devant nous, bien qu’ils ne soient pas nécessaires pour trouver un bébé dans un château, aussi vaste soit-il.
Les deux amies ne s’étant jamais rendues dans l’aile gauche, elles durent s’y rendre de façon conventionnelle. Ce qu’elles auraient fait de toute façon.
Elles poursuivirent leur route jusqu’à une intersection.
-Je prends à droite et toi  à gauche, proposa la petite déesse
-Cela me convient, acquiesça sa compagne.
Tandis que cette dernière bifurquait sans accorder d’importance à son environnement, Célestia observa attentivement les lieux. De nombreux ornements couvraient les murs, les tapisseries dissimulaient sans mal la pierre nue, et des tapis magnifiques, œuvres des plus grands tapissiers, réchauffaient continuellement le sol dur.
C’est étrange, pensa-t-elle, je n’aurai pas imaginé que cette partie du palais contint autant de tableaux et autres fioritures. Je me demande ce qui peut bien se trouver derrière toutes ces portes, s’interrogeait-elle lorsqu’un éclat de voix attira son attention de l’autre côté de l’une d’entre elles. Curieuse, la jeune imprudente s’en approcha, tentant d’apercevoir quelque chose au travers de la serrure. La clé se trouvant à l’intérieur de celle-ci, elle dut y renoncer et se fier uniquement à son ouïe.
-Que se passe-t-il ici, tonna la voix forte de Gicaré, visiblement hors de lui.
Intriguée, la fillette s’approcha davantage…
 
Ô      
Schocan eut un sourire railleur : -Peu de personnes pourraient m’ôter mes pouvoirs d’Immortel, pas même toi Gicaré. Tu te targues pourtant d’être puissant, si je ne m’abuse. A moins que tu ne te sois transformé en dieu durant cette nuit.
Même si ces mots n’étaient que les serpents enflammés d’un Immortel courroucé, ils sonnaient malheureusement juste. Cacélia savait pourtant que seule une divinité était capable d’accomplir un tel acte. Elle ne pouvait se permettre d’intercéder elle-même, par crainte que ses égaux ne captent son intervention, et cela était encore plus périlleux pour son frère…
Pourquoi donc ne lui avait-elle pas proposé de solution ? Une petite silhouette émergea de derrière la porte, et le jour se fit dans son esprit. Célestia se campa devant Schocan, et lui présenta un regard aussi dur qu’impénétrable. Elle avait décidé de lui faire payer son crime, car elle sentait que c’était également de sa faute si les dieux avaient soudain pris conscience des incroyables facultés de son père et décidé de l’enfermer. Vrillant ses yeux dans ceux de sa future victime, elle lui fit comprendre qu’elle pouvait lui faire abdiquer ses pouvoirs d’Immortel. Se trouver en face de la divinité devait à cet instant être effrayant, mais, au lieu de se résigner, la gouape éclata d’un rire frais, démontrant ainsi à la jeune déesse qu’il ne la croyait pas et le peu de cas qu’il faisait de ses déclarations silencieuses.
Comme pour le prouver à nouveau, il dit d’une voix où se mêlaient malveillance, mépris et moquerie :
-Non, mais regardez-moi ça ! N’est-ce pas adorable ? Cette gamine est-elle si prétentieuse qu’elle se prend pour une divinité, persifla-t-il.
L’insultée n’intervenant pas, Gicaré prit la parole :
-Célestia est tout, sauf prétentieuse. Quand bien même elle le serait, cette remarque se trouverait de toute façon déplacée de la part d’un être possédant un ego aussi surdimensionné que le tiens, martela-t-il. En outre, cette enfant s’avère être réellement une déesse.
Cette déclaration bouscula les Immortels, mais n’ébranla cependant pas leur décision. Si la petite pouvait le faire, ils l’encourageraient, mais elle était très certainement novice…Et ils ne pouvaient pas se permettre de lui enseigner précisément comment procéder durant plusieurs jours. Il était inenvisageable que Schocan s’amende, il était bien trop ancré dans ses méfaits pour cela.
-Tu ignores le fonctionnement de la procédure, qui est une tâche ardue, lui fit remarquer Hélistèt.
-Je me  débrouillerais, affirma son interlocutrice, un éclat sauvage dans les yeux qui n’échappa pas à Gicaré.
Je vous expliquerais, promit-elle en pensées, ce qui eut pour effet de faire sursauter le vieil Immortel. Il ne s’attendait pas à cela, même de sa part, car c’était une technique difficile. Il ignorait heureusement qu’Hérodg et Sêne, faisant fi de la difficulté, utilisaient cet étrange procédé avec habileté…
-Nous t’expliquerons les bases, sans quoi tu risquerais d’échouer, fit une voix, ramenant Gicaré à la réalité.
-Je vous écoute.
 
Ô      
-Cela me parait somme toute assez simple, je m’appliquerai pour éviter d’avoir à recommencer. Les incantations, difficiles à prononcer, utilisaient de plus une énorme quantité d’énergie. Célestia était cependant prête à cela pour punir cet être fourbe, l’abdication de pouvoirs chez un Immortel étant très douloureuse.
Elle se plaça devant Schocan, et plongea ses beaux yeux clairs si impressionnants dans les siens. Le parjure tressaillit, se sentant inspecté, fouillé, ravagé jusqu’au fond de son âme. Il faisait appel à des efforts surhumains pour se maitriser. Mais l’était-il encore réellement, humain ?
Au moment même ou il se posait la question, il cessa simplement d‘y penser. Douleur atroce. Réfléchir demander trop d’efforts. Cesser de réfléchir. Concentrer ses forces à contenir le déchirement de son corps. Souffrance qui sort par tous les interstices possibles, puis qui revient. Lancinante. Non. Les griffes qui lacèrent son corps font de même sur son esprit. Quelque chose de crucial se tord en lui. Se détache. Part. Disparait. Pour toujours. Il sombre dans un profond retirement avec la douce litanie qui l’accompagne. Ne plus exister. Se fondre en la cuisante kyrielle. Devenue insupportable. Un sursaut soulève la carcasse qui lui appartenait. L’a déserté. Se raccrocher à l’ultime parcelle de vie qui s’enfuit par les gouffres de son âme. Pourquoi était-elle incomplète, son âme ? Question inutile. Stupide. Penser si difficile. Il connait la réponse. Depuis longtemps. Abdication trop douloureuse. S’il avait su…
La vérité s’impose à lui. Merveilleuse. Eblouissante. Ça n’aurait rien changé. Il avait toujours été un conquérant. Un vainqueur. Il veut crier, hurler qu’il a compris. Il sait que c’est désormais inutile. Privé de ses atouts magiques, il ne réussit qu’à regagner son corps. Qu’il refait sien. Retrouve mais ne maitrise plus. Aucune importance. Amplement suffisant. Un large sourire de triomphe éclaire son visage crispé par la douleur. Etendu par terre, le sourire se fait savoir. Se fait promesse.
Vengeance.
La petite a réussi.
A ces côtés, insignifiante d’importance, une silhouette devenue frêle par la lutte s’écroule doucement. Ne touche pas le sol avec brutalité. Y est déposée délicatement par des bras bienveillants. Le visage auquel ils appartiennent est crispé par l’angoisse.
La jeune fille aux yeux clairs  et aux cheveux de feu s’éteint. Temporairement. Pour un instant. Les traits fins du visage se délient. Apparence heureuse, âme tranquille. Il sait.
 
 
 
 
Ô      
De l’autre côté du château, un cœur tressaute. Deux événements importants. Une étoile s’éveille. Une autre pâlit. Cœur serein. Elle ne court aucun danger. Il arrive. L’aidera.  
 
       


 
CHAPITRE XI      
Certitudes      
       
  Allongé sur un lit jusqu’auquel il ne se souvenait pas être venu, Hérodg se leva et regarda autour de lui. Il aperçut Soudguess mais ce fut de la pitié qui l’envahit à la place de la rancœur attendue. Il se désola pour celle qu’il savait perdue, même si ça n’était qu’un pressentiment. Il repensa à ce qu’il avait fait avant d’être traitreusement terrassé. Acrobaties sur acrobaties, il avait évité toutes les attaques avec brio jusqu’à ce qu’un rayon le frappe sournoisement. S’il avait songé à l’explication de Sêne, elle ne tenait pas debout. La simple colère d’être écartée d’histoires n’avait pas pu être la seule cause de la transformation de son amie !
Il y avait obligatoirement autre chose. Hérodg se promit de trouver la raison, puis se mit en route. S’il avait sentit l’alarmante baisse d’énergie de Célestia, il savait aussi qu’elle ne courait aucun danger. Il partit tout de même chercher Maquiana pour qu’elle veille sur leur amie. Il n’éprouva nul besoin de la chercher magiquement, et arriva d’instinct devant elle. Encore quelque chose d’étrange. Depuis les aventures partagées avec Sêne, Maquiana et Célestia, il sentait tout ce qu’il leur arrivait. Comme une liaison permanente, ou un lien invisible qui liait les quatre enfants. Hérodg ne doutait pas que ce sentiment soit partagé par ses amies, et ne prit pas le temps d’expliquer la situation à Maquiana. Elle la connaissait déjà. Il créa un tourbillon qui emporta les deux camarades le plus près possible de l’aile gauche. Il leur faudrait courir par la suite.
Lorsque Maquiana prit à droite, Hérodg choisit à son tour le chemin emprunté par Sêne un peu plus tôt. Il n’eut aucune difficulté à la trouver, adossée au mur, pensive. Voyant qu’il ne parvenait pas à la libérer de ses pensées, il se transporta magiquement devant la fontaine avant de revenir avec un seau d’eau froide qu’il déversa entièrement sur son amie, la faisant sauter au plafond.
-Qu’est-ce que…Hérodg ! Pourquoi as-tu fais ça ?
-Tu ne faisais pas mine de bouger, alors j’ai précipité les choses. Maquiana est allée voir Célestia, et je crois que tu voulais rendre une petite visite à Isabeau.
Son sourire et son air assurés ne trompèrent pas Sêne qui savait qu’il n’aurait pas dû de remettre du choc avant plusieurs jours. Comment était-ce possible ? Peu de personnes ayant reçu une telle attaque en étaient ressorties en pleine possession de leurs moyens, souvent devenus fous. Les autres avaient mis des mois à guérir…Elle n’avait affirmé le contraire devant Célestia que pour la rassurer. Elle choisit cependant de ne pas le montrer et dit d’un ton légèrement moqueur :
-Tu nous avais caché que tu étais acrobate…
Hérodg fronça les sourcils :
-Je ne suis pas dupe. Quelque chose te préoccupe et si pour le moment j’ignore ce que c’est, je ne tarderai pas à le savoir. Tu as sans doute remarqué que Maquiana, Célestia, toi et moi sommes désormais indissociables. Comment aurais-je pu me lever et te rejoindre pour t’aider, autrement ? Tiens, je crois bien que j’ai trouvé ce qui te préoccupait…ajouta-t-il en lui renvoyant son sourire moqueur.
Sa camarade soupira. Dans quelle aventure avait-elle engagé ses amis ? Elle ne voulait pour rien au monde les mettre en danger. La proposition d’Hérodg concernant son réveil incroyablement rapide demandait à ce qu’on s’y attarde, et lui indiqua par la même occasion qu’il disait vrai sur une chose tout du moins : les quatre amis ne pourraient plus se séparer, car ils devaient accomplir une tâche ensemble. Elle les avait mis en danger, certes, mais il devait en être ainsi. Une déesse, une élue, deux élèves surdoués, oui, mais à peine sortis de la petite enfance. Et l’ennemi qui arriverait dans sept ans… « Ça n’est pas le moment de penser à cela ! »Se morigéna-t-elle.
-Sêne, tu dors !
-Faux, je réfléchis !
-Pourrais-je savoir à quoi ?
-Tu ne m’as toujours pas dit où est-ce que tu as appris à réagir aussi rapidement aux attaques, mais j’attendrai. Une solution pour trouver Isabeau rapidement ? Impossible d’utiliser la magie, elle en est protégée…à ma demande.
-Mes pouvoirs sont différents de ceux des autres, et donc totalement divergents des tiens. Je pense être capable de la retrouver.
-Pourquoi serais-tu différent de nous ? Tu es bien humain, non ?
Hérodg haussa les épaules :
-Je suis humain, évidemment. Mais mes dons ne sont pas les mêmes que ceux des autres, c’est comme ça.
-Alors, ne perdons plus de temps. Vas-y !
Il se concentra, et dénicha la deuxième élue. Comme il venait de le dire à Sêne, ses dons n’étaient pas les mêmes que ceux des autres élèves. Ce ne fut donc pas son énergie qu’il capta, mais plutôt le bruit que l’enfant fit en se réveillant. Un plan de la route à suivre se matérialisa alors devant une Sêne ébahie.
-Je te l’avais bien dit, fit-il simplement.
-Tu es sûr que ce plan est correct ?
-Absolument.
Un éclat sombre apparut, dégageant une fumée malsaine.
-Oh, non ! Pas lui !
-ça ne serait pas…commença Hérodg qui se tut sur un signe péremptoire de son amie.
Phicias apparut alors devant eux, non sans leur avoir jeté un regard haineux. Puis il avisa la bourse au cou de Sêne et un sourire se fit sur son horrible faciès.
-Que veux-tu ? fit celle-ci.
-Tu n’as toujours pas compris ?
Son interlocutrice ne répondit pas et détourna la tête. Hérodg aperçut à cet instant la bourse de cuir suspendue au cou de son amie et il saisit tout : qui était cette créature, la nature de ce qui se trouvait au cou de Sêne, et le reste. Les desseins de Phicias lui apparaissaient très clairement et il fit promptement disparaitre le plan qui pourrait indiquer au monstre l’emplacement de la seconde élue.
Pour affaiblir le serviteur des Hommes de Cire et l’inciter à commettre des erreurs, Hérodg choisit la ruse et tenta de l’énerver :
-J’imagine que tu vas la traiter de stupide, je me trompe ? Elle a parfaitement compris, et apparemment elle n’a pas envie de te répondre. Et puis franchement, arriver comme ça, sans prévenir, ça n’est vraiment pas poli. Aurais-tu déjà oublié que Gicaré t’a demandé de partir ? Une vraie mémoire de poisson rouge, fit-il à l’intention de Sêne. Tu n’as aucune chance, Phicias.
Lorsqu’il entendit un étranger prononcer son nom, le monstre tressaillit. Comment pouvait-il le connaitre ? Personne n’était en mesure de se souvenir de lui, encore moins cet enfant qu’il n’avait aperçu qu’une minute sans lui adresser la parole. Il observa sa camarade, et comprit. Les deux enfants entretenaient un lien privilégié, qui rendait inutile toute parole. Si l’intervention du jeune élève ne l’énerva pas, elle le désarçonna, ce qui s’avérait sans doute être plus efficace pour lui faire commettre des bévues.
-Comment oses-tu m’insulter !
-ça n’est pas bien difficile : dès que je te vois, j’ai envie de vomir. Non pas à cause de ton apparence, mais à cause de tes actes.
-Tais-toi !
Les deux amis perçurent avec satisfaction une note de peur dans la voix de leur ennemi. Hérodg avait visé juste.
-Tais-toi, répéta-t-il, tu ne sais rien, rien, tu m’entends ?
-Puisque je ne sais rien, pourquoi t’énerver ainsi ? Tu es le noble serviteur de Seigneur des Hommes de Cire, que pourrais-tu te reprocher ? Comment peut-on trahir, lorsque l’on s’est mutilé ? Se moqua l’enfant avec des courbettes ridicules.
-Tu me paieras cet affront dès que j’en aurai fini avec cette petite !
-Je n’ai pas d’argent, et ça m’étonnerait beaucoup, que tu sois capable de la vaincre. Un être aussi vil que toi…
Phicias choisit prudemment le silence, et se tourna vers sa cible. Ce qu’il vit alors le stupéfia. Sêne, petit être d’apparence fragile, possédait le pouvoir de maitriser une telle arme ! Même lui, après s’être entrainé durant de longues décennies, n’y était jamais parvenu. Et le jeune insolent semblait savoir ce que cette arme représentait en termes de puissance…
La fillette lui sourit outrageusement. « J’ai réussi et pas toi » semblait dire son sourire. « Jamais tu ne vaincras », clamaient ses beaux yeux de saphir.
Refusant de se laisser abattre, la créature n’y accorda aucune importance. Phicias savait parfaitement que cette gamine, quoique inexpérimentée et découvrant à peine ses pouvoirs, serait un adversaire de taille, bien plus difficile à anéantir que Gicaré.
L’enfant referma délicatement ses mains sur l’arme fatale et regarda Hérodg droit dans les yeux. Ce dernier hocha la tête, et se mit en position. Phicias savait que le combat serait d’autant plus difficile que les deux amis, d’un regard, échangeaient le même nombre d’informations que durant une conversation de plusieurs heures. Tout à ses stratégies de bataille, il ne remarqua pas que l’éniacilia avait changé de main.
-Je n’ai pas que ça à faire, moi. Alors, si tu pouvais te dépêcher…
Phicias était abasourdi. Que le jeune garçon l’insulte, passe encore, mais l’élue ! C’en était trop. Il se rua à l’attaque comme un rhinocéros, sans réfléchir. Sêne évita aisément tous les tirs, se glissa sous un rayon et frappa du point entre les deux yeux du monstre. Il faillit rire. Cette enfant était magique, mais ne possédait aucune force physique. Faillit. Il se ravisa lorsqu’une flamme jaillit de chacun de ses petits doigts, vifs comme l’éclair. La petite était rusée. Tout comme la première élue, 500 ans auparavant. Mal préparé, il avait cru mourir. Ça ne reproduirait plus. Les flammes léchèrent son front, le faisant hurler de douleur. Une fois encore, il avait sous-estimé l’élue. Il devait mieux se préparer à l’affrontement.
-Je reviendrais, grogna-t-il.
Lorsqu’il fut partit, Hérodg jeta l’éniacilia au-dessus de sa tête et la fit disparaitre.
-Nous avons eu de la chance. Phicias n’était pas préparé, sans quoi tu aurais peut-être du utiliser l’arme… soupira Sêne.
-Ne m’en parle pas. Quel désastre cela aurait été…
-Est-il possible que tu recrées le plan de tout à l’heure ? Si ça n’est pas dangereux, évidemment.
-Phicias est partit, aucun problème. Je crois maintenant que c’est toi qui me dois des explications. Comment comptes-tu protéger efficacement la pierre de Jugstang ?
Etonnée que son ami connu la nature de la pierre qui ne la quittait plus, Sêne ne pipa mot. Si elle n’avait jamais douté de ses capacités de déductions, elle n’avait en revanche pas imaginé que quelqu’un puisse découvrir son secret le mieux dissimulé. Elle ne s’était pas spécialement cachée lors de ses multiples utilisations de cet objet crucial, mais n’en avait jamais révélé les propriétés.
-Il a toujours été difficile pour mon entourage de me dissimuler quoi que ce soit. Une élue possède des capacités magiques bien supérieures à celles des élèves normaux, mais tu ne peux rien faire pour m’empêcher de tout deviner,  je le crains. Maintenant, ça te sera impossible, ainsi qu’envers Célestia et Maquiana.
-C’est bon, arrête de te moquer. Je ne suis pas douée pour les secrets. Je vais tout t’expliquer…
Après le récit de sa première rencontre avec la déesse, Sêne s’arrêta pour voir la réaction d’Hérodg et eut la surprise de le voir avec un sourire amusé :
-Je ne sais pas pourquoi, mais j’en étais sûr. Assez parlé, allons voir Isabeau.
Le plan se matérialisa de nouveau devant eux, et les deux élèves n’eurent qu’à suivre le chemin indiqué pour se retrouver devant la chambre où l’on gardait Isabeau.
-On entre comment ? Je veux dire, pour les gardes. Ce sont bien des gardes, questionna Hérodg.
-Il suffit de demander,  j’imagine.
-Alors, qu’est-ce que tu attends ?
-Rien. Excusez-moi, nous voudrions voir Isabeau, si c’est possible.
-Pas possible.
-Pas commode, souffla Sêne à son ami. Pourquoi ne pouvons-nous pas la voir ? J’entends pourtant qu’elle est réveillée, ajouta-t-elle plus haut.
-On ne laisse pas entrer les inconnus. Trop dangereux. Déguerpissez et plus vite que ça si vous ne voulez pas avoir affaire à moi.
-Nous ne sommes pas des inconnus !
-Qu’est-ce que je vous ai dit ?
Les deux amis serrèrent les points.
 
Ô      
Maquiana était arrivée au chevet de Célestia et l’avait transportée dans chambre avec l’aide de Gicaré. La vie semblait avoir quitté la déesse mais elle savait qu’il n’en était rien. L’énergie déployée pour châtier Schocan était telle que son amie ne devrait pas s’en remettre entièrement avant des jours. Ça ne revêtait aucune importance. Ses jours n’étant plus en danger, Maquiana décida de rendre elle aussi une petite visite à la seconde élue. Elle désirait faire vite, et elle puisa au fond d’elle-même le savoir qui engendrait la capacité de se téléporter. Sêne et Hérodg étaient certainement déjà arrivés, ou presque. Elle se laissa donc guider par leur énergie et fut bientôt devant eux. -Que se passe-t-il ?
-Ce bloqueur de passage refuse de nous laisser entrer, grommela Sêne.
-Il dit que c’est interdit aux étrangers, par mesure de sécurité, et il nous a menacés, ajouta Hérodg.
-Mais…Nous ne sommes pas des étrangers !
-Parce que tu crois qu’il nous croira ?
Maquiana soupira. Ses amis avaient raison. Mais voir le nourrisson était important pour Sêne !
-ça ne nous coûte rien d’essayer, non ?
Les deux autres haussèrent les épaules :
-Nous ne sommes pas des inconnus, et nous voudrions voir la petite fille qui se trouve derrière cette porte, il en va de sa sécurité…Que vous êtes censés assurer !
-Cette fois, vous allez trop loin. Je vais informer Gicaré de votre présence ici, et il s’arrangera pour que vous ne mettiez plus jamais les pieds au château !
-Il ne fera pas ça, car il est notre professeur, l’informa Sêne.
-Qu’est-ce qui me prouve que vous dites la vérité ?
Les trois enfants s’éloignèrent pour discuter à leur aise.
-Il a raison. Rien ne prouve que nous ne sommes pas des imposteurs, soupira Maquiana.
Une fois encore, ce fut Hérodg qui trouva la solution :
-Et si nous allions voir ses parents ? Je suis sûr que Gicaré lui a fait connaitre leur visage !
-Bonne idée. De plus, je pense qu’ils seront heureux de revoir leur petite fille.
Sur un hochement de tête, les trois enfants disparurent.
Lorsque les paysans virent le maelström pour la deuxième fois, ils furent pris de panique. Quelle nouvelle apportait-il encore ?
-Bonjour, excusez-nous de vous déranger ainsi à l’improviste, mais nous voudrions vous parler, fit le jeune garçon, avec un sourire désolé.
A ses dires, les parents s’affolèrent, imaginant le pire. Alors la fillette qui avait su les convaincre pris la parole :
-Ne vous inquiétez pas, nous voulions juste voir votre fille, mais ses gardes nous ont arrêtés et ont refusé que nous entrions. Ils faisaient juste leur travail, car ils ne nous ont jamais rencontrés. On a cependant dû leur communiquer vos visages pour que vous ne soyez pas rejetés.
-Vous voudriez que nous venions avec vous, comprirent les fermiers pleins d’espoir.
-En effet.
 
Ô      
-Vous voyez bien, qu’il n’y avait aucun danger, s’exclama Hérodg. Les paysans s’étaient montrés très réticents à l’idée de voyager magiquement, mais Maquiana avait argué de leurs retrouvailles avec leur enfant, et le père avait accepté. Pour la mère, il y eu plus de problèmes. Ce ne fut que lorsqu’elle vit son époux ressortir indemne du tourbillon qu’elle se décida à prendre la main que le jeune garçon lui tendait.
« On a eu du mal mais c’est fait » soupira-t-il dans son  esprit.
« Je crois que je n’ai aucun problème pour utiliser cette technique. C’est mon premier essai » fit Maquiana en retour.
« Je doute que ce soit utile entre nous »rit Sêne.
Une image d’elle-même leur tirant moqueusement la langue apparut alors dans l’esprit de ses amis. Surpris, ils brisèrent accidentellement le contact et sursautèrent.
-Que se passe-t-il ?
-Rien. Nous avons juste cru que Sêne se moquait de nous, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Nous avons dû rêver, répondit Hérodg avec un clin d’œil pour l’élue.
Malgré leur apparent sérieux, les trois enfants étaient hilares. Leur amie n’était pas aussi rabat-joie qu’elle ne l’avait laissé présumer le jour où elle leur avait avoué la vérité.
-C’est ici, derrière le garde, informa-t-elle les parents.
-Elle est entourée de bonne compagnie !
-Nous vous avions bien dit qu’elle ne craignait rien, répondit simplement Maquiana.
-Encore vous, s’écria soudainement le garde.
-Nous avons ramené ses parents ici. Laissez-nous entrer, je vous prie.
Le garde  regarda attentivement les fermiers, puis déclara :
-Vous pouvez entrer.
-Enfin, soupira le trio.
Quelle ne fut pas leur stupeur lorsqu’ils entrèrent dans la chambre ! Des jouets gisaient çà et là, tandis que broderie et fioritures architecturales ornaient les murs. On se serait cru dans la chambre d’un des membres de la famille royale.
-J’avais demande à ce qu’Isabeau soit confortablement installée, mais je n’ai jamais demandé une telle exagération, gémit Sêne.
Le souffle coupé, en bon paysans qu’ils étaient, les parents de l’élue ne pipèrent mot.
-C’est incroyable ! Finit par murmurer la mère.
-Ne regardez pas ce qui vous entoure, et allez plutôt voir votre fille, fit précipitamment Hérodg.
Il ne voulait surtout pas qu’ils s’aperçoivent de leur pauvreté, en comparaison du luxe de la pièce.
 
 
Ô      
Le temps passa très vite pour les fermiers auprès de leur fille qui gazouillait. Sêne avait cependant rapidement compris que l’enfant était trop jeune pour se souvenir d’un autre visage que de celui de sa mère. Au bout de deux heures, elle décida de ramener chez eux les paysans. -Il se fait tard, et vous devriez rentrer chez vous.
Une fois seuls, les enfants retournèrent voir Soudguess qui ne s’était toujours pas réveillée
-J’ai dû un peu trop forcer la dose, s’excusa l’élue.
-Elle l’aura bien mérité ! Éclata Maquiana.
Hérodg lui envoya un regard surpris :
-Maqu…commença-t-il.
-Je nous croyais amis. Même sous l’effet de la  colère, jamais, jamais elle n’aurait dû faire ce qu’elle a fait. C’est un sacrilège.
-Célestia nous a dit que ça n’était que des sorts oubliés, la tempéra son ami.
-Qu’elle croyait !
A côté, Sêne ne savait plus où se mettre. Maquiana avait raison, mais pourquoi parlait-elle de sacrilège ? Cette fillette de neuf ans n’était pas réputée pour sa propension à la colère. Aucune agressivité n’étant présente dans sa voix, on aurait pu croire qu’elle était calme si ce n’était l’éclat de ses yeux.
-Je me suis renseigné par la suite, et ses attaques ressemblaient en tous points à la magie évoquée par Célestia.
-Je sais, mais ces sorts ne permettent que d’assoupir une personne gênante. Hors, la puissance dont tu as fais les frais était tout autre. De mémoire d’Immortel, jamais personne n’a survécu à une telle charge. Si j’ignore comment tu t’es débrouillé pour n’en conserver aucune séquelle, je connais en revanche la nature de cette énergie maléfique.
-Mais…Pourquoi aurait-elle fait ça ? Ou  plutôt, dis-moi avec quoi m’a-t-elle attaqué.
-Je ne connais pas son motif, et je m’en moque. L’important est qu’elle ait fait appel à d’anciennes et sombres formules de magie noire. Elle a en même utilisé plusieurs, que voici : elle a, pour commencer, dérobé des ingrédients afin de se concocter je ne sais pas trop quoi qui a augmenté sa puissance magique. Puis, devant vous, elle a utilisé cette force mal acquise pour vous nuire. L’ouragan qu’elle a créé vient de là. Les formes que Célestia a prises pour des sorts oubliés étaient faites pour y ressembler, mais il s’agissait aussi de magie noire. Le rayon duquel elle t’a frappé, lui, se tient tout en haut de la hiérarchie, pour ainsi dire, de ces sortilèges interdits. Il est toujours mortel et ne rate presque jamais sa cible. Pardonne-moi si mes explications ne sont pas très précises, mais je ne suis pas experte. Contrairement à Soudguess…J’ai senti l’énergie, comme tous les êtres magiques du château d’ailleurs. Je me suis lancée dans des recherches, et voilà.
Abasourdi par les révélations de son amie, Hérodg y réfléchit un instant avant de se rendre compte que quelque chose clochait :
-Tu as bien dit que j’ai été touché par un rayon toujours mortel ? Mais je suis en vie et en parfaite santé. Alors ? Il y a peut-être une erreur dans ton raisonnement.
-Je ne sais pas comment tu as survécu. Mais ce que je sais en revanche, c’est comment te prouver que je dis vrai. L’inconvénient de cette attaque, c’est qu’elle laisse des traces sur la victime. En les examinant, on peut être certain que la personne a bien subi cette attaque et on peut aussi connaitre l’identité de l’agresseur.
-Je ne suis pas sûr de vouloir devenir une bête de foire.
-ça peut être très court, si on demande à la personne appropriée. Sêne ? Appela Maquiana.
Assise non loin, elle semblait perdue dans ses pensées.
-Quelque chose te tracasse, et ça n’est pas Soudguess.
-C’est encore Hérodg.
-Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
-Quand tu as parlé à Phicias, tout à l’heure. Tu semblais savoir beaucoup de choses sur lui.
-Faux. Ça n’était que des déductions. Une telle créature ne peut exister naturellement. Et il faut avoir des bonnes raisons de se mutiler ainsi. Par sa réaction, il m’a fait comprendre que je suis sur la bonne voie. Il serait intéressant d’en apprendre plus sur lui.
-Bon, tous les mystères sont donc résolus. Il est temps de connaitre la vérité sur les actes de Soudguess, se réjouit Maquiana.
-Désolée de te décevoir, mais il me reste encore une question.
-Laquelle, la pressa son amie, impatiente d’avoir ses réponses.
L’élue pointa Hérodg du doigt :
-Tu nous avais caché que tu étais acrobate.
 
 
 
 
Ô      
Après avoir reçu de très vagues explications, les trois enfants rendirent une petite visite à Célestia. Sur la route, Hérodg avait gémit : -Mais qu’ai-je fait, qu’ai-je fait, pour qu’elle s’acharne sur moi comme ça !
« Tu n’as pourtant commis que deux erreurs, dont voici la première : devenir l’ami de Sêne. C’était réparable, mais voici ta seconde erreur : tu as survécu à Soudguess. Elle t’aurait laissé tranquille sans cela ! Alors que maintenant, elle va t’examiner pour savoir comment tu as fait pour être en pleine forme. »
« Je croyais que j’étais censé me réveiller rapidement. Si au moins tu m’avais dit que j’aurais dû mourir, ce serait différent ! C’est donc un peu de ta faute. »
« Maquiana a raison, tu ne seras pas tranquille avant que Gicaré t’ait disséqué, mais heureusement que tu es là. Comment ferais-je, si tu nous quittais, pour devenir acrobate ? »
Un grognement fit comprendre à l’élue qu’il ne fallait pas insister.
-Il a vraiment un sale caractère, fit-elle à l’intention de son amie.
-C’est vrai. Mais nous sommes arrivés. J’espère qu’elle va bien…
La déesse avait reconquis la vie et sommeillait paisiblement.
-J’ai la conscience plus tranquille maintenant.
-Pas moi. Soudguess a remarqué quelque chose, et, si elle m’a vraiment attaqué de cette manière, elle peut parfaitement recommencer. Je crains de commencer à mieux la cerner, et je ne suis pas sûr d’apprécier ce que je découvre…avoua Hérodg.
-Allons, ne te tracasse pas pour rien. Je suis pour ma part absolument certaine qu’elle fera amende honorable, tenta de le rassurer Sêne.
S’il ne répondit rien, son ami ne laissa pas pour autant tomber ses ruminations. « Mieux vaut réfléchir seul et me faire ma propre idée sans me laisser influencer par l’avis des autres », se dit-il.
Les trois compagnons continuèrent en silence jusqu’au bureau de Gicaré. Ils n’espéraient pas le trouver là, mais pouvaient se débrouiller seuls pour trouver des séquelles physiques ou psychiques sur un corps.
-Et maintenant ? Demanda Hérodg, curieux.
-Tu t’assieds, fit simplement l’élue. J’aurais grand besoin de toi, Maquiana. Je ne suis pas très douée pour ça…
Etant donné leur apprentissage éclair de quelques jours, les nouveaux élèves avaient dû en apprendre la quasi-totalité dans les livres. Leurs nombreuses connaissances n’étaient donc que théoriques.
-Pas de problème ! J’ai étudié plus profondément le grade sable auprès d’un professeur, je pourrai donc t’aider.
Une fois mises en place toutes les gemmes nécessaires à un enchantement sans paroles, - améthystes, rubis, saphir, lapis-lazuli, opale, topaze, tourmaline, turquoise et zircon - l’énergie se mit à crépiter dans la pièce. Se concentrant intensément, les deux fillettes réussirent à la canaliser dans les pierres prévues à cet effet. Elles s’illuminèrent, reflétant la pièce et l’emplissant d’une aura de puissance.
Les yeux des fillettes se voilèrent, et semblaient absents. Puis, tout à coup, la pièce explosa. Des milliers de mots, d’incantations colorées voletaient dans le bureau, à la recherche de la gemme qui lui convenait. Plusieurs longues minutes s’égrenèrent ainsi, et enfin tout disparu. Hérodg tenait fermement la pierre contenant l’incantation de laquelle il avait été victime, accompagnée du nom de son auteur.
Soucieuse, Sêne examinait l’énorme saphir.
-Qu’y a-t-il ? demanda Hérodg.
-Si j’ai bonne mémoire, la pierre que l’on tient après un examen est unique. La taille, la pureté, les zébrures, tout diffère d’une personne à une autre. Dans quelques cas, très rares, l’apparence d’une gemme était identique pour deux personnes. Dans ces circonstances, la puissance magique ou l’énergie dégagée permettait de différencier les minéraux. Je me trompe ? Argumenta Maquiana.
Sêne fit « non » de la tête.
-Hors…Hésita son amie.
-Hors, continua Sêne, lorsque Gicaré m’a évaluée pour connaitre la nature des mes pouvoirs, la pierre que je tenais étais…
-Un saphir, conclut Hérodg. Qui dégageait la même énergie que celui-ci.
L’élue soupira. Jamais rien de tel ne s’était produit de toute l’histoire des êtres magiques.
Captant ses pensées, son ami l’interpela :
-Le lien que nous entretenons, Célestia, Maquiana, toi et moi, est aussi une première. Tu ne t’en inquiètes pourtant pas.
-Je sais. Mais là, c’est totalement différent. La pierre détermine l’essence même d’un être vivant, ce qu’il est réellement.
Bien qu’étonné, Hérodg jugea préférable de changer de sujet et demanda :
-Tu as ta réponse ?
-Elle est entre tes mains.
Il posa la pierre sur le bureau, puis y posa deux doigts. Un courant de sensations étranges parcourut la pièce, et des mots s’inscrivirent en lettres de feu devant les élèves intrigués.
« Magie noire 872, aux effets toujours mortels, envoyé sournoisement sous forme de rayon par Soudguess, habitante de Bibose »
-Que signifie le numéro 872 ? Se renseigna Hérodg.
-Il y a un certain nombre de sorts de magie noire, tous numérotés. Plus le nombre est grand, et plus le sort est mauvais. Sinicias, le commandant des Hommes de Cire, en a créé bien d’autres depuis mais le nom correspond à la magie noire de base, dit Maquiana en faisait apparaitre un livre entouré de chaines dans sa main au contact duquel elle grimaça.
-Quel est ce livre ?
-C’est celui qu’a utilisé Soudguess. Je vais m’en servir pour trouver la date de son utilisation, et connaitre le nombre de sortilèges interdits de base.
Elle ouvrit le volume à la première page, le sommaire.
-Notre amie n’y est pas allée de main morte ! Trois sortilèges élaborés sont répertoriés ici en plus des basiques, et il y a en tout 879 sortilèges ici.
Interloqué, Hérodg garda la bouche grande ouverte jusqu’à ce qu’une voix douce et puissante dise en riant :
-Ne reste pas là comme ça, ou tu vas finir par gober des mouches !
Se retournant, les trois enfants constatèrent avec soulagement qu’il s’agissait de Célestia.
-Aucun mystère sur le fait que je sois ici, j’avais juste besoin de sommeil. Je ne suis toujours pas en pleine forme, mais j’étais trop curieuse. Il y a du nouveau ?
-ça, tu peux le dire, soupira Sêne.
Elle lui raconta ce qu’ils avaient découvert durant son sommeil, et se tut dans l’attente d’une réaction qui ne tarda pas à venir :
-Vous ne penserez sûrement pas comme moi mais je crois pour ma part que Soudguess est dangereuse…Et qu’elle va le rester. Il y a quelque chose de mauvais en elle. Quelque chose qui s’apprête à refaire surface.
Si Hérodg, malgré lui, était en parfait accord avec ses dires, il ne le fit pas savoir et attendit que quelqu’un d’autre prenne la parole.
-Elle est sur la mauvaise pente, convint Maquiana. Mais si nous la faisions entrer dans nos secrets, peut-être oublierait-elle toutes ces histoires de magie noire ?
-ça n’est pas une solution. Rien ne prouve que ce plan fonctionne et, de plus, elle n’est pas liée à nous. Pour le moment, il est inenvisageable de la mettre au courant, refusa catégoriquement Célestia.
-D’accord. Mais, au fait, où est Schocan ? Il n’a sans doute plus de famille, à part ses sœurs qui l’ont abandonné. Tu penses qu’il est toujours au château ?
-A vrai dire, il y a si longtemps qu’aucun Immortel n’a été puni de la sorte que je n’en sais absolument rien. Il faudra demander à Gicaré.
Sêne demanda alors :
-Maquiana, tu nous as dit tout à l’heure que tu pourrais déterminer le moment où Soudguess avait utilisé ce livre pour la première fois. Est-ce possible ?
-Oui et non. Je ne suis capable que de trouver à quel moment elle a touché ce livre pour la première fois. En revanche, Célestia peut avoir le moment de l’utilisation réelle de ce livre, j’imagine.
-C’est plutôt compliqué. Je pense cependant pouvoir y parvenir si je suis au calme. Je peux avoir le livre ?
Lorsque Maquiana le lui donna, Célestia esquissa une grimace. Ce livre n’était apparemment pas agréable à toucher, sans doute car il recelait de la magie noire. Elle leva la main et obtint le silence. Puis elle se concentra et s’illumina, forçant ses amis à fermer les yeux pour ne pas être aveuglés. Lorsqu’ils les rouvrirent, la déesse lâcha le livre maléfique. De la peur se lisait sur son visage.
-Célestia, que se passe-t-il, risqua Maquiana.
-Le mal, j’ai vu le mal…
 
 
 


 
CHAPITRE XII      
Conflit et duels      
  L’expérience avait tellement touché Célestia qu’elle ne put dire un mot de plus. Renonçant à tirer quoi que ce soit d’elle pour le moment, Sêne, Hérodg et Maquiana l’aidèrent à retourner dans la salle des repas. Ils la firent s’asseoir à côté d’eux, et la laissèrent se restaurer seule, sans lui parler. Elle avait besoin de se remettre de ses émotions. Tous les élèves avaient l’air absent, et la pièce était étonnamment silencieuse. Ils ignoraient avoir été victimes de magie noire mais leur comportement s’en ressentait. Gicaré avait accompli un travail colossal en réveillant tout le château et en ôtant ses pouvoirs à Schocan mais ne pris pas de repos car il arriva dans la pièce à ce moment-là :
-Pardonnez-moi de vous déranger une fois de plus mais je désire simplement vous communiquer une information importante. J’ai le devoir de vous donner les Poupées de cire au plus vite, et n’ai malheureusement  pas pu vous les transmettre jusqu’à aujourd’hui. Demain soir je serai dans mon bureau où je vous appellerai un par un. Je vous demande donc d’être tous présents.
A ces mots, les élèves sortirent de leur torpeur et se retournèrent vers Gicaré qui partait déjà. Lorsque le calme revint il était toutefois tinté d’une certaine agitation bien compréhensible. Estimant que parler ne serait plus incongru, Sêne pris alors la parole :
-Je crois que nous devrions parler de Soudguess.
Tous hochèrent gravement la tête.
-Je ne suis plus vraiment sûre que l’on puisse la faire revenir, Sêne, dit doucement Maquiana.
-Qu’est-ce que tu racontes ? Je suis certaine qu’elle ne savait pas ce qu’elle faisait lorsqu’elle a utilisé ce livre, refusa l’élue.
Hérodg explosa :
-Mais enfin, tu ne comprends donc pas que c’est trop tard ? Trop tard depuis bien longtemps ! Mais tu ne veux pas l’accepter par ce qu’elle est devenue ton amie ! Pour le moment rien de vraiment grave n’est arrivé, mais si j’étais mort ? Si elle m’avait tué ? Tu aurais continué à croire en elle ? Elle a essayé de me tuer, même si elle a échoué ! Tu ne l’as pas oublié, j’espère ? Jamais tu ne t’en rendras compte, parce que tu t’obstines à voir la bonté en chacun, à donner une seconde chance à tout le monde ! Mais tout le monde ne le mérite pas, ne veut pas de ton pardon ! Arrête de croire qu’elle ne peut pas être mal intentionnée sous prétexte que ce n’est qu’une enfant ! Rends-toi à l’évidence, elle ne peut pas continuer à vivre auprès de nous tous. Elle a réussi à utiliser le livre sans en ressentir la moindre gêne, ses pouvoirs s’en sont même accrus ! Maquiana n’a pas pu le conserver bien longtemps entre ses mains, et Célestia a reçu un terrible choc. Elle est mauvaise, c’est sa nature ! Tu es complètement aveugle pour ne pas t’en apercevoir…Tu ne m’écoutes pas, j’en ai conscience, mais j’espère au moins que tu entendras Célestia. Elle partage mon avis, et je sais qu’elle a raison. Elle est beaucoup plus avisée que toi, et tu sais très bien pourquoi !
Il avait crié tout au long de sa tirade et s’était levé. Célestia, redevenue lucide, avait fait apparaitre un écran immatériel qui empêchait tous sons d’en sortir mais les premières phrases d’Hérodg n’avaient pas échappé au reste des élèves qui le regardaient à présent d’un air étonné. Sêne posa une main conciliante sur le bras de son ami qui se dégagea :
-Je ne suis pas aveugle, mais je sens au fond de moi que Soudguess trouvera un jour sa place. Il ne sert à rien que tu perdes ton sang-froid.
-Je fais ce que je veux, et personne, pas même toi, ne me diras ce que je dois dire, faire ou penser ! Non, tais-toi, je ne veux pas écouter ce que tu as à me dire. Tu ne veux pas m’entendre, je dis des absurdités ? Très bien, mais alors ne compte pas sur moi pour t’écouter lorsque tu auras besoin d’aide. Ne m’adresse plus la parole.
Hérodg ne criait plus mais la froideur implacable et le calme de sa voix était pire encore que ses cris. C’en était même effrayant. L’aura de puissance que sa sympathie avait toujours réussi à dissimuler aux yeux des autres explosa au grand jour alors qu’il faisait ce qu’il avait décidé de faire. Il était libre de ses actes, depuis toujours et même Sêne ne pourrait le priver de sa liberté de penser. Ce fut seulement à cet instant que Célestia et Maquiana le comprirent. Hérodg était loin d’être le petit garçon naïf et doux qu’elles avaient cru qu’il était. Elles se rendirent compte de cette erreur et se promirent de la corriger, même si Sêne ne s’était aperçue de rien. Hérodg redressa fièrement la tête, repoussa violemment sa chaise et sortit de la salle.
-Mais…Qu’est-ce qu’il lui a pris ? Demanda Sêne, interloquée.
Elle semblait au bord des larmes, effrayée, même. Elle ne comprenait toujours pas qui était réellement son ami.
-Il doit être un peu énervé, tu sais, je ne pense pas que tu serais très heureuse si une de tes amies te décochait un rayon mortel et que, plus tard, ayant survécu, une autre te bombardait de questions et d’analyses. Il reviendra, fit simplement Maquiana.
Malgré ces mots réconfortants, elle échangea un regard éloquent avec Célestia et se promit d’accorder plus d’importance à leurs certitudes partagées. « Ils ont peut-être raison. Quoi que puisse dire Sêne, la réaction d’Hérodg n’est pas démesurée. » Songea-t-elle gravement.
La suite du repas fut assez désagréable pour les trois amies qui étaient la cible de tous les regards. Dès la fin du dîner, elles quittèrent la salle en vitesse et Maquiana suivit Sêne vers sa nouvelle chambre tandis que Célestia regagnait la sienne.
En pénétrant dans la pièce, elles ne virent pas Hérodg qui était parti se coucher. Sêne se dirigea vers son lit sans demander son reste et eut tout le loisir de s’attarder avec un désarroi grandissant sur les dires de son ami. Maquiana, elle, savait qu’Hérodg ne dormait pas. Elle passa la tenture et le trouva en effet debout, en lévitation, à quinze centimètres du sol. Il devait s’exercer depuis qu’il avait quitté le repas car cet exercice ne semblait pas lui causer le moindre souci.
-Hérodg ? Ecoute-moi, s’il te plait ! Je sais que Sêne a commis une grave erreur, je sais qu’elle t’a sous-estimé et à quel point ça doit être douloureux pour toi. Je m’excuse pour elle, pour moi et pour Célestia car nous pensions aussi que…Nous n’avions pas compris qui tu étais. Tu as suivi Sêne sans hésiter quand elle nous a dit qui elle était, alors je te demande de nous pardonner au moins cela. Je voulais également que tu saches que je te crois, moi aussi. Simplement, je voudrais savoir ce que tu entends par « trop tard depuis bien longtemps ». Je croyais que c’était à cause de ce qu’elle t’a fait. Mais je me suis trompée, n’est-ce pas ? Ajouta-t-elle sur un ton d’excuse.
N’obtenant aucune réponse, elle allait repartir lorsque Hérodg grogna :
-Attends. Tu m’as posé des questions et je vais y répondre. Je me fiche que l’on m’ait sous-estimé, d’autant que ce n’est pas le cas. Je te pardonne, ainsi qu’à Célestia. Vous n’étiez pas en tort, de toute façon. Je n’aime seulement pas qu’on me dicte ma conduite. Je comprends maintenant que je n’ai pas agit en ce sens. Si j’ai suivi Sêne, c’est parce que j’étais convaincu que la seule chose utile que je pouvais faire, étant donné mon âge. Je te suis reconnaissant d’être venu me parler de tout cela. Maintenant, je vais t’expliquer mes paroles.
Il se tut un instant, sembla chercher ses mots puis reprit :
-Au début, quand j’ai commencé à étudier avec Sêne et Soudguess, il m’a paru naturel d’être leur amie. Je ne te cache pas que je suis devenu rapidement complice avec Sêne. J’ai fait des efforts pour faire de même avec Soudguess, puis sa bonne humeur a gagné. Peu après, j’ai ressenti une terreur que tu ne peux pas comprendre. Je ne savais moi-même pas ce que je craignais, puis j’ai compris que cette peur ne m’étreignait qu’en présence de Soudguess. Je me suis tout d’abord dit que je m’inquiétais pour rien, que c’était normal, qu’elle ne pouvait pas être en rapport avec l’ombre que j’apercevais parfois…Et puis, elle nous a attaqués. Elle m’a frappé de cette terrible magie qui aurait dû m’être fatale. Sur le coup, je n’ai pas compris que c’était ça, cette éminence grise. Je me suis tout d’abord rangé à l’avis de Célestia, mais dès que tu as avancé ta théorie, j’y ai adhéré sans m’en rendre compte. J’avais compris. Alors que je lui en voulais pas de m’avoir fait ça, que j’avais tout placé sur la colère, tu m’as ouvert les yeux. C’est peut-être pour ça que j’ai survécu. Pour guider Sêne. C’est ce que je croyais. Mais maintenant je me demande ce qu’il faut que je fasse. Je sais seulement que, même si j’étais mort, Sêne aurait continué à croire en Soudguess. Ça a toujours été la faiblesse des personnes destinées à un grand destin. Elles croient que chacun a droit à une deuxième chance et Sêne ne fera pas exception. Je suis d’accord avec cet encouragement à l’amendement mais j’ai une certaine limite dans mon jugement. Et cette limite, je le sais, s’ouvre sur la mort. Je l’ai compris grâce à Soudguess, en fait. Quand je veux connaitre quelqu’un, personne n’est en mesure de m’en empêcher. Personne. Soudguess a déjà été jugée. Elle avait créé un orage qui a décimé les récoltes de tout son pays et tué une famille avec laquelle elle s’était querellée la semaine précédente. Après l’orage, alors que chacun était resté à l’abri des maisons, Soudguess a été retrouvée, inconsciente, dehors, près de la famille morte. J’ai exploré ses souvenirs et découvert que, bien qu’elle ait à ce moment prétendu le contraire, elle n’éprouvait aucun remord pour ce qu’elle avait fait. Je l’ai appris il y a seulement quelques instants, j’ai étendu ma conscience vers ses souvenirs et c’est ce que j’ai trouvé.
Un silence lourd de conséquences suivit ces révélations. Maquiana, qui était la première à s’être insurgée contre Soudguess, avait pourtant du mal à croire ce qu’elle entendait. Elle secoua la tête.
-Je…C’est assez incroyable et pourtant…Il y a un terrible accent de vérité dans tes paroles, je suis bien obligée de le reconnaitre. Mais pourquoi ne le dis-tu pas à Sêne ?
Hérodg eut un sourire triste :
-Tu penses qu’elle m’aurait cru ? Tu as bien vu sa réaction tout à l’heure, quand j’ai essayé de lui ouvrir les yeux…
-Oui, je suis désolée, j’avais oublié, je…Bon sang, mais comment fait-elle pour ne pas remarquer tout cela ? Si tu le penses, elle pourrait accorder un peu d’importance à tes dires ! Elle sait ce que tu penses.
-Non.
-Non ?
-J’ai bloqué mes pensées à ses sens. Je dois la convaincre moi-même, sans utiliser ce lien particulier.
-Je comprends ce que tu veux dire. Ce que je peine à admettre est qu’elle ne te croie pas. Vous possédez la même essence vitale…
Hérodg se frappa le front :
-Mais bien sûr ! Maquiana, tu es géniale !
-Euh…Pourquoi ?
-Je viens de comprendre pourquoi sa réaction est à l’opposé de la mienne. Tu saisis ou il faut que je te fasse un dessin ?
Il ne lui laissa pas le temps de répondre et poursuivit :
-Dis à Célestia de nous rejoindre dans le monde de Références.
-Si tu veux mais ça ne peut pas attendre ?
Elle n’obtint aucune réponse : son ami s’était volatilisé. Elle contacta donc la déesse et s’éclipsa elle aussi. En arrivant dans le monde de Références culturelles, elle vit Hérodg qui faisait les cent pas en les attendant. Célestia apparut de la même façon que ses amis et Hérodg cessa de marcher pour se diriger vers elle.
-Je sais pourquoi Sêne ne pense pas du tout comme moi !
-Comment l’as-tu découvert, s’étonna la déesse.
-C’est Maquiana qui m’a donné la réponse. J’aurais du y penser plus tôt ! Mais peu importe, quand elle a dit que Sêne et moi possédions la même essence vitale…
-Mais bien  sûr ! S’écria Célestia. Que proposes-tu ?
-Je ne sais pas vraiment quoi faire, justement. Hors de question, bien sûr, d’en parler à Sêne pour le moment.
-Evidemment. Franchement, Maquiana, tu es géniale !
-Je commence vraiment à me demander pourquoi…Est-ce que quelqu’un pourrait enfin m’expliquer ce qui se passe, ici ?
Se rendant compte qu’elle n’avait rien suivi, Hérodg exposa :
-Sêne et moi sommes, en réalité, une seule et même personne. C’est la seule explication. Mais comme il ne serait pas possible que deux personnes identiques se promènent quelque part dans ce monde, nos personnalités ont été séparées. Imagine, si ça ne s’était pas fait, et qu’on se soit rencontrés, le choc nous aurait sûrement tués. Donc, bien qu’indissociables, bien qu’étant la même personne au fond de nous, nous avons été coupés en deux. Tout a été fait pour qu’on ne puisse pas s’en douter. Nos traits de caractère ont été partagés eux aussi et c’est pour cela que nous pensons d’une manière totalement différente. T’ai-je déjà parlé de mes dons un peu étranges ? Ils ne ressemblent à aucun de ceux que vous utilisez, bien que vous les possédiez. Sêne, elle ne possède pas cette seconde part de pouvoirs et ne peut donc s’en servir dans des moments critiques. C’est cette partie de pouvoir qui nous permet d’assimiler facilement la théorie et dont Sêne manque cruellement. Elle aura une plus grande maitrise pratique mais sèchera sur les leçons. Moi, j’aurais du mal à pratiquer mais comprendrai tout très facilement. Ce qui fait qu’on ne peut rien me cacher. Cette situation est malheureusement dangereuse pour Sêne car si elle se retrouve en danger, ces dons qui devraient normalement se déclencher ne le pourront pas, puisque c’est moi qui les possède. Il ne faut surtout pas que nous soyons séparés.
-Je crois que c’est bon. Juste une dernière chose : vous ne venez pas du tout du même pays, vous n’êtes pas de la même famille !
Elle remarqua l’intense réflexion sur le visage de ses amis. Puis, Célestia prit la parole :
-Je ne me suis pas posée la question mais il est vrai que c’est étrange…Et en plus, ils se ressemblent beaucoup, physiquement.
-ça, c’est faut. Réfléchis, nous ne venons pas du même pays !
-Je te dis que vous avez exactement la même tête !
-Bon, nous allons invoquer une image de Sêne et une de toi Hérodg, puis nous les comparerons, intervint Maquiana.
Elle leva la main et un étrange miroir s’y matérialisa, dans lequel se reflétait le visage de Sêne. Célestia fit de même et bientôt Hérodg eut les deux visages face à lui. Il avait la bouche ouverte dans un étonnement qui n’était pas feint. Il n’avait jamais remarqué cette ressemblance auparavant, pourtant flagrante. La seule différence se situait dans la longueur des cheveux.
-C’est incroyable…Séquile et Ombie sont deux pays qui s’entendent très bien, mais leurs habitants sont on ne peut plus différents !
Bien qu’elles l’aient remarquée auparavant, avoir cette ressemblance en face des yeux ne le rendait que plus réelle et improbable. Les miroirs disparurent.
-Je me demande s’il faudrait faire en sorte que Sêne aperçoive cette différence ou au contraire tout mettre en œuvre pour qu’elle ne s’en rende pas compte, s’interrogea Célestia.
-Pour le moment, je pense qu’elle ne doit pas la remarquer, décida catégoriquement Maquiana.
D’accords avec cette décision, ses amis se contentèrent d’hocher la tête. Comment réagirait-elle si elle s’en apercevait ?
-Sêne ne pense pas de la même façon que moi, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’elle ne peut pas penser la même chose que moi, intervint Hérodg.
-Elle a besoin de voir pour croire. Comment lui prouver que Soudguess ne peut plus rester avec nous, réfléchis la déesse.
-Nous savons déjà ce qu’il lui faut pour qu’elle doive admettre la vérité. Ce que je ne saisis pas, c’est pourquoi elle n’a pas accepté la tournure des événements lorsqu’il a été sûr que Soudguess avait utilisé de la magie noire.
-Elle croit en la deuxième chance, répondit laconiquement Hérodg. Elle ignore qu’elle l’a déjà perdue et hors de question de révéler à notre élue préférée la première horreur de Soudguess. Sinon ce sera encore de ma faute, je l’imagine déjà « Mais pour quel motif as-tu fouillé sa mémoire ? Tu n’avais pas à faire ça, et de toute façon tu veux avoir l’impression qu’elle ne regrette pas ce qu’elle a fait. Si ça se trouve, elle a éprouvé des remords dont tu ne veux surtout pas entendre parler ! »Je ne voudrais pas qu’elle s’acharne encore sur moi.
Malgré la précarité de la situation, ses amies éclatèrent de rire. Il imitait à merveille la voix de l’élue et y ajoutait une note de ridicule notable. Quand ils furent calmés, ils se remirent à réfléchir sérieusement :
-Il faudrait peut-être pousser Soudguess à faire de nouveau preuve de son infamie, proposa Hérodg.
-Non, refusa Célestia, ce serait bien trop dangereux. Elle risquerait de blesser quelqu’un !  Nous pourrions en revanche mettre en place une simulation dans laquelle…
-Je ne pense pas que lui mentir soit la bonne solution, coupa Maquiana. Pour le moment nous ne pouvons rien faire, je propose que nous observions le comportement de Sêne et celui de Soudguess dès son réveil.
Cette proposition étant la meilleure, ils repartirent vers leurs chambres et n’eurent aucun mal à s’endormir. Ce ne fut pas le cas de Sêne. Elle ne comprenait toujours pas la réaction de Hérodg. Bien sûr, ce qu’avait fait Soudguess était affreux, et, lorsqu’elle avait vu son ami s’effondrer sous l’impact, elle avait une grande rage l’envahir et n’était pas prête d’oublier ce sentiment dévastateur. Peut-être était-ce pour cette raison qu’elle ne pouvait se résoudre à accepter l’inéluctable ? Elle chassa rapidement cette idée de sa tête. Soudguess ne savait pas ce qu’elle faisait, et serait horrifiée quand elle l’apprendrait. Elle était également sûre que la magie des gemmes pouvait se tromper lorsqu’il s’agissait d’examiner des séquelles physiques. Son amie n’avait peut-être pas utilisé de magie noire, finalement. Il était impossible qu’elle ait fait appel à un sortilège interdit aussi dangereux. Mortel. Elle refusait d’y croire et s’obstinait à penser que Soudguess s’excuserait sincèrement et donnerait des explications dès son réveil. De plus, elle avait d’autres préoccupations. Elle ne comprenait toujours pas ce qui s’était passé avec l’analyse d’Hérodg. Le résultat ne pouvant être faussé, il lui était impossible de balayer cet événement avec des arguments aussi simplistes que ceux employés pour innocenter Soudguess. Elle ne voyait aucune solution.
Sans doute se trouvait-elle loin, bien plus loin qu’elle ne l’imaginait dans les investigations qu’elle avait jusque lors menées. Elle finit par s’endormir d’un sommeil agité où Phicias se retrouvait avec le visage de Soudguess et la raison celui d’Hérodg.
 
 
 
Ô      
En se réveillant ce matin-là, Célestia sentit que quelque chose d’important allait se passer, et elle savait que cela ne concernait pas la prochaine distribution des Poupées de cire. Elle eut sa réponse en passant devant l’infirmerie pour se rendre au bureau de Gicaré, qui était désormais son professeur. Malgré elle, elle avait espéré que ce moment ne viendrait jamais. Mais elle savait que cet instant viendrait, inexorablement.  Elle ne put s’empêcher de soupirer en apercevant Soudguess sortir en pleine forme de l’infirmerie. Sêne avait un peu forcé la dose lorsqu’elle l’avait endormie, et elle ne se réveillait donc que maintenant. La jeune déesse décida de faire semblant de ne pas la remarquer. Elle ne voulait pas recevoir ses explications et ne désirait pas non plus la voir se comporter normalement. Si la rancune avait été une arme, Soudguess aurait dû retourner à l’infirmerie et y rester longtemps.  
 
Ô      
Soudguess se réveilla en pleine possession de ses moyens ce matin-là. Elle n’avait aucunement oublié ses actes précédant sa perte de conscience mais ne se sentait plus vraiment rattachée à eux. Elle ne voulait plus s’en souvenir, ne voulait plus en entendre parler. Elle avait agi avec le goût de la trahison et utilisait ce sentiment pour justifier ses actions peu honorables mais ce n’était pas cela qui la tracassait. Elle avait attaqué Hérodg, qui devait toujours être dans un mauvais état, mais ce n’était pas cette émotion désormais familière d’avoir mal agi qui la dérangeait. Non, ce qui l’empêchait de se sentir bien et l’avait réveillée était tout autre. Elle avait la très désagréable sensation d’avoir échoué. Elle avait faiblit face à l’attaque de Sêne. Elle avait faillit. Et ce sentiment était pire que tout.  
 
Ô      
Hérodg n’avait pas trouvé d’autres idées pour faire comprendre à Sêne l’ignominie de Soudguess mais ne désespérait pas. Il ne pensait pour le moment pas à cela. Il ressentait un certain malaise. Mû par un instinct qui ne l’avait jamais trompé, une fois préparé, il se dirigea vers l’infirmerie. Il effectuait ainsi un long détour mais voulait se rassurer et se dire que le moment n’était pas encore venu. Il approcha de la porte et se figea. Célestia venait de snober incroyablement une Soudguess guérie mais perdue dans ses pensées. Ne voulant pour rien au monde engager une conversation avec celle qu’il considérait comme dangereuse, il activa son écran d’invisibilité en songeant qu’il était bien utile. Soudguess ne le remarqua pas, et continua à marcher à pas lents vers le bureau de son professeur.  
 
Ô      
Maquiana vit Hérodg se lever et partir en courant dans la direction opposée au bureau de Gicaré. Elle n’hésita pas une seconde et se hâta de se préparer pour le suivre. Elle vit Soudguess et ne put retenir une grimace de déception. Dans ses yeux aucune trace de honte ou de regrets, puisqu’aucune place n’était prévue à cet effet dans son cœur. Maquiana ferma les siens et activa à son tour son invisibilité. Parler à son ancienne amie ne faisait pas partie de ses désirs. Elle aurait préféré avoir Schocan comme professeur plutôt que de tergiverser sur les raisons qui avaient poussées Soudguess à agir ainsi.  
 
Ô      
Sêne ne remarqua rien de spécial en se réveillant car ses réflexions l’avaient coupée du reste du monde. Elle ne fit pas de détour et se rendit directement en se téléportant devant le bureau de Gicaré, aussi ne croisa-t-elle pas Soudguess en laquelle elle était la seule à croire encore.  
 
Ô      
Hérodg, Maquiana et Célestia arrivèrent ensemble devant le bureau de Gicaré manifestement vide. Tous trois semblaient inquiets et tremblaient légèrement. Ils ne purent parler tant ils étaient nerveux. Soudguess avait encore changé.


Voilà. C'est très long, je sais...

Choisir sa Voie
Longueur : ~24 pages A4

Choisir sa voie      
Tandis que je me dirigeai vers une ruelle sombre, le froid qui y régnait m’assaillit. La pluie s’abattait violemment sur moi et je m’aperçus soudain que c’était la dernière fois que je pouvais admirer cette pluie fine mais diluvienne. Elle avait formé un minuscule lac dans lequel je pus admirer la lune. Si familière qu’elle fut, je n’avais encore jamais pris le temps de l’observer réellement. Et à présent que mon chemin m’apparaissait tout tracé et que je ne pouvais plus revenir en arrière, je me surpris à la regarder intensément. Sans doute pour la dernière fois. J’eus peur tout à coup. Avant que j’aie pu m’apitoyer sur mon sort, une ombre dont la silhouette m’était familière m’appela doucement : Aurore… Je frissonnai. Cette voix pareille à un sifflement avait quelque chose d’effrayant. Mais j’avais décidé bien auparavant de ce que je désirais faire. J’avais choisi de ne plus jamais reculer. Je m’avançai d’un pas ferme et décidé. L’homme esquissa ce que je choisis de prendre pour un sourire. Tout se passa très vite. Je fis un dernier pas, et tout changea alors. La pluie cessa en un instant, mais le ciel n’était plus visible. Je crus tout d’abord que les nuages le masquaient, et ne poussais pas plus loin la question. Je levai les yeux vers l’homme qui m’avait offert ma nouvelle voie. Je sautai en arrière. La créature, c’était bien une créature, non pas un homme - un homme ne pourrait jamais avoir un tel visage - avait ôté sa cape de voyage. Sa physionomie, plus encore que sa voix, m’apeurait. Un visage tuméfié, des plaies bleuâtres partout présentes, des cornes de bouc enroulées sur elles-mêmes, des cals noirs aux jointures des doigts…Mais ce qui me fit reculer, ce qui me donna envie de tout abandonner, n’avait pourtant rien à voir avec cette laideur. Plus étrange et plus mystérieux encore. Ses yeux, son regard possédaient quelque chose d’incroyable. Ils vous donnaient l’impression d’être passé aux rayons x, et leur couleur semblait indéfinissable. Bleus profonds, violets teintés de doré, ces yeux étaient sans doute les plus beaux du monde. Si étranges à côté des miens immuablement bleus. Plus que tout le reste, c’est ce qui m’inquiéta. On y lisait une douleur continue et infinie, la souffrance la plus intense que l’on peut ressentir. Je ne savais pas encore ce qu’elle signifiait, mais il m’était impossible d’imaginer que beauté et horreur puissent s’allier ainsi. Je n’esquissai pas un mouvement, incapable d’amorcer le moindre geste, hypnotisée par cet étonnant contraste. La créature soupira, imperceptiblement, puis eut un air étrange. Lassitude. Tristesse. Résignation. Je ne comprenais pas comment on pouvait lier ces émotions avec autant de noblesse, les exprimer avec autant de force, tout en possédant un tel visage.
-Je suis Shinji. C’est à moi que revient la tâche de te former. L’apprentissage est long et difficile. Tu devras être déterminée et assidue. Si tu réussis la formation, tu obtiendras ton nouveau nom. Ce nom qui reflète ta véritable personnalité et représente l’ultime combat de notre clan. J’espère te voir réussir. L’échec est très douloureux.
J’eus l’impression qu’il voulait me dire autre chose, mais si telle était son intention, il se retint. Je sortis alors de ma torpeur et m’aperçus alors que, durant tout ce temps, je n’avais pas respiré. Nous étions entrés dans le Hors-Temps.
Je m’appelle Aurore. J’ai douze ans et je suis la dernière descendante d’une lignée de Chasseur d’Ixies. Les Ixies sont des êtres malfaisants qui détruisent tout sur leur passage. Avant, il était facile de les arrêter. Maintenant, ils se sont organisés et ont commencé à s’attaquer aux limites de notre monde. Si nous ne faisions rien, toute la planète serait anéantie. Il existait malheureusement très peu de Chasseurs d’Ixies, car un tel métier ne s’apprend pas. Il faut avoir un don particulier. Ma famille était la principale source de Chasseurs. Tous avaient le don. Pas moi. Sans jamais avoir testé mes capacités, je le savais. Je l’avais toujours su. Une autre voie était la mienne. La chasse aux immondes créatures qui souillaient mon monde ne me convenait pas. Mais ma mère ne voulait rien entendre. Je serais Chasseuse, comme toute ma famille depuis près de 3000 ans. Chaque jour, elle me répétait qu’à un moment ou à un autre, elle disparaîtrait. Je devrais alors lui succéder. Et en effet, un jour, elle disparut. Comme la moitié de ma famille. Dévorée. Plus que ma tristesse, c’est ma rage et ma fureur que cela causa. Il me serait impossible de continuer. Même lorsque les maîtres Chasseurs m’enseignèrent tout ce que je devais savoir. Ils ignoraient qu’ils perdaient leur temps. Les Chasseurs n’étaient pas les seules personnes importantes. Il y avait aussi le Clan. Les membres du Clan étaient triés sur le volet, très peu possédant le niveau demandé. Il fallait posséder une autre forme du Don. Je me disais, que, si la chasse d’Ixies n’était pas ma voie, celle du Clan l’était peut-être. Un matin, j’écrivis une lettre à mes professeurs, et je m’enfuis. Je ne voulais pas qu’ils partent à ma recherche. Former les Chasseurs d’Ixies était très important et je ne voulais pas empêcher mes professeurs de continuer leur travail. Je courus toute la journée, puis je m’arrêtai pour la nuit. Au matin, après quelques heures de marche, l’entrée du Clan apparut devant mes yeux. Je pouvais la voir, c’était déjà un bon début. Certaines personnes en étaient incapables. Les chasseurs d’Ixies, par exemple. La preuve que je cherchais depuis si longtemps m’était enfin offerte. Je passai la porte qui n’avait pas de consistance solide pour moi. Dès mon arrivée, quelqu’un fonça sur moi :
-Aspirante ?
J’acquiesçai. On m’emmena dans une autre salle, à côté de la première. Je dus répondre à des questions d’apparence difficiles auxquelles je pus cependant répondre sans réfléchir. Je ne compris pas pourquoi on me posait ces énigmes qui me parurent étranges sur le moment. Je passai par de différentes salles dans lesquelles je dus passer des épreuves insolites. La seule qui me parut normale mit mon agilité à l’épreuve. On ne me communiqua aucun résultat, mais on me donna une carte qui me permettrait d’obtenir une chambre dans l’immeuble voisin. Je sortis de l’étrange bâtiment et me dirigeai au hasard des rues pour pouvoir à l’avenir me repérer dans la ville. La nuit me prit au dépourvu. Je n’avais pas conscience d’avoir passé autant de temps avec les membres du Clan. Je retournai à l’endroit indiqué sur la carte, et je m’endormis aussitôt. Le lendemain, je reçu une lettre avec une adresse à l’intérieur. Je me félicitai d’avoir pris mes repères la veille et me rendit dans la ruelle indiquée sur la feuille.
J’avais beau être un peu inquiète à l’idée d’étudier avec Shinji, je ne mis que ce qui me sembla être quelques jours à remarquer qu’il avait souffert. Quelque chose l’avait sans doute traumatisé, et il répugnait désormais à établir des liens avec les autres. Il ne parlait pas mais il n’y avait nul besoin de mots pour que je le comprenne. J’avais découvert ma véritable voie et il me suffisait de regarder ses yeux extraordinaires pour y lire tout ce qu’il ne voulait plus – ne pouvait plus ? – dire. Le début de ma formation fut consacré à un entrainement intensif pour que je sois capable de me défendre. La seule chose que j’appris sur le Clan était très intéressante : si on était jugés assez qualifiés, on pouvait participer à des missions dangereuses et importantes, d’où les épreuves physiques. A part cela, les intentions du Clan restaient assez obscures pour moi. Je pensais cependant être en mesure de les découvrir à la fin de mon apprentissage.
Au bout d’un certain temps, peut-être trois mois, je finis par me poser une question : si le temps n’avait pas cours pour moi, Shinji semblait en ressentir les effets. Chaque jour il avait l’air un peu plus fatigué. A quoi était-ce dû ? Voulant obtenir une réponse mais surtout sortir mon maître du silence qui semblait le sien depuis trop longtemps, je me hasardai à lui faire part de mon observation. Après quoi il esquissa un sourire – le premier depuis que j’étais devenue son élève – et parla.
-Tu auras la réponse bien assez tôt. Pour le moment contente-toi d’apprendre tout ce qu’il faut. Je suis sûr que tu arriveras à entrer dans le Clan. Tu es faite pour cette voie, Aurore.
Sa voix n’était plus l’affreux sifflement du premier jour. A présent c’était une voix normale, chantante même, qui n’écorchait pas les mots et les assemblait en harmonie au point qu’ils semblaient mélodie. Je me demandais pourquoi il me paraissait de plus en plus sympathique alors qu’il aurait pu me montrer sa vraie personnalité dès le début. Je me réjouissais cependant d’avoir réussi à lui faire dire quelque chose de lui-même. J’avais compris que cette voix qui était la sienne ne pouvait exister que lorsqu’il parlait de sa propre initiative. Nous reprîmes l’entrainement mais Shinji semblait plus énergique. Je compris que je l’avais libéré d’une de ses chaînes. Ce fut le meilleur et le plus intensif de tous les exercices qu’il m’ait fait faire. Epuisée, je me rendis compte que j’avais faim. Depuis que j’étais devenue élève au Clan, ça ne m’était jamais arrivé. Etonnée, je vis que Shinji se dirigeait vers une salle que je n’avais encore pas vue. La porte se trouvait pourtant depuis longtemps dans la pièce ! Je ne posai pas de question. Je comprenais que, tant que l’on n’était pas encore membre à part entière, il valait mieux éviter de montrer sa curiosité.
Derrière la porte se trouvait une pièce remplie d’immenses tables. Sans doute une sorte de cantine. En effet, beaucoup de personnes arrivèrent par d’autres entrées et s’assirent sur des chaises. Ils avaient tous une quelconque déformation physique, mais aucun n’était semblable à Shinji. En fait, la plupart n’avait que des blessures et ne possédait pas de cornes ou de cals. Mais aucun d’entre eux ne possédait les yeux de Shinji. Ils semblaient tous heureux. Assurance tranquille. Voilà ce qui émanait d’eux. Des centaines de membres du Clan, accompagnés de leurs élèves pour certains. D’autres restaient seuls.
-Tu seras obligée de te restaurer, désormais.
Shinji avait perdu sa véritable voix mais il ne sifflait plus. Sans doute était-il obligé de dire cela mais l’avait-il tourné à sa façon. Je lui en fus reconnaissante. Je ne voulais plus entendre ces horribles sifflements.
Toutes les personnes présentes parlaient avec animation d’une voix normale, mais je remarquai que des groupes se formaient. Je suivi Shinji à une table éloignée, où  seuls quatre autres personnes avaient choisi de s’asseoir. Trois membres et une apprentie. Elle ne m’était pas inconnue. J’ignorais seulement où je l’avais déjà aperçue. Elle me fit un signe de la main et je me souvins. Elle étudiait avec moi pour devenir Chasseuse. Elle m’avait aidée à supporter les heures d’études dans l’école de Chasseurs d’Ixies, et m’était apparue comme une jeune fille rebelle. Je n’aurais cependant pas cru qu’elle puisse vouloir faire partie du Clan pour autant. Céleste. Je lui rendis son signe. Depuis combien de temps était-elle ici ? Elle était sans doute partie après moi, ou le même jour. Pas avant. Sa professeure semblait soucieuse. Elle non plus ne parlait pas. Elle aussi possédait des cals. Et avait également des antennes de papillon. En fait, je vis que chaque personne assise à cette table, mises à part Céleste et moi, était difforme. Des cals noirs et quelque chose d’autre sur la tête. Soucieux. Mystérieux. Captivants. Ils avaient souffert.
Le repas fut servi. Des plats venant de toute la planète. Je dédaignai ceux de ma ville natale et pris les mets les plus étranges. Céleste eut le même réflexe. Elle était partie le même jour que moi. Je réalisai que le Hors-Temps perdait de son effet au bout d’une certaine période. La faim revenait. Bientôt le temps aurait encore plus d’effet sur moi, comme avant que je devienne une élève du Clan. Mais ça n’avait aucune importance. C’était même plutôt rassurant, même si notre ancienne vie ne devait plus avoir d’impact sur cette nouvelle chance.
-Pourquoi as-tu voulu entrer ici, me demanda soudain Céleste.
-Sans doute pour les mêmes raisons que toi. La voie de ma famille ne me convenait pas, répondis-je en souriant.
-Je crois que tu auras remarqué qu’il y a une partie obscure dans le Clan. Une partie qui n’existait pas avant, insinua-t-elle.
-Oui. Je tiens à découvrir ce que c’est. C’est à cause de cela que le Hors-Temps est détraqué, je suppose.
A notre table, le silence ce fit. Céleste et moi ne comprenions pas. Qu’avions-nous dit ?
-La partie obscure…Est récente. Et horrible. Personne ne doit vous entendre en parler. Vous l’ignoriez, ça n’aura donc aucun effet pour cette fois mais n’en parlez plus jamais ouvertement. Toujours à mots voilés. Avec un code. La part d’obscurité risque de détruire notre important équilibre. C’est un sujet tabou, dit Shinji de sa véritable voix.
Je le crus immédiatement. Il courait apparemment de grands risques pour nous avoir avertis. Les trois autres professeurs frissonnèrent. Comprendrions-nous un jour la signification de tout cela ? Je l’espérais. Je détestais ignorer quelque chose que savent les autres. Et j’avais l’impression que beaucoup de mystères m’échappaient encore. Ces quelques phrases de Shinji formeraient la base de ma réflexion. Il y avait un sens caché que je n’avais pas encore réussi à décrypter. Mais j’aurais tout le temps qu’il me faudrait durant la nuit. Je n’étais pas pressée.
Après le repas, je retournai dans la salle d’entrainement puis je me rappelai que je devais dormir désormais. Je ressentais le temps de plus en plus, sentiment autrefois si familier désormais étrange. Comme un poids sur les épaules. Une deuxième porte apparut. Je la franchis et découvrit un dortoir aussi grand que la cantine. Je tombai sur le lit devant lequel figurait mon nom et commençai à réfléchir. Je pensais à Shinji et aux autres membres avec lesquels nous nous étions assis. Les seuls à être aussi étrange, et à avoir de telles déformations. Je ne trouvai pas de réponse à la question « Pourquoi ? ». Je savais au fond de moi que la fameuse partie obscure du Clan y était pour quelque chose. Si seul Shinji avait présenté ces malformations, j’aurais pu trouver cela normal. Mais celles des quatre autres y étaient étrangement semblables. Les cals. Les ajouts horribles sur la tête. Trop de ressemblance pour que ce soit un simple hasard. Ce n’était pas une coïncidence. Ils semblaient tous murés dans un profond silence. Avaient-ils peur ? Si oui, de quoi ? Toutes ces questions se bousculaient dans ma tête et pourtant une petite voix au fond de moi se réjouissait en disant : « Tu as réussi à faire parler Shinji. Si tu continues comme ça peut-être te révélera-t-il quelque chose d’intéressant ? »
C’est sur ces pensées que je sombrai dans un profond sommeil, fait de rêves où se mêlaient désespoir et bonheur. Le matin, je me levai reposée et plus apte à poser des questions, mais mon maître ne semblait pas vouloir y répondre. Déçue, je repris l’entrainement avec un peu moins d’enthousiasme qu’habituellement. Mon mentor m’observa avec une drôle d’expression. Satisfaction. Presque jubilation. J’ignorais beaucoup de choses alors et je ne compris pas. Encore une fois. Et cela m’agaça au plus haut point. Je m’écriai :
-Mais enfin, que se passe-t-il ici ? D’abord on me parle d’un Hors-Temps, finalement il est détraqué. Le Clan a été infiltré ou je ne sais quoi et la… le tabou est un sujet interdit alors que si on veut s’en débarrasser, le mieux est d’en parler, non ? C’est ça qui vous a rendu comme ça, ainsi que la professeure de Céleste ?
Shinji ferma les yeux. Il luttait apparemment pour essayer de faire un choix. Je me rendis compte que je l’avais peut-être blessé en parlant de sa physionomie. Je m’en voulu. Lui seul était capable de me guider pour que je finisse mon apprentissage. Il me fallait être sympathique avec lui.
-Nous évoquerons ces sujets demain. Dès que possible. Tu as droit à des réponses, il est vrai.
Tandis qu’il parlait, je reconnus sa voix mais elle était teintée d’anxiété. Sans doute le problème était tel que quiconque en parlait, même indirectement, risquait encore plus que je ne l’imaginais. Je commençais moi-même à ressentir l’angoisse qui n’étreignait qu’une minorité des membres du Clan mais qui semblait réellement fondée. Je me doutais que j’avais découvert beaucoup plus que ce qu’une simple apprentie était censée savoir.
La journée se passa comme la précédente. Je me sentais seulement plus fatiguée que la veille. Une fois allongée sur mon lit, je tentai de réfléchir mais n’y parvint pas. Toutes mes pensées se bousculaient et je ne pus que les écarter en songeant aux explications que j’aurais bientôt. Je me réveillai au beau milieu de la nuit et ne parvint pas à me rendormir. Je décidai de marcher un peu pour me calmer. Errant au hasard des nombreuses salles, j’eus la surprise de tomber sur Shinji. Il se tenait immobile et paraissait très concentré. Il me tournait le dos et masquait un objet de grande taille que je ne pouvais pas voir. Je m’approchai et vit avec surprise que l’objet en question était un miroir, dans lequel se reflétaient… Un jeune garçon accompagné d’une jeune fille, qui semblaient avoir une douzaine d’années. J’observai les alentours pour essayer de voir les personnes apparaissant dans ce miroir mais ne les aperçus pas. Je mis un peu de temps à comprendre que Shinji parlait à quelqu’un. Il conversait avec les enfants du miroir !
Non. Il ne parlait pas avec eux. Il parlait avec la fille. Pas avec le garçon. Il était le garçon. C’était réel mais impossible ! Shinji possédait des déformations physiques, tandis que son reflet ne pouvait être plus parfait. Des boucles dorées encadraient un visage aux traits fins, et la seule cicatrice visible se trouvait dans ses yeux. Les yeux du Shinji que je connaissais. Sans eux, je n’aurais jamais pu comprendre ce qui venait de m’être montré. La fille devait alors être…La professeure de Céleste !
C’est alors que je remarquai une inscription dans l’ancienne langue de notre monde. Ma formation de Chasseuse d’Ixies me servirait donc à quelque chose, en fin de compte. Je décryptai les mots suivants : « Toi qui cherches à comprendre les lois qui régissent ce monde, toi qui as déjà souffert pour ce but, poursuis ta destinée et puise la force et le courage nécessaires à ta tâche dans le miroir de la vérité. Ce qui est possible avec ce miroir le sera également plus tard et toujours si tu n’échoues pas. Va au plus profond de tes certitudes et de tes doutes, et affronte-les. »
Des paroles sibyllines. Leur sens ne m’échappait pas mais je n’y prêtai pas attention. J’avais compris une chose qui me semblait plus importante que tout le reste. Shinji et les trois autres membres avaient essayé de faire ce qui était désormais interdit par les nouvelles lois du Clan… Et ils avaient payé pour cela. Mais en quoi consistaient ces actes ? Qui les régissait ? Je n’eus pas le  loisir de chercher une réponse à ces questions. Shinji s’aperçut soudain de ma présence. Il parut inquiet durant un instant puis me reconnut. Il eut un imperceptible soupir et parut se rasséréner. Il se tourna une dernière fois vers le miroir, et ajouta précipitamment quelques mots. Après ce qui me sembla une éternité, Shinji se tut et se plaça face à moi.
-Je vois que tu as découvert notre terrible secret. En partie. Je doute cependant que tu tardes à convaincre les choses de t’en livrer l’intégralité. Je préfère donc que tu l’apprennes maintenant, par moi, plutôt que par les événements qui ne manqueront plus de surgir, désormais, et d’une manière déformée.
Je croyais rêver. Je n’étais pas une apprentie depuis très longtemps, et pourtant le plus grand mystère du Clan allait se révéler à moi ! Sans doute aurais-je été moins impatiente si j’avais connu l’envergure de ce qui se déroulait ici. Mais dans ce cas, je n’aurais rien cherché à savoir. Shinji reprit la parole.
-Je ne sais pas grand-chose sur les buts réels de l’individu qui nous opprime tous, mais je n’ignore pas qu’il prône la destruction pour y parvenir. Je ne pense pas qu’il désire véritablement le chaos mais il l’utilisera sans doute pour réaliser ses desseins. Pour le moment peu sont les personnes à en avoir conscience. Mais tu as compris cela. Pour le moment rien de grave n’est arrivé en apparence, mais ça ne saurait tarder. Cette plaie dans nos vies se fait appeler Aku. Un de ses objectifs vise à faire de nous des êtres vides. Des êtres vides de toute émotion, de ce qui fait que nous existons. Depuis des générations nous nous battons pour une existence libre de mal et en se donnant ce nom, Aku matérialise notre pire crainte et nous empêche d’agir contre lui. Aku…Le mal incarné. Nos capacités ne peuvent fonctionner face à lui car sa menace est pire que tout autre. Un moment nous avons cru pouvoir éradiquer la source de ce mal mais nous avons appris à nos dépends qu’Aku n’était pas le mal. Il l’incarnait et l’utilisait pour assouvir sa soif de pouvoir. Aku était un être humain. Nous ne pouvons lutter que contre ce qui régit notre ennemi. Pour nous, il est invincible. C’est donc avec la plus grande horreur que son ancienne identité nous a été dévoilée. Aku était un humain mais surtout un Shuuitsu. Un membre du Clan qui a prouvé sa valeur et s’est vu offrir nos techniques les meilleures, les plus secrètes et les plus dangereuses. Rares sont ceux qui parviennent à ce stade et il faut pour cela faire preuve d’un grand dévouement envers notre monde, l’équilibre qui nous maintient en vie et la vie en elle-même.
Shinji s’arrêta un instant. Je profitai de ce calme pour récapituler ce que je venais d’apprendre. Pourquoi donc cet Aku ne pouvait-il pas être vaincu ? Shinji avait dit de lui qu’il « était un humain mais surtout un Shuuitsu ». Sa nature avait donc changé. Il devait désormais être le mal, s’il était trop corrompu et avait perdu son statut d’être humain. Il connaissait toutes leur meilleures techniques mais n’était-il pas possible de les utiliser autrement ? N’y avait-il pas moyens de fouiller son passé et d’apprendre à mieux le connaitre, de découvrir une partie de l’entrainement qu’il aurait négligée ? Chaque tyran a une faiblesse. Une lacune dans les connaissances, une vieille douleur qui peut revenir à la surface n’importe quand… Si beaucoup de mes questions avaient trouvé une réponse, de nombreuses autres étaient apparues suite aux révélations de mon mentor, dont une essentielle : comment lui était-il possible de me parler de tout cela ? Peut-être lut-il ces questions dans mes yeux, mais lorsqu’il reprit la parole, il me donna toutes les explications qu’il était en mesure de me donner.
-Tu te demandes certainement pourquoi nous ne sommes toujours pas capables de le vaincre, alors qu’il n’est plus vraiment humain. C’est parce qu’il connait toutes nos attaques, même les plus secrètes. Ce n’est cependant pas le véritable problème. A un moment, nous avons cru tenir la clé de la victoire. Nous pensions pouvoir explorer librement son passé, découvrir une faille dans ses plans… C’est en pénétrant dans son histoire que nous avons été condamnés. Kurai, Oumyou, Seiyuu et moi avons dû admettre qu’Aku contrôlait désormais le Clan. Ensuite, nous avons été transformés en ces êtres difformes et immondes que tu connais.
Une larme naquit au coin de son œil, mais Shinji lui dénia le droit d’exister. Sa voix tremblait cependant un peu lorsqu’il reprit :
-Jamais je n’aurais imaginé un jour ressentir une telle souffrance. C’est comme si ton être entier se déchirait, comme si des griffes lacéraient ton corps physique et faisaient de même sur ton esprit, tant la douleur est forte. J’ai espéré mourir. J’ai survécu. Alors que ma conscience me hurlait de me retirer au fond de moi pour ne plus jamais rien endurer de tel, ma volonté de dominer un jour Aku a pris le dessus. Je me suis relevé, j’ai emmené mes amis avec moi et je me suis occupé d’eux. Je n’étais pas le plus résistant d’entre nous mais j’ai été le plus fort à ce moment-là, et c’est tout ce qui compte. Je nous ai cachés dans un endroit reculé de la base du Clan, et, tous ensembles, nous avons guéri. Dès que nous avons retrouvé l’usage de la parole, nous avons échafaudé des plans. Nous avons commencé à retrouver nos capacités physiques et les entrainements ont repris. Malheureusement, nos membres étaient devenus raides à cause d’Aku. Nous ne pouvions plus bouger comme avant. Seiyuu a donc trouvé une autre méthode d’approche. Elle a découvert que des personnes spécifiques pourraient vaincre Aku. Des anciens écrits relataient que le Mal ne pouvait être défait que par des êtres d’exception, malheureusement peu nombreux. Nous avons espionné le monde extérieur en quête de ces individus si spéciaux qui pourraient nous sauver. Nous savons que chaque histoire s’est déjà produite, à quelques détails près, dans un passé incertain. Les conditions sont seulement rarement les mêmes et les régisseurs de ces actes peuvent avoir lu les légendes racontant comment leurs prédécesseurs ont échoué. Ils peuvent alors tout mettre en œuvre pour empêcher les écrits de se réaliser. Aku a une faiblesse et c’est pour cela qu’il a protégé les limbes de sa mémoire. C’est mû par cette certitude que nous continuions à chercher. Mais la chance ne semblait pas de notre côté. Bon nombre des personnes que trouvions suivaient déjà une voie et n’aurait jamais accepté de nous rejoindre. Elles n’auraient pas compris qu’Aku menaçait leur petit monde également. Mais nous ne nous découragions pas. Nous nous rappelions ce qu’il nous avait fait alors que nous étions encore si jeunes. C’était il y a tout juste un an et pourtant tant de choses se sont passées depuis. Il nous a détruit tous les quatre. Nous n’avions que onze ans…
Sa voix se brisa et la larme jusque-là refoulée se libéra. Ce n’est qu’à ce moment que je ressentis tout ce que Shinji avait enduré et, alors que j’attendais qu’une haine pure et destructrice s’immisce en moi envers Aku, j’eus la surprise d’éprouver deux sentiments totalement opposés à l’aversion prévue, et légèrement incongrus. Simplement de l’indifférence mêlée de pitié. Je compris immédiatement la pitié, bien qu’étonnée. Comment pouvait-on s’enfoncer dans le mal au point d’en perdre son humanité, d’en perdre sa vie ? Je l’ignorais. Quand à la froideur, je ne pouvais le haïr puisque lui-même n’était que rancœur et animosité pour tous. Je cessai de réfléchir pour me concentrer sur Shinji dès j’aperçus dans son regard une étincelle triomphante.
-Mais j’ai arrêté de ressasser tout cela. Y repenser n’aurait pu que m’insuffler de la haine à son égard. Et la haine ne doit pas être. Elle est factice et derrière cette aversion aurait pu se cacher de l’admiration pour la froideur de ces actes. Ou alors elle m’aurait aveuglé et j’aurais échoué dans mes recherches. Je me fiche de ce qu’il adviendra de lui. Ce n’est pas la vengeance qui guide mes pas, mais la volonté de continuer sur ma voie. Avancer et en empêcher la destruction. Je désire simplement que le Clan redevienne libre car sans la liberté qui nous éclaire nous nous trouvons devant une impasse.
Mon mentor se tut un instant. Il s’imaginait peut-être que je ne comprenais pas la gravité de la situation et cherchait une autre manière de me l’expliquer. Si c’était le cas, il se trompait. J’avais commencé à deviner le jour de mon arrivée. Inconsciemment. Sûrement. Ce savoir était éternel. Shinji se rasséréna. Compréhension.
-Les semaines passaient et nous n’avions trouvé personne. Nous commencions à désespérer de jamais dénicher une personne libre de ses choix. C’est à ce moment précis que sont arrivées deux des personnes que nous recherchions. Des personnes qui suivaient déjà une propre voie venaient de leur propre chef, abandonnaient leur ancienne voie et se tournaient vers la notre ! C’était assez incroyable…Mais Céleste et toi êtes arrivées au bon moment. Seiyuu et moi étions à peu près remis, et, si nous avons dû beaucoup insister, nous avons obtenu de vous former. Rien n’était plus important à nos yeux. Nous pouvons éradiquer une partie du mal, grâce à vous. Seiyuu, la professeure de Céleste, vient de me communiquer les dernières informations qu’elle a reçues.
Shinji ferma les yeux. Il éprouvait un doute atroce, je ne le ressentais que trop bien. D’un mouvement de la tête, je l’incitai à continuer son récit. Je voulais savoir ce qui le faisait hésiter.
-Seiyuu a découvert comment vous deviez venir à bout d’Aku. Vous devrez réussir là où nous avons échoué. Pénétrer dans les limbes de la mémoire d’Aku. Vous seules pouvez en ressortir en pleine possession de vos moyens physiques et psychiques. Il vous faudra être en parfait harmonie. Nous avons beaucoup de chance que vous vous entendiez bien.
Je fermai les yeux à mon tour. Lors du temps d’hésitation de Shinji, j’en avais deviné la nature. Ce qui ne rendait pas ces révélations plus supportables. Mon mentor avait été déchiré, détruit lorsqu’il était entré dans cette zone. Je pris alors conscience d’un fait mineur, sans moindre importance mais qui allait pourtant fortement influencer ma décision. Shinji avait dit « nous n’avions que onze ans ». Il avait affronté cette horreur à onze ans à peine et avait pourtant survécut. Il avait affronté cette épreuve volontairement, sans personne d’autre pour le pousser. Quant à moi, j’étais sûre de réussir et j’étais plus âgée que lui à ce moment-là. J’affirmai d’une voix forte et assurée :
-Je comprends l’importance de tout mettre en œuvre pour cette cause. Je ne crains pas la douleur car je me battrai pour la liberté. La souffrance que je braverai ne m’atteindra pas car c’est pour le but que je me suis fixé et que c’est mon choix d’aller au devant de cette épreuve.
Je croyais en ces mots et, si je savais que la douleur serait atroce, je savais également que je pourrais la surmonter car j’avais choisi.
Shinji reprit la parole :
-Je n’en attendais pas moins de toi. Ton amie a également accepté. Vous entrerez dans sa mémoire ce soir, car il est absent. J’ignore où il est partis et ça m’est égal, mais c’est le moment idéal pour agir. Vous saurez quoi faire une fois à l’intérieur. Même si Aku ne surveille pas lui-même cette zone, il y a certainement placé des gardes.
J’acquiesçai. Cette situation m’arrangeait car je ne voulais pas avoir à ressasser ce qui allait se passer une fois dans la mémoire d’Aku.
-Nous rejoindrons Céleste et Seiyuu là-bas.
Sa voix tremblait un peu. Le souvenir de ce qui s’était passé en cet endroit devait encore être cuisant pour Shinji.
Nous nous mîmes en route. Je ne fis pas attention au chemin emprunté, me concentrant à juguler mon appréhension et à marcher silencieusement. Céleste arrivait elle aussi, accompagnée de Seiyuu. La porte de notre cauchemar se tenait devant nous, sans aucun signe distinctif. Je jetai un dernier regard en arrière avant d’entrer dans la salle. Shinji et Seiyuu semblaient inquiets, encore plus que Céleste et moi-même. Puis j’oubliai tout pour me concentrer sur ma tâche. Dès le premier pas que je fis à l’intérieur de la salle, le noir m’assaillit. Un noir si intense et si parfait qu’il déniait à la lumière le droit d’exister. Un noir total, un noir si complet qu’on aurait pu le croire créé de toutes pièces, un noir impénétrable. Non. Il ne fallait pas le croire de toutes pièces. Il avait été créé de toutes pièces ! Mon cœur s’emballa. Comment se repérer dans un tel endroit, comment savoir où et quoi chercher ? Au moment même où je me posai la question, je cessai d’y penser. Douleur atroce. Réfléchir demander trop d’efforts. Concentrer mes forces à contenir le déchirement de mon corps. Souffrance qui sort par tous les interstices possibles, puis qui revient. Lancinante. Non. Les griffes qui lacèrent mon corps font de même sur mon esprit. Je sombrai dans un profond retirement avec la douce litanie qui m’accompagnait. Ne plus exister. Se fondre en la cuisante kyrielle. Devenue insupportable. Un sursaut soulève la carcasse qui m’appartenait. M’a déserté. Se raccrocher à l’ultime parcelle de vie qui s’enfuit par les gouffres de mon âme. Pourquoi était-elle incomplète, mon âme ? Question inutile. Stupide. Penser si difficile. Je connaissais la réponse. Depuis longtemps. Epreuve trop douloureuse. Si j’avais su…
La vérité s’imposa à moi. Merveilleuse. Eblouissante. Ça n’aurait rien changé. J’aurais voulu le faire pour ma liberté et celle de tous les autres.
J’avais choisi.
J’aurais voulus crier, hurler, que j’avais compris. Je sais que c’est désormais inutile. Privée de mon énergie, je ne réussis qu’à regagner mon corps. Que je refis mien. Retrouvai mais ne maitrisai plus. Aucune importance. Amplement suffisant. Un large sourire de triomphe éclaira mon visage crispé par la douleur. Etendue par terre, mon sourire se fit savoir. Se fit promesse.
Je sus.
Je m’écroulai mais ne touchai pas le sol avec brutalité. Je ne touchai pas le sol. Céleste, l’air hagard, m’avait rattrapée. Elle bougeait mais ne pensait plus à ses actes. Je ne bougeais plus mais réfléchissais désormais. Je rassemblai mon énergie et ma volonté pour dire à Céleste :
-Je sais.
Ces deux mots provoquèrent une grande agitation. L’obscurité n’était plus complète. Je compris ce qui avait provoqué cet énervement. La mort survenait presque toujours lorsque l’on pénétrait sans autorisation dans cette pièce. Céleste, en plus d’avoir survécu, s’était levée. C’était la deuxième fois depuis les débuts de cette salle. Mais moi, j’avais parlé. Ça ne s’était jamais produit auparavant. Il ne fallait pas que je me fasse avoir par les gardes. Céleste, bien que sonnée, sembla se souvenir qu’elle devait partir. Elle me transporta jusqu’à l’entrée de la salle et s’appuya contre la porte qui bascula.
Pendant quelques secondes, ce fut le noir. Puis ma conscience ressurgit et je jetai un œil à Céleste. Elle se relevait et semblait aller bien. Shinji et Seiyuu étaient accourus et tentaient d’empêcher les gardes de sortir de la pièce. Ils concentraient leur puissance pour empêcher la porte de s’ouvrir. C’est à ce moment-là que je compris ce que mon mentor avait voulu dire par « nous ne pouvions plus bouger comme avant ». Leur puissance colossale, à Seiyuu et à lui, semblait être contenue par une sorte de verrou intérieur. Un verrou qui interdisait tout espoir de guérison. Ils arrivaient néanmoins à contenir l’explosion de l’ouverture. Je me sentais déjà mieux et décidai de les aider. Sans avoir jamais essayé d’utiliser mes dons, je puisai dans ma volonté ce savoir et une aura invisible se propulsa vers l’explosion. Qui s’arrêta. Ne pouvait plus exister. L’aura agissait comme une onde de vide et aspirait tout sur son passage. L’ayant remarquée, Shinji et Seiyuu s’étaient promptement écartés, échappant ainsi à l’oubli définitif. Les hommes à l’intérieur poussèrent un cri plaintif, s’enfuirent…Déjà il était trop tard. Je vis l’onde entrer dans les limbes comme un soupir, bloquer le passage, attirer à elle la vie et, enfin, la faire disparaitre. Cette vision ne m’effraya pas. Les hommes responsables de ma douleur n’étaient pas morts. Ils avaient cessé. Tout simplement cessé. Ils ne feraient plus de mal à personne désormais.
Après cet épisode, je ne pus rien dire durant plusieurs jours, ce qui fut également le cas de Céleste. Nos professeurs ne semblaient pas s’attendre à autre chose et nous laissèrent essayer de mettre en place tout ce que nous avions appris. En réalité cela se résumait à peu de choses, nous ignorions ce que nous avions compris. Mais nous savions que les clés qui vaincraient Aku se trouvaient ancrées en nous et en notre mémoire. A jamais.
Lorsque nous fûmes prêtes à affronter le mal, je me demandai soudain si Céleste et moi l’étions vraiment. Si la certitude du savoir brûlait en nous,  je ne pouvais pas pour autant m’empêcher d’être inquiète. Aku avait déjà fait tant de mal… Je me ressaisi rapidement. Cette raison n’était-elle pas suffisante ? Tous ces actes méprisables, ces horreurs sans nom… Je me doutai aussi de trouver des réponses auprès de mon adversaire. A quelles questions, je n’en avais aucune idée, mais je me sentis presque impatiente. Détermination.
Comme pour celle des limbes de la mémoire d’Aku, la porte qui menait à son…bureau, faute de meilleur terme, paraissait anodine. Le meilleur moyen d’être invisible, c’est d’être visible. Loi étonnante dont mes anciens professeurs avaient payé les frais. Je cessai de ressasser mes souvenirs et me concentrai sur la porte devant moi. Elle explosa soudainement, laissant place à une myriade de couleurs éclatantes qui semblaient sorties de nulle part. Alors seulement, Aku apparut. Malgré que plus rien d’humain n’existât en lui, son apparence était sûrement restée la même. Au lieu de nous attaquer comme nous aurions pu le prévoir, il s’assit nonchalamment sur un fauteuil et tourna la tête vers nous. Je frissonnai, et Céleste me parut avoir la même réaction. Son regard était plus effrayant encore que celui de Shinji, car il n’y avait pas des milliers d’expressions différentes s’y pressant mais rien au contraire. Différent et à la fois si proche. Un regard vide, de vie et totalement dépourvu d’humanité.
-Je vois que vous êtes parvenues à pénétrer dans ma mémoire. Je vous félicite de cet exploit, mais…Votre entreprise touche malheureusement à sa fin.
Céleste rassembla son courage et intervint :
-Nous savons tout de ce que tu es, c’est ton ère de malheur et de terreur qui va prendre fin, et maintenant.
Un sourire mauvais naquit sur les lèvres d’Aku.
-Ne te mêle pas de ça, petite Chasseuse d’Ixies. Ta présence est futile et inutile.
Mon amie ouvrit la bouche pour protester, mais je l’interrompis d’un geste impérieux de la main :
-ça se passe entre lui et moi.
Je ne m’occupai pas de sa mine surprise, et je regardai Aku avec méfiance. Je venais de saisir qu’aucun moyen de vaincre Aku, aucune information sur son passé ne nous avait été communiquée durant notre passage dans cette étrange salle sombre. Aucune information mais un procédé pour en obtenir. Je savais quoi dire, quelles questions poser. Enfin je repris la parole :
-Pourquoi me hais-tu ?
Il ricana.
-Pourquoi ? Serais-tu si étriquée que…
Ne comprenant pas ce silence soudain, je ne pus me retenir :
-Que quoi ? Réponds-moi immédiatement ou tu auras  du souci à te faire. Je te fais remarquer que nous sommes deux.
Mon interlocuteur ferma les yeux un instant avant de reprendre contenance :
-Tu ne me semblais pas aveugle, et pourtant….Elle t’a fait oublier, j’imagine. Si tu es disposée à m’écouter, je veux bien tout te raconter. Absolument tout. Depuis le début.
Trop curieuse pour refuser, j’hochai la tête avec une certaine méfiance que je ne pus dissimuler. Aku ne parut cependant pas s’en formaliser.
-Voici l’histoire que je t’ai proposée. Mon histoire. Enfant, je faisais partie d’une famille qui donnait depuis 3000 ans les meilleurs membres des…Peu importe. Ce n’est pas important. Ma mère apparaissait aux yeux de sa famille comme la meilleure élève, la plus prometteuse. Ses descendants ne pouvaient donc qu’être exemplaires, et posséder des aptitudes formidables. Quand j’ai atteint l’âge de neuf ans, ma mère m’a dit qu’un jour, elle disparaitrait. Et que ce jour, il faudrait que je puisse la remplacer. J’ai donc étudié, comme elle le désirait. Je voulais qu’elle soit fière de moi. Mais je n’y arrivais pas. Quoi que je fasse, je ne retenais rien, ne parvenais pas à mettre en pratique ce que les autres réussissaient avec aisance...Chaque jour, ma mère s’inquiétait, se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir faire. Et puis, au bout de quelques mois, elle a arrêté de s’alarmer. Elle ne s’est plus intéressée à moi, ne me jetait même plus un regard. Je me suis senti abandonné et je l’ai haï comme je n’ai jamais haï personne. Cette haine a été multipliée par deux quand j’ai compris la raison de cet abandon. Cet être qui venait bouleverser ma vie et me volait le statut de fils…Je ne voulais pas le pardonner. Je ne désirais plus qu’une chose : ne plus jamais revoir ces deux personnes. Je suis devenu membre du Clan. J’ai brillamment réussi toutes les épreuves et ma notoriété n’a plus été à faire au bout d’un temps très court. Combien exactement, je l’ignore, car le Hors-Temps m’empêchait de le compter. Quand j’ai fini par recevoir le titre de Shuuitsu et toutes les techniques qui en sont le lot, j’ai réfléchis. Méritais-je cet honneur, moi qui détestait un petit être innocent juste par qu’il existait ?
Il s’interrompit un instant, et j’eus la surprise de voir passer comme une ombre sur son visage.
-La réponse, je l’ai obtenue il y a peu. Non, je n’en étais pas digne. Cette petite fille, ma petite sœur, ne voulait pas me faire de mal. La faute ne lui revenait pas, à elle, si jeune…Je me suis rendu compte qu’en la détestant, j’avais perdu tout ce que je possédais, une part de mon humanité même. J’étais terrifié à cette idée. Alors j’ai commencé à me forger cette identité sous laquelle tu me connais. Je n’avais pas le choix pour me faire pardonner. Je sais que c’est difficile à croire, mais je ne dis que la vérité.
A ce moment-là, ses yeux perdirent entièrement cette terrible inhumanité et je pus en voir la couleur. Ils ne semblaient pas spéciaux ou étonnants, juste…Bleus. Un bleu dans lequel on aurait pu se noyer. Ce n’est qu’à ce moment que je saisis la remarque que l’on me servait souvent sur les miens : « Ils ressemblent à un océan qui ne posséderait pas de fond et qui serait sans arrêt bercé par une brise légère ».
Remarque que même mes camarades les moins vifs me faisaient, sans avoir entendu les autres me la donner précédemment. Je n’avais jamais compris cette sensation, cette phrase qui restait semblable pour tous. Incompréhensible. Dont le sens m’était désormais acquis.
La porte explosa de nouveau. Shinji et Seiyuu se trouvaient à présent dans la pièce mais Aku ne sembla pas s’apercevoir de leur présence. Il poursuivit son troublant récit :
-J’ignorais comment parvenir à mes fins. Je ne voyais aucune issue à ma stupidité. Un soir, quelqu’un est venu à ma rencontre. Il possédait le moyen de réaliser tous mes souhaits. Je ne remarquai rien d’autre que celui qui accomplirait mes désirs. Je ne vis pas qu’il me manipulait pour obtenir  une plus grande puissance. Je l’ai écouté jusqu'à bout, il m’a entraîné dans ses plans affreux et a profité de mon aveuglement pour m’empêcher de m’enfuir. J’ai agi pour le contrer dès que je l’ai pu mais je ne pouvais annuler tous mes décrets car il m’avait piégé. J’ai donc choisi de jouer mon rôle jusqu’à la fin. Mon but final aurait lieu sans mon concours. Je supportais mal l’idée des actes méprisables que j’avais commis sous la coupe de celui qui prétendait être mon ami mais je n’ai rien fait pour les arrêter. Je n’aurais pas réussi mais je ne pardonne pas d’être resté passif. J’ai été faible, obnubilé par ma quête. Lâche. Je ne sais comment…
-Tais-toi !
La voix de Shinji avait claqué, dure et sèche. Un air de surprise triste qui ne pouvait être feint se lisait désormais sur le visage d’Aku. Ses paroles n’en laissèrent cependant rien transparaître. Il abaissa doucement la tête en signe d’excuse :
-Ce qui t’est arrivé fait partie des horribles erreurs que j’ai commises lorsque j’écoutais…Tu connais son identité. Nous le connaissions tous les deux, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, il ne sera pas dit que je ne tenterai pas l’impossible pour essayer de réparer mes actes. Je ne peux malheureusement rien faire pour le moment. Il faudra t’armer de patience. Je suis désolé. Je ne désirais pour rien au monde t’imposer une telle souffrance. Je t’ai toujours beaucoup admiré, Shinji, et j’ai préféré ressentir moi aussi ta douleur pour la rendre moins forte. Je ne voulais pas que tu disparaisses. Je savais que tu serais assez fort pour sauver tes amis avec toi. Je connais ta loyauté. Tu peux choisir de me croire, ou non. Je te demande simplement de voir si mon récit est cohérent et correspond à tes souvenirs. Si c’est le cas, tu auras ta réponse, je pense.
Shinji avait du mal à se contenir, je le savais. Qui avait manipulé Aku à ce point, et que mon mentor connaissait ?
-Qu’insinues-tu par là ?
Aku le regarda dans les yeux et martela :
-Que tu m’as connu lorsque je suis devenu un Shuuitsu et que cette personne te surveillait toujours de très près.
Shinji eut un mouvement de recul.
-Tu mens. Je ne crois tes paroles, elles ne peuvent être vraie, c’est impossible…
-Je t’ai déjà dit que le choix de me croire ou non t’appartient. Si tu le permets, j’aimerais finir de raconter mon histoire à Aurore.
Shinji me consulta du regard et j’hochai de nouveau la tête pour donner mon accord. Aku reprit :
-Même si je n’avais jamais vu ma sœur depuis ma fuite, je tenais à la rencontrer. Je voulais être pour elle ce que doit être un frère aîné. Sans lui avoir jamais parlé, je ressentais une profonde affection pour elle. Je craignais que ma mère ne l’abandonne, elle aussi. Ce qui arriverait si elle ne possédait pas le don. Ma crainte ne s’est pas réalisée. Ma mère a disparu avant. Malgré toutes les données auxquelles j’avais accès, je n’ai pas pu savoir ce qu’il lui était arrivé. Je ne sais même pas ce qui se cache vraiment derrière le verbe « disparaitre ». Je suis juste certain que ce n’est pas la mort. C’est bien pire.
Il s’interrompit un instant, et parut pensif. Pour ma part, je ne parvenais pas à me faire une opinion définitive. Il avait semblé sincère lorsqu’il avait dit qu’il regrettait ses actes, mais j’attendais de connaitre l’identité du manipulateur. Ce nom m’apparaissait comme une clé qu’il m’appartenait de saisir. Si Shinji l’avait déjà rencontré, il aurait forcément une réaction. Déclenchée par ses doutes, dirigée par la certitude des affirmations d’Aku. Ce dernier suspendit mes réflexions en poursuivant :
-Vous penserez certainement que toutes ces mesures étaient disproportionnées, et vous avez raison. J’ai seulement découvert des écrits relatant qu’un tyran avait un jour échoué dans sa quête de puissance. J’ai décidé de me servir de cette histoire pour faire en sorte que chacun croie que je récidivais. J’ai protégé la salle des limbes, qui a malheureusement fait plusieurs victimes. Ma sœur serait sûrement considérée comme une des personnes  pouvant défaire le tyran, et je mettrais tout en œuvre pour qu’elle réussisse. Dès qu’elle me rejoindrait ici, je n’aurais plus eu alors qu’à la cueillir. Mon plan semblait n’avoir aucune faille, mais c’était compter sans lui. Il a su, j’ignore comment, ce que préparais. Il a posté des gardes dans les limbes et les a chargés de se débarrasser de quiconque survivait. Lorsque Shinji, Seiyuu et leurs compagnons sont entrés et que je les ai reconnus, j’ai trouvé un moyen d’atténuer la douleur de l’un d’entre eux. Je devais en ressentir une grande partie mais je n’ai pas hésité. Je ne pouvais pas me permettre de les perdre. Je voulais qu’ils ignorent mes véritables intentions mais ils devaient survivre. J’avais besoin de leur bravoure et de leur force pour la suite. Tout ne s’est pas passé comme je l’avais prévu, car cette technique n’a pas fonctionné correctement. Mais j’ai tout de même obtenu ma victoire, grâce à Shinji. J’étais soulagé mais j’ai commencé à penser que tout cela n’avait aucun sens. Mais à ce moment-là, j’ai reçu des nouvelles de ma sœur. Elle suivait les mêmes études que celles que j’avais abandonnées et cette voie ne lui correspondait pas non plus.
Je lui coupais la parole :
-Avant que tu continues, j’aimerais que tu nous donnes le nom de la personne qui t’aurait poussé à faire tout cela.
-Je vois que ta confiance ne m’est pas encore acquise. Je demanderai simplement l’approbation de Shinji pour dévoiler ce nom car il risquerait de blesser vos compagnons. Shinji ?
Il réfléchit un instant puis acquiesça. Je commençai pour ma part à croire en Aku, d’autant plus que son récit était cohérent et faisait remonter des souvenirs à la surface, malheureusement trop nombreux pour je puisse les happer au passage. Leur temps viendrait avec la suite.
-Il s’appelle Naoshi. Non, ce n’est pas de celui-ci que je parle, dit-il à l’attention de Seiyuu qui avait sursauté.
Céleste, à côté, ne savait plus où se mettre, n’étant aucunement concernée par les événements. Shinji continua avec un air attristé pour Seiyuu surtout :
-Tu sais comment ce Naoshi que tu connais nous a quittés. Il nous a toujours dit ne pas avoir de frère, mais c’était faux. Et c’est ce dernier qui a pris sa place, alors qu’il n’avait jamais vraiment existé pour les autres. Dans le Clan, il faisait également partie des meilleurs et nous sommes devenus amis. Je préfèrerais ne pas croire ce que dit Aku, ce qui serait logique, mais ses paroles ne peuvent être fausses. Naoshi a lui-même disparu peu avant qu’Aku ne prenne le contrôle du Clan.
-Ce n’est pas moi qui contrôlais le Clan. Naoshi seul tenait les rennes. Je me suis laissé berner si facilement…
Je décidai d’intervenir :
-Où se trouve-t-il maintenant ?
Ce fut Shinji qui me répondit :
-Aku l’ignore. Il ne fait plus parler de lui. Peut-être a-t-il fini comme son frère. Et c’est pour cette raison qu’il a pu nous faire venir aujourd’hui, n’est-ce pas ?
-C’est exact. Mais ça n’a plus d’importance. Shinji, Seiyuu, j’aimerais que vous ameniez ici vos compagnons. Je travaillerais à vous rendre votre apparence. Et vos capacités. C’est le moins que je puisse faire. Je tenterais de réparer le Hors-Temps, mais ça prendra du temps, justement. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez-le moi. Je vais rendre sa liberté au Clan, puisque c’est en mon pouvoir désormais.
Tandis que Shinji approuvait, je compris une chose qui m’étonna beaucoup, car avec elle venait une certitude si forte que je ne pouvais l’ignorer. Mon mentor sortit avec Seiyuu et il ne resta plus dans la salle que Céleste, Aku et moi. Mon amie demanda alors :
-Aku  n’est sûrement pas ton véritable nom. C’est ce  Naoshi qui te l’a proposé, n’est-ce pas ?
-En effet. Mon nom devait concrétiser les craintes des membres les plus vifs. Je vais reprendre le nom qui m’a été offert à la fin de ma formation. Désormais, il faudra m’appeler Konjo.
Ce nom ne me disait rien, sans doute Aku - Konjo – avait été appelé d’une autre manière encore autrefois. Je posai à mon tour une question :
-Tu n’as pas dit en quoi ta famille était la meilleure depuis des générations. C’est une information qui serait intéressante.
-Tu as déjà deviné. Ma mère était une Chasseuse d’Ixies.
Alors, heureuse d’avoir enfin complété mon âme et mes souvenirs, je courus dans les bras de mon frère.
Céleste avait compris en même temps que moi et me sourit. Je savais que Konjo m’avait longtemps détestée, mais c’était pour moi qu’il avait mis en œuvre autant de choses. Je possédais le meilleur frère dont je puisse rêver. Il allait rapidement réparer ses erreurs, et nous partirions ensemble à la recherche d’informations sur notre mère. Konjo lui en voulait mais il désirait tout de même savoir ce qu’il était réellement advenu d’elle. Il devait juste faire une chose très importante : rendre leurs capacités à Seiyuu, Shinji, Kurai et Oumyou afin qu’ils puissent continuer à accomplir leur tâche.
-Le moment est venu pour vous de redevenir comme avant. Ce sera rapide et indolore, rassurez-vous.
Konjo se plaça au centre de la salle d’entrainement, les quatre autres membres du Clan face à lui. Il se concentra et ses mains s’illuminèrent. La lumière se dirigea aussitôt vers le miroir de la vérité déplacé ici pour l’occasion et les inscriptions brillèrent également. Un rayon incandescent en partit et vint tous nous entourer avant de repérer son but et de se focaliser sur Shinji, Seiyuu, Kurai et Oumyou. Je ne parvenais plus à les voir tant la clarté était forte, mais, dès que je pus rouvrir les yeux, je reconnus les enfants que j’avais aperçus dans le miroir. Je me réjouis pour eux, et décidai de demander à Shinji l’autorisation de partir explorer les royaumes Ixies. Il me répondit :
-Tu n’as plus besoin de me demander quoi que ce soit. Ton apprentissage est maintenant terminé. Tu peux suivre ta route et les nôtres, si elles pourront se croiser, resteront désormais toujours séparées. Tu es libre.
J’en eus le souffle coupé. Je ne m’étais pas attendue à cela, pas maintenant. Mais je me repris rapidement et levai les yeux vers ceux de mon ancien mentor pour tenter d’en discerner l’expression. J’y lu de la satisfaction. Reconnaissance.
-J’espère que nos routes se croiseront souvent, Shinji. Je te remercie pour tout ce que tu m’as apporté.
-Je devrais t’offrir ton nouveau nom, mais…Le tien convient à merveille, Aurore. Je te souhaite de continuer à être le soleil de nombreuses vies, m’affirma-t-il.
« C’est moi qui te remercie pour ta compréhension et ta gentillesse envers moi lors de mes jours les plus sombres » dirent ses yeux.
Je souris et quittai le Clan avec mon frère. Nous prîmes la navette pour arriver en frontière des territoires des Ixies. Nous franchîmes prudemment la frontière et nous enfoncèrent dans la forêt. Partout, ce n’était que désolation et immondices. Les Ixies avaient commencé à ronger leur territoire.
Ce fut Konjo qui la trouva.
Une Ixie solitaire, avec un bracelet d’or au poignet, qui nous regarda avec tendresse avant de se reprendre et de nous attaquer. Ne voulant pas lui faire de mal, mon frère et moi battîmes en retraite et regagnèrent le Clan. Jamais nous ne racontâmes à ceux qui avaient perdu des êtres chers lors de la lutte contre les Ixies ce que nous avions découvert. Nous ne cherchâmes pas non plus à changer ce qui était arrivé. Nous savions que nous ne le pourrions pas.
Aujourd’hui, alors que je repense à tout ce qui m’est arrivé, je me sens heureuse d’avoir épargné l’Ixie qui autrefois était ma mère. J’ai conservé toute mon humanité car anéantir la personne qui vous a donné la vie ne me semble pas une bonne chose. Même si de ce fait les armées d’Ixies sont plus nombreuses, Konjo et moi avons fait le bon choix. Et tandis que je raconte mes aventures à Rioka, celle que j’appelais autrefois Céleste, dès que je rentre de mission, je me demande si mon frère se pardonnera un jour lui-même. Je l’espère car maintenant que le Hors-Temps est réparé, nous conservons le même âge qu’à notre arrivée. J’ai souvent revu Shinji, qui m’a guidée à nouveau lorsque je suis devenue une Shuuitsu. J’ai l’impression que l’amitié qui lie maitre à élève est éternelle et immuable. Et un jour, lorsque sa lutte aura fait disparaitre Shinji, je sais que son souvenir vivra pour toujours. En moi. Et c’est à mes yeux le plus beau des présents.


Très long également, mais le tiers du précédent pourtant...
*Ce n'est pas un livre, mais plutôt une nouvelle en fait. Sans doute le moins bon de mes textes...Ou le plus mauvais xD
A vous de voir.


Et enfin, mon petit chouchou^^

Hikari
Longueur : 7 pages A4

Hikari      
Le commencement      
Hikari se hâta vers la sortie. Le professeur avait encore attendu la dernière minute pour leur communiquer le travail pour le cours suivant et elle allait être en retard. Elle n’osait pas imaginer la réaction de ses parents devant cet énième retard. Elle préféra se concentrer sur le devoir, qui promettait d’être fastidieux, à faire pour la semaine à venir. Une rédaction de deux pages avec pour thème « Décrivez une journée merveilleuse et mystérieuse dont vous serez le centre ». Hikari aimait beaucoup Mme Sirile, sa professeure de français. Moins qu’elle la fasse sans arrêt courir pour arriver à l’heure. Et écrire aussi. En temps normal, elle aurait donc protesté « seulement deux pages ? Ça ne tiendra jamais ! ». Et, comme d’ordinaire, personne ne l’aurait écoutée. Ou alors on l’aurait rabrouée : « Tais-toi, ou elle va nous en rajouter, espèce d’intello ! ». En temps normal. Seulement… Intello. L’insulte suprême pour une élève de 5ème. Elle n’aimait pas l’école plus que ses camarades, mais elle avait toujours été la meilleure en classe. Celle que l’on félicitait, celle à qui on pardonnait toutes les petites bévues. Celle dont personne ne voulait, aussi. La rejetée. Il était vrai qu’elle ressemblait vraiment à une première de classe. Ses cheveux auburn coupés au carré, ses lunettes rectangulaires masquant ses yeux doux et céruléens, ainsi que son absence totale de bon goût vestimentaire l’empêchaient de se faire des amis. Pourtant, elle était sans doute la plus jolie des toutes les élèves car, si quelqu’un pensait à un jour la regarder dans les yeux, il se serait perdu dans l’immensité de son regard. Un regard lumineux, plein de promesses et d’avenir. On ne pouvait pas nager dans un tel bleu. Uniquement se noyer.  Hikari regrettait l’école primaire. Là-bas, on jouait, on se battait, on courait, on se fichait de son apparence et elle avait des amis. Dans le collège Bellecombe, bien que l’on se trouvât dans les quartiers riches, personne ne jouait. Le collège transformait les enfants en ce qu’on croyait désormais des copiés-collés des modèles dans les magazines de mode. « Mode ». Ce mot exécrable que toutes les filles adoraient, vénéraient presque. Elles ne juraient plus que par cette abomination. Toutes semblables, mêmes vêtements, mêmes goûts, mêmes expressions, la vie à leurs côtés devenait fade et répétitive. Lassante. Quand à l’ensemble des élèves, eux recevaient tous des cadeaux incroyablement coûteux dès qu’ils les demandaient, des téléphones portables et autres idioties. Facile de comprendre pourquoi ils étaient moins bons qu’Hikari en classe. Obnubilés par leurs appels entre eux, ils n’hésitaient pas à communiquer par ce biais durant la classe. En primaire, on devait inventer maints stratagèmes pour ne pas se faire prendre et on était obligé d’écouter un minimum pour répondre aux questions inattendues que posaient parfois le professeur. Au fil des années, les élèves qui demeuraient dans la même classe avaient réussi à mettre en place d’ingénieux systèmes et les réutilisaient mais il y avait toujours un risque et c’était justement  le risque qui était amusant. Aujourd’hui, ce qui comptait, c’était de faire passer le message. Pour utiliser les 500 sms gratuits que leur offraient gracieusement leurs  parents !
Eux pensaient posséder les plus belles choses au monde mais eux restaient indifférents devant toutes les beautés que le monde peut leur offrir. Eux ne s’émerveillaient plus, en se levant le matin, si une goutte de rosée leur tombait dans la main, n’admiraient pas la fleur qui résistait vaillamment en plein hiver, et ne savaient plus apprécier la brume mystérieuse qui était le quotidien des matins froids de Lyon.
En temps normal, après la réponse de ses camarades, elle aurait pensé à tout cela et une sérénité bienfaisante serait descendue en elle. Seulement, elle n’avait jamais vécu quoi que ce soit d’extraordinaire dans sa vie, et si elle parvenait sans trop de mal à faire vivre aux lecteurs de ces textes des événements fantastiques, elle se sentait incapable de transmettre un écrit pour qu’elle en soit le narrateur. Trop effacée, trop timide pour être le cœur d’une histoire merveilleuse et pleine de rebondissements. Elle soupira de soulagement en arrivant devant son immeuble. Elle avait réussi l’impossible en arrivant à l’heure chez elle et ses parents ne la remarqueraient pas. Elle allait pouvoir travailler  tranquillement à son texte. Elle pénétra dans son appartement et se rendit compte que, si elle comptait sur la discrétion, c’était raté. Ses parents tournèrent la tête vers la porte au moment où elle entrait.
-Ah ! Hikari ! Je voulais savoir ce que tu penses de mes derniers travaux, dit sa mère joyeusement.
La mère de Hikari, botaniste de sa profession, voyageait beaucoup et découvrait, puis étudiait sans cesse de nouvelles plantes. Elle lui en présentait une des plus étranges. Une liane vigoureuse sortait d’un énorme pot, mais ce n’était pas le fait que cette étrange liane bougeait qui étonna le plus Hikari. Une petite fleur, qu’elle savait être la seule à avoir remarqué, se dressait fièrement au sommet de la liane. Une petite fleur jaune, une petite fleur à cinq pétales, une petite fleur qui résistait courageusement à l’hiver et semblait vivante. Elle était vivante, bien sûr, mais l’impression qui s’en dégageait était…différente. La fleur avait une âme. Sans penser à autre chose qu’à elle, Hikari répondit :
-Elle est vraiment belle…
Sa mère lui sourit. Elle savait que Hikari avait un comportement bien différent des autres enfants de son âge mais s’émerveillait lorsqu’elle montrait son ravissement devant une chose aussi simple. Quand à son père, il était ravi qu’elle ne soit pas de ces gens sans caractère qui copient tout des autres. Il avait cependant souhaité la laisser faire ses choix seul. Et il n’avait eu aucune raison de le regretter.
Lorsque Hikari regagna sa chambre, elle repensa à la fleur. Elle était décidément bien intrépide pour risquer monter le bout de ses pétales.  Puis, comme à chaque fois que sa mère ramenait une quelconque plante et lui demandait son avis, elle se laissa submerger par toutes les sensations qu’un être sensible peut ressentir. Elle écouta chanter les oiseaux, perchés sur la mangeoire qu’elle avait fabriquée à leur attention, puis se concentra sur le chant du vent, tentant d’en comprendre le sens, puis, échouant, elle revint enfin à ses éternelles interrogations. Hikari. Un nom bien étrange, qu’elle était la seule de son collège à porter. Quand elle avait demandé à ses parents pourquoi ils l’avaient appelée ainsi, ils n’avaient pas vraiment répondu.
« Hikari signifie lumière. » Cette phrase constituait son énigme. Elle ne doutait pas de sa véracité – pourquoi mentir à ce sujet ? – mais ne s’estimait pas satisfaite de cette réponse qui n’en était pas une. Elle avait demandé la raison, ils lui avaient donné une traduction. Elle soupira. Pourquoi se nommait-elle « Lumière » ? Chez elle, en raison du métier de sa mère, tout était toujours plongé dans la pénombre. Pour étudier les différentes réactions des plantes à l’absence de soleil prolongée. Elle renonça devant son manque d’idées et s’attela  à son bureau. Elle jeta à terre tous les documents de la veille et prit des feuilles.
 
Elle réfléchit pour trouver un sujet plausible à sa rédaction mais ne parvint pas à se concentrer. Elle jetait sans arrêt des regards vers la fenêtre. Elle ignorait par quoi son regard était ainsi attiré mais ne put résister plus longtemps. Elle se précipita à la fenêtre mais ne vit au départ que sa mangeoire. Et puis elle le remarqua. Un élève de sa classe, qu’elle connaissait peu mais dont elle savait qu’il n’entrait que lors de très rares occasions dans les différents conflits. Il était dans sa classe mais ne pouvait être plus inhumain. Hikari ne comprit pas immédiatement ce qui lui faisait penser cela. De nature curieuse, elle se pencha donc sur le  rebord pour mieux observer. C’est à ce moment qu’elle saisit. Et ce qu’elle perçut la fit reculer jusqu’à ce qu’elle se cogne au mur de sa chambre. Ce ne pouvait pas être…Elle chassa très vite cette affreuse idée. L’espace d’un instant, elle s’était souvenue d’une chose. Et cette chose avait le pouvoir de la faire trembler d’effroi toute sa vie durant.
S’efforçant de tout oublier, elle retourna à son bureau.
Quelques heures et quelques dizaines de feuilles chiffonnées plus tard, elle regagna le salon pour dîner. Elle ne put dire un mot et cela sembla convenir à ses parents qui chuchotaient précipitamment, se taisant dès que leur fille relevait la tête. Hikari ne fit pas attention à ces paroles échangées qui ne voulaient pas se faire entendre d’elle, trop occupée par ce qu’elle avait cru comprendre un instant avant d’oublier. Elle quitta la salle sans avoir émit le moindre son et courut presque jusque dans sa chambre où elle ne réussit pas à empêcher cette question d’intervenir : « Que faisait-il ici ? Même si cette histoire est vraie, je ne vois pas ce que cet endroit a de spécial. »Ne résistant plus, elle regarda à nouveau par la fenêtre. Il était encore là. Il attendait quelque chose. Une autre pensée, aussi terrible que la première, peut-être plus, naquit dans son esprit. Il ne cherchait pas à faire quelque chose ici. Il n’était pas venu pour admirer le parc à proximité. Il était venu pour elle.
Pensée qui se transforma en certitude. Ne sachant que faire d’autre, elle referma la vitre, descendit les stores et se coucha. Jamais elle n’avait eu aussi peur de sa vie. Rien ne s’était pourtant encore passé, et elle avait déjà eu maintes occasions d’avoir peur durant sa vie. Mais voilà, la Peur ne s’explique pas.
Et celle-ci était immuable.


 
Lumière      
En se levant le lendemain, Hikari jeta un œil à ses ébauches de rédactions, puis soupira. Elle se souvenait de la vision d’horreur de la veille, mais ne se sentait plus vraiment rattachée à elle. Aujourd’hui était un nouveau jour. Elle avait peut-être rêvé, inquiétée par son manque d’idées concernant son devoir. Oui. Elle avait tout imaginé. Quand elle retournerait en cours, rien d’étrange, d’effrayant ou d’incompréhensible ne se passerait. Elle s’en persuada et c’est sereinement qu’elle partit vers le cours de maths. Tout semblait normal, ce qui la conforta dans son idée. Le professeur attendait ses élèves, debout devant son bureau. Rien dans son attitude ne divergeait des cours habituels. Hikari ne chercha pas son camarade des yeux, car elle craignait inconsciemment que ses certitudes ne s’écroulent de nouveau si elle le voyait. Elle s’efforça donc de regarder devant elle et ne réagit pas aux provocations de ses camarades lorsqu’elle reçut son interrogation. Elle avait obtenu la meilleure note de la classe, comme d’ordinaire, mais prêta encore moins d’attention qu’habituellement aux railleries des autres. Elle se dirigea vers la sortie dès que la sonnerie retentit et marcha rapidement jusqu’à la salle de latin. Elle fut de nouveau amusée par le peu d’élèves présents, qui avaient été pris dans trois classes différentes pour former un groupe de sept latinistes. L’avantage se trouvait dans la quantité de travail moins importante car ils n’étaient pas nombreux. Mais parmi ces sept élèves, seuls deux suivaient ce cours de leur propre chef, elle y compris. Les autres y avaient été poussés par leurs parents, qui ignoraient perdre leur temps. Un enfant qui ne veut pas apprendre n’apprend pas, c’est bien connu…Des personnes concernées.
Le professeur avait été, semblait-il, déçu et découragé devant le manque incroyable d’intérêt que portaient les jeunes à sa matière. Il avait néanmoins su intéresser ses élèves et le latin consistait désormais en une matière de rattrapage pour certains, car les notes ne tombaient jamais au-dessous de quatorze. Très utile pour les fainéants.
Pour Hikari, la journée se déroula normalement, mis à part le fait que personne ne soit venu l’apostropher pendant son repas. A 15h30, elle sortit du collège et commença à rentrer chez elle. Une voix se fit entendre derrière elle :
-Hikari, attends !
L’interpelée se retourna et aperçut avec une horreur certaine son camarade. Celui qui l’avait attendue pendant si longtemps et auquel elle n’avait pas donné satisfaction. Elle se détourna vivement et commença à courir. Elle oublia de bifurquer devant sa rue, voulut faire demi-tour…Voulut. Elle était toujours suivie et se résigna donc à continuer. Elle s’engagea dans une partie de la ville qu’elle ne connaissait pas et se retrouva devant un cul-de-sac. Derrière elle, son camarade lui bloquait la retraite. Ses yeux s’agrandirent de stupeur en se posant sur le mur derrière Hikari. Il cria :
-Fais attention ! Ne t’approche pas plus ou…
Il ne voulait pas qu’elle s’approche ? Il devait y avoir une raison. Hikari eut la mauvaise idée de toucher le mur devenu bleu électrique.
-Non ! Arrête !
Il tenta de la retenir mais la main d’Hikari entra en contact avec la surface bleutée. Il y eut un éclair et elle faillit traverser le mur redevenu solide. Le choc l’avait sans doute endommagé. Horrifié, le jeune garçon resta figé et une ombre de désolation passa sur son visage. Il reconquit ses moyens et s’enfuit en courant. Etonnée mais soulagée, Hikari se rendit à la station de métro la plus proche pour trouver un plan de la ville. Elle se hâta de rentrer chez elle, s’efforçant de ne pas penser à ce que diraient ses parents. Elle poussa discrètement la porte et la referma doucement. Ses parents ne remarquèrent pas son arrivée et semblaient inquiets et fatigués. Hikari fonça directement dans sa chambre et put s’attarder ave une horreur grandissante sur ce qu’il venait de lui arriver. Elle pensait avoir eu raison de fuir, mais n’aurait-elle pas dû écouter ce qu’on avait à lui dire ? Peut-être cela l’aurait-il éclairée ?
Elle repensa à l’expression du dénommé Steph lorsqu’il s’était aperçu de ce qui se trouvait derrière elle. Il avait carrément paniqué. Pour quelle raison ? Ne trouvant pas de réponse, Hikari commença ses devoirs qu’elle  termina rapidement. Ses parents n’ayant pas préparé le dîner, elle y renonça et jeta un œil à sa montre. Son détour par la vieille ville avait duré près de deux heures. Comment sa mère n’avait-elle pas pu s’apercevoir de cette absence prolongée ? Elle semblait très occupée mais de là à…Hikari eut un instant d’absence de la réalité durant laquelle elle vit des images impossibles, mais lorsqu’elle reprit conscience, elle ne parvint pas à se les remémorer. Elle ne se sentait pas bien, et sa tête lui tournait. Hikari ne parvint pas à regagner sa chambre et tomba sur le sol.
En se réveillant au beau milieu de la nuit, Hikari sentit immédiatement que quelque chose clochait. Pour commencer, elle était étendue dans le couloir froid. Pourquoi n’était-elle pas dans sa chambre ? Elle se rappelait avoir perdu conscience mais ne s’expliquait pas le silence presque oppressant qui régnait dans l’appartement. Elle se dirigea vers le salon où la télévision restait toujours allumée. Exceptionnellement, elle était éteinte. Inquiète, Hikari n’osa pas entrer dans la chambre de ses parents pour vérifier s’ils étaient là. Elle repartit dans sa chambre et se coucha. Malgré l’anxiété qui la rongeait, elle se remémora les scènes précédant sa chute. Elle ne parvint qu’à en ressentir l’étrangeté et, une fois encore, perdit finalement ses visions. Elle pensa que la fatigue lui jouait des tours et finit par s’endormir, ses doutes effacés.


Beaucoup plus court, donc. Mais c'est celui que je préfère...Bien que mon héroïne n'ait rien d'une folle, pour le reste, je me suis un peu inspirée de ma vie à Lyon, même si je suis partie à la fin de ma 6ème.


Voilà ! A vos avis Wink
°____________________________°


Dernière édition par yesa le Jeu 14 Avr - 13:00 (2011); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 16:30 (2011)    Sujet du message: Publicité

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justine
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 19:49 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

je le lis plus tard xD
mais je ne vote pas tout de suite
°____________________________°


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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 20:25 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

Ok^^
C'est tellement long de toute façon...Si tu comptes en lire un, lis plutôt Hikari. Non seulement il est mieux mais aussi plus court !
°____________________________°


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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 21:18 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

ouahou! j'ai rien lu appart les titres mais promis je le fairais tout a l'heure ou samedi parce que j'ai pas le droit d'aller sur l'ordi normalement. Tu es faites pour les romans! Mort de Rire Quand tu seras grnde tu écriras des supers livres PTDR désolé de m'incruster comme sa direct
°____________________________°



Si un jour je meurs, et qu'un ouvre mon coeur, on verra en lettres d'ors que je t'aime encore

"La passion et les rêves sont comme le temps, et il en sera ainsi t'en
qu'il y auras des hommes prêts à donner un sens au mot LIBERTE" Gold. D.
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MessagePosté le: Mar 12 Avr - 21:43 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

Merci mais tu sais je sais pas ce que ça vaut tout ça...Et comme sur PnV personne ne les a lus ben...Je remets ici^^
°____________________________°


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MessagePosté le: Mer 13 Avr - 10:58 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

pour l'instant j'ai lut hikari et je lirais les autres plus  tard!
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MessagePosté le: Mer 13 Avr - 22:00 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

Ok^^
Tu as du courage quand même de l'avoir lu...Même s'il est beaucoup plus court.
Alors ? Tu en penses quoi ?
c'est un peu satyrique xD
°____________________________°


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MessagePosté le: Jeu 14 Avr - 10:26 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

trop bien les ♣☺♫☻♥♦♠•◘○◙☺♪☼►◄▲↓☻∟#♥􍐎↑◘!! ça m'feras une réserve de gros mots!! [repart en chantant]
°____________________________°


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MessagePosté le: Jeu 14 Avr - 12:59 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

Argh oups je m'étais amusée xD
Je vais le retirer. C'étaient pas des gros mots haha
Juste que je savais pas encore quoi mettre comme nom à mon perso, et que j'avais mis ça pour me souvenir d'où chercher.
Si je suis pas débile... Qui l'est ?
°____________________________°


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yesa


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MessagePosté le: Mer 20 Avr - 23:50 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant


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Héloïse


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MessagePosté le: Mer 27 Avr - 12:30 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

C'est trèèès long mais ça semble très intéressant. Promis je vais le lire ! Moi aussi j'écris des histoires !
°____________________________°
Coucou le monde ! Meuhmeuhmia ! WinkWink XD
mon fofo http://helotchateuse.space-forums.com/ il est bien aussi


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MessagePosté le: Mer 11 Mai - 11:09 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

c'est super mais hiper long j'ai lu vocation c'est super

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yesa


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MessagePosté le: Jeu 23 Juin - 23:10 (2011)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle... Répondre en citant

Merci Smile
Pourtant il n'est pas si bien que ça...Alors je suis énervante mais je vais demander ce que tu as aimé dedans, comme ça je pourrai voir ça pourrait m'aider pour la suite Smile
°____________________________°


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:26 (2017)    Sujet du message: Les essais d'écriture d'une folle...

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